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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Pour faire moderne …

L’ALIÉNATION LINGUISTIQUE

Pour faire moderne …

... Trahis ta culture.

 

Une fois encore, je m’indigne qu’une manifestation, sans doute aidée par quelques subsides publics, porte haut et s'exprime en anglais sur l’affiche. Je comprends aisément que les gens sans culture trouvent désormais refuge dans cette bouillie informe et mondialisée que constitue le globish. La sonorité de la chose force l’admiration des gogos ; on devine immédiatement qu’on pénètre au royaume de la futilité et que la prise de tête est totalement exclue.

 

Alors, pas de problème : on sacrifie la langue de Molière, de Rabelais, de Genevoix, de Devos sur l’autel sacré du billet vert, de la communication et du jeunisme. Tout ce qui veut avoir l’air doit désormais se priver d’un titre ou d’un slogan en français. C’est bien la marque d’une trahison en rase campagne, d’un abandon des valeurs et d’une génuflexion devant le modèle dominant.

 

Les plus tolérants me diront alors que c’est leur problème, que la liberté autorise ce genre de dérive langagière. Ils ont sans doute raison. Il suffit de laisser faire et notre culture finira par se dissoudre dans le vaste ensemble économique et inhumain que souhaite mettre en place le grand empire du libéralisme triomphant. Nous devrions pourtant savoir que la langue est le vecteur de la pensée et qu’il conviendrait de n’en sacrifier aucune, à commencer par la sienne.

 

Ce qui me chagrine le plus c’est qu’il existe une loi qui interdit ce genre de pratique. Les radios, les télévisions, les journaux, les services publics et les institutions sont censés n’user que de notre belle langue. Vous pouvez mesurer le respect de cette règle en écoutant ou en regardant les médias. C’est la grande foire aux termes sophistiqués qui fleurent bon les nouvelles technologies, la tendance et le pédantisme d’initiés. C’est bien simple, il est désormais des sujets dont la compréhension n’est accessible qu’à ceux qui baignent dans le microcosme.

 

Quand un organisateur donne un nom tonitruant, avec l’anglais comme bannière, pour se donner l’air d’être dans le vent, il devrait sentir celui du boulet. Refus poli mais ferme de la puissance publique d’utiliser son espace ou d’aspirer à bénéficier d’une subvention. Il en va là du respect d’une loi de la République après tout, qui selon moi, grand nostalgique imbécile et archaïque, pense qu’elle est en danger devant ce phénomène qui ne cesse de s’amplifier.

 

Nous serions bien ennuyés de n’avoir plus ni Race, Black, Pitch, Live, Shop, Center et autres fadaises du même niveau pour définir ce qui, semble-t-il, ne peut plus se concevoir en français. Le sport ne pourrait plus décrire les mille et une prouesses de ses champions, le commerce ne saurait plus où donner de l’enseigne, les manifestations culturelles seraient contraintes de retomber dans la platitude d’une langue qu’on méprise au point de lui préférer sa rivale dès qu’il s’agit de la chanter.

 

Je ne vous dis pas ce que serait le désert langagier s’il s’agissait de décrire un produit ou une manifestation des nouvelles technologies. Nous avons, en la matière, une lettre agonisante, bientôt morte de ne pas être en mesure de nommer ce qui vient du numérique. Évidemment, c’est par paresse, conformisme, facilité et irresponsabilité que beaucoup agissent ainsi. C’est le penchant naturel de l’humain que de se vautrer dans la facilité.

 

Mais que diable ! il serait grand temps d’exiger le minimum, de réclamer que tout ce qui s’affiche dans nos rues, s’expose et se réclame à notre curiosité ou notre bon plaisir s’exprime enfin et uniquement dans notre langue. Je la trouve si chargée, si martyrisée, si humiliée avec ces mots qui sont sans nuance, brefs comme des coups de trique, tristes et vulgaires, que j’en ai la gueule de bois et le vague à l’âme. Pire encore : je ne supporte plus les petits crétins prétentieux qui se gaussent de mes protestations et sont strictement incapables de comprendre les quelques mots un peu plus élaborés dont j’use parfois. C’est à ceux-là et aux félons qui se bouchent les oreilles devant leurs écarts de langage que je dédie ce pamphlet salutaire.

 

Francophonement leur.

Pour faire moderne …

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kakashisensei 14/09/2016 19:31

Qu'ils ne la servent

C'est Nabum 15/09/2016 05:39

Kakashi

Vous m'avez reconnu

Didier 14/09/2016 15:43

Bonjour à tout le monde
Comme c'est drôle. Je viens à l'instant de voir une information qui laisserait presque à penser qu'un quidam haut placé viendrait ici pour piocher quelques idées. Donc, le président du CSA va convoquer tous les patrons de chaînes pour leur taper sur les doigts. en effet il vient de s'apercevoir qu'il y avait trop d'anglicismes dans les titres des émissions. Mais où donc était-il toutes ces années ? Son nom doit être Hibernatus, car ça fait belle lurette que cette bouillie nous égratigne les yeux. Il y a pourtant une loi ,ou quelque chose qui s'en approche, qui encadre la chose, mais il vient de s'apercevoir que personne ne la respecte. Youpie. Quand on sait qu'au Québec, ils se font un point d'honneur de ne pas utiliser la langue de la perfide Albion, ça laisse songeur. Ceci dit je me suis laissé dire que tu venais dans ma commune pour une ballade contée au mois d'octobre. Je tâcherai d'en être.

C'est Nabum 15/09/2016 05:36

Didier

Ce texte a fait la Une de Médiapart
C'est donc là que ce brave homme a enfin ouvert ses oreilles

kakashisensei 14/09/2016 19:09

Que j'en connais...

kakashisensei 14/09/2016 19:06

En fait, Nabum est le président du CSA ! Quoique, si j'étais président je proposerais notre prosateur à la Culture afin de faire renaître ce qui fut jadis l'essence de notre Pays.

Pour l'anglais, je suis loin de le maitriser ou de le parler couramment, mais pour le peu que j'en connaît, il s'agit d'une langue fort belle, très subtile et luxuriante ; au moins autant que le français.
Mais alors que le langage de Chateaubriand et de Malraux est sublime dans ses nuances de temps, celui de Shakespear et d'Edgar Poe trouve grâce, enfin c'est mon avis, dans ses diverses élocutions phoniques et combinaisons de mots. Par élocutions, j'entend que pour prononcer avec justesse une syllabe, il faut l'écouter préalablement, l'expression verbale défiant souvent les règles de prononciation des sons, et ce, même pour un anglophone: Victor Hugo disait très ironiquement dans «L'homme qui rit» que pour articuler correctement l'anglais, le mieux est de ne pas le parler.
En cela, l'Anglais est plus vivant que le français, et pour finir, plus logique dans sa syntaxe et moins hypocrite sémantiquement aussi. Et en effet, les journalistes et présentateurs déshonnorent davantage cette noble langue qu'il ne la serve en l'employant médiocrement, à tort et à travers, comme un accessoire de mode ou de consommation.

C'est Nabum 14/09/2016 19:05

Didier

Méfiance
je ne suis pas drôle ni passionnant
Je ne parle qu'en français

Mais j'espère t'y voir

Laure râle 14/09/2016 10:19

Le globish n'est qu'un jargon , comme le sabir d'autrefois qui était un moyen utile de se comprendre entre personnes étrangères , surtout pour le commerce et le service .On peut pardonner à l'argot et autres langages qui se veulent abscons pour des raisons précises : souvent une réaction de dominés , face aux dominants mais en aucun cas à ceux que vise votre pamphlet : les snobs .Ces derniers n'hésitent pas à trahir leur langue maternelle (et j'insiste sur cet adjectif ) et se comportent comme certaines "Précieuses Ridicules" à la nuance près , qu'elles jargonnaient dans leur propre langue et qu'elles la compliquaient au lieu de l'appauvrir .

C'est Nabum 15/09/2016 05:38

Laure

Je maudis les snobs
Leur vulgarité langagière me désespère

Kakashi 14/09/2016 10:01

À ce propos, j'ai découvert il y a peu, que les États-Unis n'ont pas de langue officielle inscrite dans leur constitution.

Sinon, la France est morte pour moi. Sa langue subsiste encore dans ses terres, il est vrai ; errante comme le spectre d'un manoir décrépi ; réformée par le parti socialiste, adaptée aux nouvelles générations ; dégénérée, mais encore si vivante par endroit, à l'étranger, grâce à la francophonie ; nous la mugissons, alors que d'autres la chantent.

Baudelaire, revient !

Le miroir

Un homme épouvantable entre et se regarde dans la glace.

« Pourquoi vous regardez-vous au miroir, puisque vous ne pouvez vous y voir qu’avec déplaisir ? »

L’homme épouvantable me répond : « — Monsieur, d’après les immortels principes de 89, tous les hommes sont égaux en droits ; donc je possède le droit de me mirer ; avec plaisir ou déplaisir, cela ne regarde que ma conscience. »

Au nom du bon sens, j’avais sans doute raison ; mais, au point de vue de la loi, il n’avait pas tort.

C'est Nabum 15/09/2016 05:38

Kakashi

Sauvons le petit lettré