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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La folle escapade.

Tout en poussant le bouchon trop loin ...

La folle escapade.

À ne pas mettre entre toutes les oreilles.

 

Trois larrons, pas encore en foire, se mirent un beau jour en tête d’aller quérir du vin pour faire grande et belle fête ligérienne. Nos lascars, ne sont plus, depuis fort longtemps, des perdreaux de l’année. Ils ont blanchi sous le harnois et c’est tout naturellement vers cette couleur de vin que s’oriente leur escapade. Le plus âgé des trois, jeune septuagénaire, sportif autrefois, conserve un formidable esprit de compétition. C’est à bord d’une pétaradante voiture, sportive également, qu’il est venu quérir ses compères.

 

Il n’est guère possible de manquer ces trois remarquables compères : le peu de chevelure qu'il leur reste flotte au vent de la course ; leur mustang étant décapotée pour donner à leur virée une allure de chevauchée fantastique. Pour l’heure, ils sont encore dans l’euphorie de cette liberté qu’ils s’octroient, oubliant leurs vieilles douleurs et la sagesse qu’ils ont laissée derrière eux. La voiture pétarade et les mène grand train.

 

Ils se grisent de vitesse et de la perspective d’une journée à faire les caves et à boire du bon vin. Ils en oublient la prudence et le respect des limitations de vitesse. L’un des trois pourtant s’en inquiète : il n’aime guère la voiture, redoute les excès et l’euphorie illusoire de ces artifices mécaniques. Il s’accroche à la rambarde et serre les fesses lors des dépassements.

 

C’est à l’heure de la pause méridienne qu’ils arrivent à destination : un petit cellier où un amateur éclairé produit quelques hectolitres d’un coteaux-du-giennois, issu de ses vignes. Il convient de goûter, de comparer, d’analyser les variations d’un fût à l’autre, d’une année à l’autre. Le verre est petit : c’est encore le temps de la dégustation raisonnable. Le plus prudent sent que ses deux camarades se laissent facilement gagner par l'intempérance. Il va devoir veiller au grain …

 

Un repas s’impose. Il sera fort heureusement accompagné exclusivement d’eau. Un havre de sagesse dans l’océan de turpitudes qui s’ouvre devant eux. C’est encore l’occasion d’une belle rencontre : un raconteur d’histoire, un acteur qui a posé son baluchon pour tenir un hôtel-restaurant à Beaulieu-sur-Loire. C’est encore le moment de croire que la promenade s'achèvera dans les temps impartis par les compagnes de ces messieurs …

 

La suite prouvera que l’optimisme n’est jamais de bon augure en pareilles circonstances. C’est vers la cave de la famille Quintin que les mène le bolide. C’est là que les moins raisonnables vont basculer dans la pure dérive vinicole. Ils prétendront plus tard qu’ils avaient le souci de goûter à toute la production de cette célèbre maison … La mauvaise foi autorise bien des arguties dérisoires !

 

Il y aura un blanc un peu gras, un autre élevé en barrique, un plus classique et à la tenue exemplaire, tous estampillés coteaux-du-giennois. Puis le Pouilly réclamera leurs lumières et leur expertise avant la plongée dans le monde des Gamay. L’un se parant de nuances de la violette qui lui donne son nom, l’autre se donnant de l’importance en fréquentant assidûment un fût de chêne. Les bouchons sautent, les verres se remplissent et les trognes rougissent au fur et à mesure des libations de nos gredins.

 

Le plus jeune sent venir la catastrophe. Il a cessé de participer au vidage des bouteilles ouvertes auquel se livrent copieusement les deux autres. L’affaire tourne à la bacchanale. Les commandes gonflent exagérément ; elles sont largement influencées par la quantité d’euphorisant absorbé. Celui qui a fait le choix de l’abstinence s’inquiète : comment tous ces cartons vont-ils entrer dans un véhicule plus propice aux excès de vitesse qu’aux chargements volumineux ?

 

Pourtant tout finira par entrer, ne laissant guère de place aux passagers dans un habitacle réduit au minimum. La voiture, pour volumineuse qu’elle soit, n’en demeure pas moins fort étroite de l’intérieur. La troupe s’en retourne ; c’est du moins ce qu’espère le plus sage des trois. Les deux autres ont, semble-t-il, perdu toute notion de la plus élémentaire prudence et des impératifs familiaux. Leur route les conduit dans un troquet qui, malencontreusement, croise leur route. Il se trouve qu’ils ont envie de manger, ce qui, dans leur état, ne servira guère à sauver les apparences.

 

Ils commandent deux grandes pizzas, espérant qu’elles épongeront les excédents. Malheureusement, le temps de préparation les laisse oisifs et les deux furieux en profitent pour vider deux nouvelles bouteilles. Cette fois la mesure est bien plus que dépassée, le propos incohérent et les yeux vagues. Celui qui n’aime pas conduire a depuis longtemps décidé qu’il devra rapatrier le bolide et les deux autres énergumènes …

 

Les pizzas avalés, le miracle n’a pas lieu. Il faut caser les deux compagnons de misère dans l’habitacle exigu et prendre en main l’engin récalcitrant. Il y a un long trajet qui s’annonce, d’autant plus long que le bolide a des sautes d’humeur, qu’il s’emballe au moindre effleurement de la pédale d’accélérateur et que le pilote d’occasion n’est pas un adepte de la conduite. Il ne peut, hélas, compter sur ses camarades qui dorment d’un sommeil qui n’est certainement pas celui du juste.

 

Le route du retour se passera ainsi entre inquiétude et angoisse. Le compteur en miles ne permettant pas au bon samaritain de savoir sa vitesse exacte. Il redoute le pire et pire encore, la rencontre d’une escouade de la gendarmerie qui s’inquiétera forcément de l’état des ronfleurs transbahutés. En dépit de ses craintes , il mènera à bon port ceux qu’il aurait dû jeter à la Loire pour les dégriser. Il faudrait parfois se résoudre à dormir sur place pour de telles escapades. C’est la seule morale d’un récit qui en manque singulièrement.

 

Voilà ce qu'il peut advenir quand on décide de pousser le bouchon trop loin. Dans l’aventure, l’un des trois eut la bonne idée de rompre avec la spirale de ses camarades. Il faut un capitaine de soirée à n’importe quel âge : c’est la leçon à tirer avant que le vin ne soit bu.

 

Ivrognement leur.

La folle escapade.

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Kakashi 27/09/2016 15:00

Très chers lecteurs et lectrices, souhaitez-vous comprendre cette celeste et divine langue ? Alors, nourrissez votre esprit de liqueurs joyeuses deux trois fois l'an EN BONNE COMPAGNIE voilà le médicinal remède contre les coups de grisou DE LA VIE »

C'est Nabum 27/09/2016 15:04

Kakashi

Nous boirons un jour à notre santé

Kakashi 27/09/2016 14:53

Quoique au point cardinal où ce récit en roue libre se termine, il nous laisse songer qu'un bouchon trop loin au surplus aurait pu apporter une autre morale à cette histoire pour le moins burlesque : «et nos deux compères coulèrent des jours heureux ronds comme des queues de pelle, entre Pouilly et Gamay, violette et autres fruits mûrs.
Le sang de notre mère la Terre, qu'il soit opaque ou diaphane, fédère les hommes et amplifie les belles amitiés. Un langage universel se développe, celui de l'homme ivre. Très chers lecteurs et lectrices, souhaitez-vous comprendre cette celeste et divine langue ? Alors, nourrissez votre esprit de liqueurs joyeuses deux trois fois l'an, voilà le médicinal remède contre les coups de grisou »

C'est Nabum 27/09/2016 15:05

Kakashi

Tout finit bien et c'est là le seul point cardinal du propos

Raton buveur 27/09/2016 14:18

Mufflée exemplaire de compères engagés corps et biens pour préserver notre exceptionnel patrimoine vinicole .Autant est détestable la biture express (en globish : binge drinking ) autant l'ivresse programmée qui se préoccupe surtout du flacon, en devient-elle louable .C'est pour la bonne cause : celle de nos valeurs ancestrales .Vive le capitaine de soirée qui a sauvé les vies de ces vaillants buveurs et par la même occasion , celles des imprudents promeneurs qui se seraient trouvés sur leur chemin .

C'est Nabum 27/09/2016 15:04

Raton Buveur

L'un des trois garda la tête hors de l'eau
Il fit bien car il rapatria la troupe

Le capitaine ne mérite pas ce titre galvaudé par un aigrefin qui vend son vin bien trop trop souvent en bord de Loire ! Il se contente d'être vigie lui aussi perché sur le perroquet