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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Soupe au lait

La cuisine des mots

Soupe au lait

Quelques grimaces dans le potage …

 

C’est dans les vieux pots qu’on ferait, prétend-on, les meilleures soupes et c’est avec une bonne tête de cochon que l’infâme brouet deviendra une soupe au lait : de celles qui vous font faire des grimaces. Il n’y a rien de mieux qu’un lait qui a tourné au vinaigre pour avoir quelques reproches qui vous caillent sur le jabot.

 

Quand la colère est consommée, la lippe ne suffit plus à exprimer son mécontentement. On broie du noir, on a quelques aigreurs et la soupe pèse alors son pesant de déception et de rancœur. Il faut mixer le tout, couper en quatre les cheveux d’ange afin de mettre un peu de liant et de douceur dans la marmite. Mais revenons à notre cuisson et examinons l’affaire par le menu.

 

Il convient de faire mijoter le tout, le cuire à petit feu. Il est primordial de ne pas oublier de saisir vos ingrédients, la flamme ravive les mauvaises pensées. Les oignons ne sont pas seuls responsables ; vos yeux coulent et votre nez est de mèche avec la nécessité absolue de manger chaud. La soupe à la grimace vous remettra d’aplomb en dépit des griefs que lui font les gens d’un naturel optimiste.

 

Il est bon parfois de passer vos contrariétés à la moulinette de la franchise. Un peu de beurre dans les épinards ne nuira pas à la qualité du mets. Évitez de mettre trop tôt les carottes : elles risquent d’être cuites et de vous pousser dans des abysses de perplexité. Contentez-vous de boire du petit-lait, laissez faire le temps afin que le brouet épaississe tranquillement.

 

Ne faites pas le poireau devant la marmite : elle n’a pas besoin d’une surveillance permanente. Ayez confiance en vous, mettez un peu de sel et beaucoup de poivre : votre préparation ne manquera pas de piquant. Usez avec parcimonie des épices : il ne faut pas que votre plat vous emporte la bouche ; vous feriez à nouveau la gueule ; ce qui nous ramènerait au point de départ.

 

Si vous aviez été la crème des hommes vous eussiez pu ajouter quelques cuillères de matière grasse mais là, ce n’est pas trop raisonnable,à l'instar de notre pays, vous risqueriez la crise de régime. Ne mettez pas non plus les petits plats dans les grands : ce serait louche et vous en souperiez ! Il faut rester simple quand on joue les marmitons. La frugalité de la soupe vous donnera la patate !

 

Le beurre rance est la clef de la réussite. Préférez-le à l’oseille ou bien à l’argent, toujours illusoire, à la condition de bien connaître la crémière. Il apportera à votre préparation ce velouté, cette onctuosité indispensables. Ne vous emmêlez pas les pâtes : préférez-les en petit alphabet et ignorez le tapioca et le vermicelle. C’est ainsi que vous donnerez des lettres de noblesse à votre plat ; vous en ferez une grande œuvre et, si vous désirez y ajouter quelques morceaux de fromage, choisissez la tome ; ce qui vous permettra d’en faire plusieurs éditions.

 

Il en est des soupes comme de toutes les créations humaines :elles sont fugaces, transitoires, et fragiles. Dépêchez-vous de la déguster ; ne vous contentez pas d’une petite cuillère, n’ayez pas peur de voir grand. Avalez à grandes lampées mais surtout ne faites pas de bruit : il paraît que c’est un signe de manque d’éducation. N’y allez pas non plus avec le dos de la cuillère : l’exercice est périlleux et bien peu efficace.

 

Quand tout sera consommé, quand tout sera digéré, il ne vous restera plus qu’à faire la vaisselle sans vous tromper. Réservez les serviettes pour votre bec, même si vous le faites encore un peu et consacrez les torchons à cet usage. Vous passerez auparavant l’éponge sur mes étranges divagations. Ne faites pas de soupe avec l’eau de vaisselle : j’en serais à coup sûr responsable.

 

Je fais toujours la soupe à la grimace mais au moins, le temps de ce pauvre billet, j’ai retrouvé le sourire et c’est bien là l’essentiel. J’ai ravaudé les expressions et fait mon miel de ce fatras culinaire. Merci de votre compréhension et ne faites pas le nez, ouvrez grand la bouche, vous en reprendrez bien une autre assiette !

 

Louchement vôtre

Soupe au lait

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Laure Ange 10/09/2016 16:11

Quel art consommé , c'est du grand et du meilleur ! Je m'incline devant le maître-queux en tire-bouchon qui nous a concocté ce délice de bonne soupe au beau langage .Vous aurez quand même le sourire de la crémière sinon l'argent du beurre rance .



J'apprécie énormément les produits de vos champs lexicaux .

C'est Nabum 11/09/2016 05:47

Laure Ange

LA soupe autorise bien des mélanges, le lexique est mon jardin et je cultive ma différence avec délice

Merci