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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Ces pronoms qui se dénouent.

Des pronoms si personnels ...

Ces pronoms qui se dénouent.

Nous sommes de bien étranges personnes.

 

 

Alors que nous allons vivre la foire à l’hypertrophie du MOI, président ou bien candidat, il convient de s’interroger sur l’usage du pronom personnel dans cette étrange société. La prédominance du MOI, JE me laisse pantois ; le centre du monde se situe en ce doublement de la désignation, pourvu qu’il joue ici son effet miroir grossissant. « Suis-je la plus belle » ? renchérirait la marâtre de Blanche-Neige si elle était dans la danse médiatique.

 

Impossible d’ailleurs de passer de l’autre côté du miroir, ce MOI, JE fleure tant l’égocentrisme creux, que derrière la façade, il n’y a souvent pas grand chose. Plus le locuteur redonde de sa personne, plus il se prend en photographie, répand sur la toile ses petits soucis personnels, moins il donne de profondeur à son ego. Les écrans plats ont sans aucun doute annihilé la plongée dans les abysses de la conscience.

 

Le TOI, tue l’espace d’un instant ce souci exclusif du MOI mais gare à lui s’il se double lui aussi. Le TOI TU n’annonce souvent rien de bon : il place celui qui est ainsi apostrophé devant une terrible contradiction, un défaut honteux, un comportement à stigmatiser. Le TU se fait familier, il s’accompagne de bien des facilités. Il se vulgarise dans le milieu professionnel, il symbolise la connivence sans qu’il y ait, le plus souvent, de véritable complicité.

 

IL et ELLE s’interrogent souvent sur l’usage si singulier qu’on fait d’eux quand ils viennent suppléer ce VOUS qui se refuse au locuteur. La troisième personne pour désigner l’autre, ce n’est pas nouveau et rien n’est pire alors que leur compère le ON qui joue le général en chef de l’indifférenciation permanente. Qui est ON ? Pourquoi se targue-t-il d’un singulier quand il englobe le plus grand nombre ? Vaste mystère d’un pronom si impersonnel et parfaitement indifférencié. À l’heure du débat sur la théorie du genre, il doit en être la vedette incontestable …

 

VOUS, de vous à moi, est en passe de se dématérialiser. Il conserve son usage multiple en perdant sa singularité de respect et de déférence. Il aime souvent à se faire accusateur : le VOUS englobe tous ceux qui seraient membres d’une confrérie où le ON ne trouve plus sa place. Le VOUS exclut son utilisateur de la remarque désagréable, il pointe du doigt.

 

ILS et ELLES aiment désormais à se transformer en EUX quand on se refuse à marcher sur des œufs. Les autres sont englobés dans une masse informe et réprouvée. EUX ne sont pas les bienvenus, ils viennent voler notre pain, notre travail et ne possèdent pas cette langue que, par ailleurs, on martyrise avec tant de vigueur.

 

EUX nous viennent de loin pour ne pas s’intégrer à cette communauté de langue. Leur rejet dans ce pronom complément leur interdit de se faire sujet. Sans papier, ils n’iront pas inscrire leur récit de vie. Ils sont de passage, ils sont en transit ; ils n’ont d’existence que dans l'uniformisation et l’indifférence.

 

Quant au grand oublié du moment : le NOUS qui pourtant dénoue bien des conflits, il disparaît progressivement du champ lexical. NOUS ne peut supporter la fragmentation de notre société qui n’aime rien tant que la juxtaposition imperméable des communautés, clans, castes, groupes sociaux, générations et religions. Le NOUS porte trop le sens du commun, l’envie du partage pour avoir sa place dans le discours actuel.

 

Si le roi disait NOUS, les Princes n’aiment rien tant que ce MOI, JE sans majesté. Il convient de redonner ses lettres de noblesse à ce pronom universel et si particulier. Renouons les liens, osons le NOUS même si nous devons nous passer d’EUX : ces odieux fantoches de l’individualisme exacerbé !

 

Personnellement nôtre.

 

Ces pronoms qui se dénouent.

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