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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Édith, un magazine feminin sur papier glacé.

Le conte défait

Édith, un magazine feminin sur papier glacé.

À conte d’auteur …

 

 

Madame Édith se donne à qui veut bien se saisir de ses offres alléchantes, de son voyage au pays de la coterie. Elle aime le luxe, la mode et tout ce qui la place au-dessus du commun des mortels. Elle est la digne représentante d’une classe qui aime à se regarder, à se prendre en photo sous toutes les coutures dans des habits de gala. Il lui faut être vue avec le beau monde : le monde des paillettes et de l’apparence.

 

Avec madame Édith, le pique-nique se fait chic, au cœur de la ville. On y boit, dans d’immenses verres à pied, des boissons aux teintes intrigantes. Elle a l’art consommé d’être là où il faut se montrer, usant alors d'anglicismes pour exprimer sa joie. Le luxe et la volupté font bon ménage au pays de la société des gens qui sourient sur commande.

 

Feuilleter ses rubriques est un étrange voyage au pays de la vacuité d’un monde qui ignore la crise et la pauvreté. L’entre-soi est le formidable bouclier protecteur pour ces personnages de carton-pâte qui aiment à se retrouver sous le soleil d’Ibiza. La belle escapade que voilà surtout quand c’est septembre et que le menu fretin, la plèbe, a repris le collier.

 

Madame Édith vit de publireportage. Ce sont de belles annonces promotionnelles grimées en articles de fond. Le fond, c’est justement ce qui manque le plus à cet étrange commerce de la gratuité. La qualité du papier, la beauté froide du graphisme, l’abondance des illustrations compensant sans nulle doute une insuffisance rédactionnelle. Il convient d’être indulgent ; ce genre de magazine rutilant n’est pas destiné à être lu. C’est un bel objet à regarder.

 

Madame Édith n’hésite pas à renvoyer l’ascenseur à ses amis, ses soutiens, ses partenaires. Elle a fait de son joli produit sa carte de visite et son viatique pour quelques privilèges justement accordés. On se fait la courte échelle, on se congratule, on s’autoproclame dans ce petit microcosme de la bourgeoisie locale. C’est un monde sans rides, sans soucis, sans fautes de goût. Un monde idéal pour tout ceux qui n’aiment pas le réel.

 

Madame Édith a encore une âme de petite fille. Elle se promène au pays des contes de fées. Même, s’il faut l’avouer, les ogres et les sorcières ne sont pas un univers pour les enfants. Madame Édith le découvre en feuilletant rapidement « La psychanalyse des contes de fées » de Bruno Bettelheim . Cette référence absolue en la matière devient pour elle un ouvrage controversé qui est tiré par les cheveux. L’expression se justifie car plus loin on fait la promotion d’un salon de coiffure qui a le privilège de disposer d’une coloriste experte …

 

Madame Édith a un vernis culturel. Les contes de fées se résument pour elle aux grands classiques : ceux qu’on ne peut avoir manqués durant son enfance. Hansel et Gretel, Le petit chaperon rouge, Blanche neige, la Belle au Bois Dormant, Cendrillon et le Petit Poucet. On devine que les dessins animés ont remplacé pour elle la lecture de nos grands auteurs. Il n'y a que le gratin : celui qu'il convient de mettre en évidence pour briller dans sa société factice.

 

Un psychanalyste local, sans doute bien plus accessible que le pauvre Bettelheim, vient apporter sa caution à l’entreprise culturelle. Les truismes fleurent bon le consensus mou. Dans un pareil ouvrage, il convient de ne jamais choquer l’ordre établi. C’est pourtant là la raison d’être du conte qui est par essence subversif, inquiétant, monstrueux et déstabilisant.

 

On ne s’aventure jamais dans de telles contrées. Madame Édith reste à la lisière du bois avec son gentil panier à provisions rempli des jolis produits des marchands des halles. Quant aux contes plus récents, l’expert les balaie d’un revers de la main. Ouf, j’ai redouté un instant que mes Bonimenteries ne fussent évoquées dans un tel ouvrage. Me voilà échappant au pire, le papier glacé m’a toujours fait froid dans le dos et ce monde artificiel ne sera jamais le mien.

 

Conteusement leur

Pour ceux qui n'ont pas la chance de pouvoir lire ce merveilleux magazine

http://fr.calameo.com/read/000755574fb8b8944d925

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Charlie45 20/09/2016 13:43

Bonjour,

Trois remarques si vous permettez : les contes de fées « subversifs, monstrueux », etc : oui, sur la forme. Mais sur le fond, ils ne sont en rien subversifs, puisqu’ils confortent la société dans sa morale.

2e remarque : Bettleheim, freudien pur jus, est controversé bien sûr.

3e remarque : pour avoir lu l’article en question, je pense que le rédacteur a voulu donner des exemples parlants de contes de fées, d’histoires que chacun connaît. Pas étonnant que vous n’y apparaissiez pas. Mais, si j’ai bien lu votre critique, comme de toute façon vous ne le souhaitiez pas, j’imagine que tout le monde est content.

Cordialement

C'est Nabum 20/09/2016 17:13

Charlie

à franchement parler, le conte était ici prétexte et je me doute que vos remarques sont justifiées. C'est cette presse de totale vacuité que je visais, celle qui chante les louanges d'une coterie qui se congratule entre elle.
Orléans est une ville qui étouffe de ce comportement qui laisse la place et la parole à des gens d'une relative médiocrité.

Je ne prêche pas pour ma paroisse mais je sais des artistes de talent qui jamais ne perceront dans ce département car l'entre-soi y règne en maître. C'était le sens de ce billet qui a fait de la publicité pour ce magazine.
J'écris ce que beaucoup pensent sans oser le dire et naturellement je m'expose une fois encore

Carton rose 19/09/2016 20:42

Monsieur se croit au niveau des frères Grimm ? Rires... Ça viendra peut-être, remarquez ;-)

C'est Nabum 19/09/2016 22:50

Carton Rose

La remarque pour amusante qu'elle soit n'en cache pas moins un petit côté piquant

Écrivez des contes, sans vous grimer

Kakashi 15/09/2016 22:03

Laure, Nabum,

Je comprends que ce magazine puisse vous déplaire: il manque cruellement de sectarisme envers ses lecteurs !
Il n'est pas dédié aux seules minorités tendancieuses, et ose aborder des thèmes accessibles à tous.
Absence de mépris de la France, d'interview de Taubira, de revendications LGBT, islamiques, libertaires...
Et si en plus il ne se trouve pas la trace d'une locution latine en ces pages... Fichtre ! Rien ne va plus!
De surcroît, non monnayable !

C'est Nabum 16/09/2016 06:37

Kakashi

Ne cherchez pas
Nous sommes les sectaires qu'il convient de faire taire

Vive le monde des bobos vive leurs tenues extravagantes, leurs pique nique en centre ville, leurs voitures luxueuses ...

Vive leurs anglicismes !
Non vraiment ils sont merveilleux

Laure rage 15/09/2016 14:29

Il ne faut pas bouder son plaisir de se payer de temps en temps la tête de ces gens qui nous prennent pour des ploucs (je sais le mot n'est pas tendance ) et ne nous tolèrent à leurs côtés que pour faire nombre ou valoir ou , mieux encore , si nous sommes monnayables .Ils nous aiment aussi quand ils organisent un "dîner de cons " pour nous faire jouer le rôle principal , comme on sait .Quand , nous n'entrons pas dans leur jeu , que notre regard est critique ou désabusé : ils nous traitent de hargneux , jaloux , atrabilaires , mesquins .Non , non , nous sommes comme l'enfant du conte : nous voyons que le "roi est nu " tout simplement .
Bravo Nabum , vous ne vous laisserez jamais avoir par de faux-semblants , ou tout au moins vous retrouverez vitre cette lucidité que nous apprécions en vous .

C'est Nabum 15/09/2016 14:42

Laure Rage

On peut me dire que cette attaque est purement gratuite et c'est tout à fait normal, le magazine aussi. On peut encore me traiter de toutes sortes de noms d'oiseaux, c'est que j'écris encore à la plume. Quant à cette presse, finalement rien ne presse, elle n'est d'aucune utilité

Kakashi 15/09/2016 10:09

Un magasine dans le vent, comme tant d'autres.

Vous ne goûtez guère à cette mouvance : «sex and the city», autrement dit «sexuelle urbanisée», mais est-ce une raison pour tomber dans la mesquinerie, très cher Nabum ?

Puis, rassurez-vous, il existe des héxagonismes aussi :

http://www.paroles.net/renaud/paroles-it-is-not-because-you-are

C'est Nabum 15/09/2016 14:43

Kakashi

Si c'est un vent, c'est un pauvre petit vent qu'a laissé échapper la dame Édith

Kakashi 15/09/2016 10:09

Un magasine dans le vent, comme tant d'autres.

Vous ne goûtez guère à cette mouvance : «sex and the city», autrement dit «sexuelle urbanisée», mais est-ce une raison pour tomber dans la mesquinerie, très cher Nabum ?

Puis, rassurez-vous, il existe des héxagonismes aussi :

http://www.paroles.net/renaud/paroles-it-is-not-because-you-are

C'est Nabum 15/09/2016 14:44

Kakashi

Pardon