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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Dimanche soir

Fin de partie

Dimanche soir

à la tombée de la nuit.

 

 

Le dimanche soir est un moment étrange et pesant. La fin de semaine s’achève. Pour vous qui avez la chance de ne pas travailler lors de ces deux jours, le temps est venu de changer de rythme, d’abandonner cette euphorie qui fut la vôtre depuis le vendredi soir. La fatigue s’impose soudainement à vous, la nuit tombe et vous découvrez qu’il est temps de préparer le retour à l’ordinaire, au labeur et aux obligations.

 

Ce dimanche soir, il vous faut faire le deuil de l’insouciance, de la futilité, de l’intempérance et de toutes ces petites entorses à la sagesse que vous vous êtes octroyées. C’est plus délicat encore quand les jours raccourcissent. Vous subissez de plein fouet ce passage à la pénombre. Entre chien et loup, vous sentez les morsures du loup : il vous rappelle à la triste perspective des jours à venir, d’un temps qui ne vous appartiendra plus mais qui sera scandé par les innombrables impératifs qui jalonnent votre semaine.

 

Le dimanche soir, la pression soudain retombe sur vos épaules. Vous découvrez, effaré, que les devoirs des enfants n’ont pas été faits, que vous avez omis de corriger vos copies à moins que ce ne soient quelques courriels auxquels vous deviez répondre. La vaisselle s’est accumulée, le linge à repasser déborde de la panière, vous n’êtes absolument pas prêt pour ce maudit lundi.

 

Dimanche soir c’est le retour de la réalité, c’est le patron, le boulot, les impératifs, les obligations, les rendez-vous et les emmerdements qui reviennent à la surface. La bulle explose, elle vous prend la tête, elle vous étreint, elle est insupportable. Soudain, tout ce qui fut bonheur et insouciance devient ennui et crainte. La nuit tombe sur votre enthousiasme.

 

Vous éprouvez alors une fatigue insupportable. Vous n’avancez plus, vous avez perdu cette force qui vous donnait des ailes depuis plus de quarante-huit heures. Les épaules vous pèsent, le ventre ne supporte plus le moindre excès, votre tête devient un étau. Vous êtes exécrable, l’humeur maussade, la patience à bout, la fatigue immense. Vous n’avez qu’une envie : vous coucher.

 

Pourtant, il faut préparer tout ce qui doit être en ordre pour cette semaine qui débute. Le cartable des petits, l’organisation des gardes et des obligations diverses, la gamelle de l’un, la valise de l’autre qui part jusqu’au vendredi soir. C’est effrayant ce qu’il faut penser alors que justement vous ne pensiez plus à rien depuis deux jours.

 

Dimanche soir, c’est ce moment où le rêve cesse, où le réel revient en force, effaçant d’un seul coup la folie d’une parenthèse magnifique. C’est un coup de poing au visage, une déflagration mentale ; vous êtes renvoyé sans ménagement dans ce monde qui n’a aucune fantaisie. Vous êtes au plus mal, vous auriez envie de vous octroyer quelques jours de répit, d’aller trouver un médecin compatissant pour nier l’évidence d’une vie sans enthousiasme.

 

Maudit dimanche soir ! Il vous impose sa rengaine, vous englue dans sa logique désastreuse. C’est le pire des moment de la semaine, c’est le point fatal du week-end, c’est le début du chagrin. C’est ainsi qu’il s’impose à vous. Pourtant, lundi matin, tout s’effacera par magie. Vous serez à nouveau ravi de retrouver vos collègues, vos obligations, votre rythme effréné. C’est simplement ce moment de l’entre-deux qui vous ruine le moral.

 

Vous avez beau le savoir, chaque fois c’est la même chose. C’est d’autant plus fort que cette fois, c’est une évidence, vous allez entrer dans le long tunnel de l’automne et de l’hiver. Les jours courts, le manque de soleil, le froid et les intempéries. Mon Dieu, que c’est pénible ! Pourquoi diable suis-je ainsi si morose ? C’est vrai, nous sommes dimanche soir et tout a une fin.

 

Curieusement, échappant désormais à bien des obligations, je ressens toujours cette sourde angoisse qui m’étreint chaque dimanche soir. Je ne parviens pas à me sortir de la bulle dominicale sans ce retour en inquiétude, sans ce moment pesant et préoccupant qui annonce la reprise des affaires courantes. Curieuse sensation dénuée, à vrai dire, de raison. Le dimanche n’est sans doute pas que le jour du Seigneur mais bien, parfois celui des mauvais diables …

 

Semainement vôtre.

 

Dimanche soir

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kakashi 26/09/2016 10:10

La conscience est un heurt brutal.

La Laitière et le Pot au lait (Jean de La Fontaine)

Perrette sur sa tête ayant un Pot au lait
Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue elle allait à grands pas ;
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
Cotillon simple, et souliers plats.
Notre laitière ainsi troussée
Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait, en employait l'argent,
Achetait un cent d'oeufs, faisait triple couvée ;
La chose allait à bien par son soin diligent.
Il m'est, disait-elle, facile,
D'élever des poulets autour de ma maison :
Le Renard sera bien habile,
S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon.
Le porc à s'engraisser coûtera peu de son ;
Il était quand je l'eus de grosseur raisonnable :
J'aurai le revendant de l'argent bel et bon.
Et qui m'empêchera de mettre en notre étable,
Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?
Perrette là-dessus saute aussi, transportée.
Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;
La dame de ces biens, quittant d'un oeil marri
Sa fortune ainsi répandue,
Va s'excuser à son mari
En grand danger d'être battue.
Le récit en farce en fut fait ;
On l'appela le Pot au lait.

Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous ?
Chacun songe en veillant, il n'est rien de plus doux :
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :
Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m'écarte, je vais détrôner le Sophi ;
On m'élit roi, mon peuple m'aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;
Je suis gros Jean comme devant.

C'est Nabum 27/09/2016 06:50

Kakashi

Comment puis-je apporter réponse satisfaisante devant ce maître de la fable ?
Je reste silencieux et m'incline bien bas

Merci l'ami