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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

D’autres rencontres encore.

Carnet de contours

D’autres rencontres encore.

Promenade en Réunion.

 

C’est toujours au détour d’un chemin que surgissent les plus belles rencontres. Un mot, une réflexion et peuvent se nouer alors une discussion, un échange, un moment de grâce. Ce sont des instants volés à l’indifférence, ce sont des perles que seuls les gens ouverts à l’autre peuvent nous offrir. Il suffit d’aller vers eux, avec le sourire et l’esprit disposé à écouter vraiment. Quand on est un « zoreille », cela semble assez naturel !

 

Jean Fred Huet m’attendait dans sa boutique éphémère. Il y exposait ses toiles : des nus de grande taille, au trait précis sans doute, au réalisme convenable mais sans la moindre touche personnelle. De l’alimentaire, en somme, qu’il revendique : il faut bien vivre. Par contre, à côté, quelques dessins plus discrets, une touche enfantine, un coup de crayon de caractère. Il illustre des contes pour enfants et s’est même lancé dans l’écriture. Nous ne pouvions que nous trouver.

 

L’homme me raconte son passage à l’écriture, simplement pour mettre en avant son personnage : un épouvantail de belle facture, sympathique et joyeux qui raconte l’île de la Réunion à un enfant. J’aime ce coup de crayon ; je suis séduit par le personnage qui avoue qu’il sévit sous un pseudonyme : A... , quand il dessine des choses bien plus subversives. Voilà qui me plaît. Le temps passe, je dois le laisser à regret mais si vous passez par la rue de Paris à Saint-Denis, allez donc le saluer de ma part.

 

C’est à Saint-Denis, également, que j’ai rencontré Joël. Un métropolitain, venu construire des routes sur les hauts de l’île. Il a laissé les travaux publics pour la retraite au soleil, l’art complexe des rhums arrangés, la passion des oiseaux et le plaisir du bricolage. Il a aussi découvert les charmes de la randonnée avant de succomber à la folie du Grand Raid : une traversée de l’île en courant avec dix mille mètres de dénivelé … Il s’est entraîné comme un forcené pour tenter ce défi qui est celui de nombreux amoureux de La Réunion.

 

Danièle, affairée à laver sa voiture , a pourtant remarqué , dans notre groupe de touristes, une marcheuse aux pieds nus .Trouvant la chose inhabituelle chez les «  zoreilles » , elle s’enquiert de la situation et en apprend la raison : une chaussure a cédé sous la charge de nos pérégrinations ; nous cherchons un marchand pour remplacer la paire blessée. Danièle, gracieusement, explique le chemin à suivre pour que la dame retrouve chaussure à son pied …

 

Nous nous mettons en marche quand Danièle resurgit. Elle ne peut accepter la situation présente. Propose à la va-nu-pieds de la suivre car, en tant que dame patronnesse, elle recueille, sous les bons auspices de Saint Antoine, toutes sortes de choses qui peuvent venir en aide aux femmes victimes de violence. Parmi les stocks, il y a une paire de tongs roses qu’elle offre à notre amie. Nous nous demandons encore si pareille chose serait ainsi arrivée en métropole. La question reste en suspens, un pied en l’air et l’autre dans nos contradictions !

 

Jean-Maurice est en attente d’une conversation. Il sirote une bière devant l'anse de l’étang. Je ne me fais pas prier, d’autant qu’il se propose de me raconter l’endroit. C’est ici que sont arrivés les premiers visiteurs de l’île, bien avant les Portugais et les Français. Partis d’Arabie Saoudite et du Yémen , ils sont venus chercher des vivres et de l’eau dans l’un des rares endroits abordables de ce rocher volcanique …

 

Jean-Maurice s’embrouille un peu dans les différents noms que l’île a portés au fil de son histoire. Il voue une haine féroce aux Portugais-allez donc savoir pourquoi- et aux Anglais-ce qui me surprend moins. Il évoque surtout son étang, les transformations qu’on faites les hommes afin de pouvoir faire du ski nautique en cet endroit. Il s’amuse quand l’océan brise la volonté des hommes qui ont la prétention de vouloir le plier à leurs désirs.

 

Jean-Maurice est d’autant plus intarissable que son verre de bière est vide. Il me raconte ses études d’histoire à la Métropole, son désir de rentrer au plus vite vivre au pays. Son bagage ne lui sert que de prétexte à converser ; il ne travaille pas mais est heureux dans son paradis. Il revient à cette île Bourbon, devenue par la grâce d’un génie inconnu : l’Île de la Réunion. Pour mon interlocuteur, jamais nom ne fut aussi bien choisi. Je découvre, au fil de ce voyage, combien il a raison.

 

Plus loin, une autre rencontre m’attend. Jean-Maurice m’a conseillé d’aller à la librairie Coco. Hélas, les recherches ne donnent aucune librairie de ce nom à Saint-Paul. Au hasard, j'entre dans une papeterie, loto, librairie. Un véritable capharnaüm, digne des grands bazars d’autrefois. Les livres sont empilés, les uns au sol, les autres sur des rayonnages qui débordent littéralement.

 

Joë, un créole d’origine asiatique m'accueille avec le sourire. Il acquiesce quand je lui demande si c’est bien la Librairie Coco et me raconte alors l’histoire de ce nom. Son grand-père, un Chinois engagé dans l’armée française, arrive à La Réunion après le conflit d’Indochine. On réclame de la main-d’œuvre asiatique à l’étang de Saint-Paul pour y planter du riz. Notre homme apporte son savoir-faire en la matière.

 

Les cyclones successifs font gonfler la ravine et ravagent les rizières. L’idée n’était pas bonne. Les berges de l’étang vont se reconvertir dans la noix de coco et le grand-père hérite d’un sobriquet qui restera de génération en génération. Le malheur s’abat pourtant sur lui : sa femme, qui l’avait accompagné dans son immigration meurt de l’épidémie de choléra. Coco trouve une nouvelle épouse, asiatique comme il se doit, et ouvre une librairie. Je sors de l’endroit avec trois gros livres dans les bras et le plaisir d’avoir, une fois encore, écouté une belle histoire.

 

Le voyage continue. Les paysages demeurent pour moi le prétexte à quelques rencontres. Elles jalonnent mon chemin, me laissent quelques petits cailloux blancs , précieux repères . Ne m’en veuillez pas : je ne vous rapporterai pas de jolies photographies mais ces simples petits instantanés qui , pour moi, illustrent bien mieux la diversité de cette île de rêve.

 

Dialoguement leur.

D’autres rencontres encore.

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Joseph 03/09/2016 10:47

Merci l'ami pour tous ces billets réunionnais, et fraternels. La production du mois d'août était plutôt amère sur nos contemporains, le retraité a donc aussi besoin de vaca

C'est Nabum 03/09/2016 11:49

Joseph

Un doigt qui fourche vous rapproche de la la tradition paysanne

C'est Nabum 03/09/2016 11:48

Joseph

Puisque vous le dites
Je ne m'en suis pas rendu compte
Je touche le fond

Joseph 03/09/2016 10:48

...vacances ensoleillées. Mes excuses pour la coupure. Mon doigt a fourché. Amitié.