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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Devoir de compétence.

Comment faire marner élèves et familles ... ?

Devoir de compétence.

Le fossé se creuse.

 

Alors que de récentes études évoquent le calamiteux bilan de l’éducation prioritaire qui n’a jamais permis de gommer les inégalités de la naissance, du niveau social, des conditions de vie, j’ai eu à aider un jeune garçon qui commence sa troisième après avoir terminé la classe précédente avec les félicitations du conseil de classe dans un collège rural très tranquille.

 

On peut légitimement penser que cet élève n’est pas en difficulté scolaire, qu’il dispose de conditions acceptables pour effectuer sa scolarité, qu’il trouve chez lui un appui satisfaisant pour être accompagné et aidé. C’est fort heureusement le cas de beaucoup d’enfants. Pourtant, ce jour-là, notre jeune ami avait un exercice à faire à la maison qui le mettait en échec. Sa mère, après avoir lu l’énoncé, se trouva elle aussi dépourvue devant la demande professorale.

 

Contrairement aux idées reçues, les élèves n’aiment guère rendre copie blanche. Chacun s’applique à satisfaire aux obligations qui émanent de l’école. Les devoirs sont à ce titre une préoccupation souvent quotidienne pour beaucoup de familles et d’enfants dans ce pays. Il serait légitime de s’interroger sur le bien fondé de cette surcharge de travail pour les parents après une journée de labeur si l’interrogation ne portait pas alors sur l’iniquité de cette pratique.

 

Cet exercice était manifestement inaccessible à une famille ordinaire. Il fallait utiliser des concepts complexes, manier les fractions comme objets mathématiques autonomes intégrant la proportionnalité au sein de chaque partie : je constate que vous perdez pied ! De plus, ce merveilleux exercice usait d’un vocabulaire spécifique à la mer, inconnu par beaucoup de terriens. Voilà un parfait exemple des travers de l’Éducation Nationale.

 

On fit appel à mes lumières. Le vieil instituteur fut fort heureusement capable de résoudre le problème mais se montra en difficulté pour expliquer non pas le résultat, mais la procédure de résolution et surtout les préceptes mathématiques qui avaient permis d’atteindre celui-ci. Je voyais le garçon acquiescer pour me faire plaisir sans vraiment comprendre. J’enrageai de la vacuité d’un tel devoir, si seuls des parents, encore baignés dans l’univers mathématique, peuvent trouver la réponse !

 

Notre école se plaît à confier à la famille la meilleure part du travail. Ce sont les parents ou les aidants qui se coltinent les apprentissages, les recherches, les exercices véritablement difficiles. C’est la meilleure manière de mettre sur la touche une grande partie de la cohorte scolaire. L’école ne faisant alors que renforcer les inégalités. Les professeurs, souvent issus des couches sociales favorisées, reproduisant ce qu’ils ont connu.

 

On peut s’indigner ! On peut encore interdire les devoirs à la maison ou les encadrer comme c’est souvent le cas dans les réformes : comme jamais les règles ne sont respectées, autant pisser dans un violon. Il ne faut jamais changer radicalement de point de vue, cesser de regrouper les élèves par classes sociales, cesser de confier aux familles le travail qui n’est pas fait à l’école ; il est absolument nécessaire d' organiser la journée de l’élève autrement et de mettre les enseignants devant leurs responsabilités dans le désastre actuel.

 

Autant dire que rien ne se fera. Le mammouth va s’ébrouer, donner quelques coups de défenses corporatistes et piétiner les principes républicains. L’égalité des chances est une illusion dans cette belle maison. C’est, pire que tout : une idée totalement étrangère au corps enseignant. J’en sais quelque chose : j’ai vécu à la marge de ce système et je l’ai bien observé de ma place de relégation.

 

L’école a un devoir de justice sociale et de tels exercices bafouent la mission de notre grande maison. Ce travail à la maison n’émanait pas des nouveaux programmes : il était clairement de la seule responsabilité d’un professeur qui pensait bien faire et qui ne faisait là que creuser le fossé éducatif. J’espère qu’il aura écho de ce coup de gueule pour changer son fusil d’épaule. Je doute pourtant qu’il y ait quelque chose à faire : la pression des familles existe elle aussi pour que les écarts sociaux et culturels se pérennisent.

 

Fractionnellement sien.

 

L’énoncé : le marnage désigne la différence de hauteur entre la basse mer et la pleine mer qui suit. On considère qu’à partir du moment où la mer est basse, elle monte de 1/12 du marnage pendant la 1° heure,, de 2/12 lors de la seconde, de 3/12 pendant la troisième et la quatrième heure, de 2/12 pendant la cinquième et de 1/12 lors de la dernière heure. Au cours de ces heures, la mer est supposée régulière.

À quel moment la montée de la mer atteint-elle le quart du marnage ?

À quel moment la montée de la mer atteint-elle le tiers du marnage ?

Devoir de compétence.

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Jacques 06/10/2016 07:56

C'est le genre de problème qu'au pose aux élèves (en classe) pour montrer l'utilité du schéma qui éclaire la solution sans calcul.....

C'est Nabum 06/10/2016 09:21

Jacques

J'ai donc manqué de clairvoyance
Un petit dessin est souvent préférable

Kakashi 05/10/2016 23:40

Pour la solutions du problèmes, je dirais 02h20 pour le tiers et 2h00 pour le quart... Mais les mathématiques me sont aussi étrangers que l'antiracisme...

C'est Nabum 06/10/2016 06:29

Kakashi

Bravo !
La difficulté n'est pas le résultat mais l'explication à donner

Kakashi 05/10/2016 23:37

Il y aurait myriade de fâcheries à observer au sein de l'éducation nationale ; et des qui égratineraient votre état d'esprit soixante-fêtard !
Mais les professeurs restent des êtres humains perfectibles par immanence orgueilleuse pareil aux élèves.
Toutefois, les maîtres savent, les disciples non. De là une hiérarchie. De là des priorités.
Écoutons les voix qui s'élèvent, en premier lieu celles des professeurs.
D'où le crédit de votre coup de gueule au sujet de la surcharge de travail personnel des élèves et des inégalités sociales aux fins de s'en sortir.
Les devoirs, c'est bon pour les bons élèves. Les mauvais élèves ne comprendront pas plus à la maison qu'en classe ; sauf pour enfants de professeurs, les familles mettant la main au porte-monnaie, ou enfin munies parmi leurs connaissances de gens affables comme vous.
En revanche, il est immuable que l'éducation nationale ne remplaçera pas la famille. Vaste utopie soixante-fêtarde que les lois et l'état s'immiscent dans l'éducation des enfants, pour intellectualiser, imposer, et propager leurs petites chimères du monde parfait... Les adeptes du mouvement perpétuel, les structuralistes, les capitalistes de l'antiracisme etc... Tout ça explose sur la vieille ganache des progressistes... Ils ont beau réformer, cela ne résoudra pas les problèmes... Pas une seule école française réputée dans le monde ! Et pour cause, l'égalitarisme dans un monde inégalitaire...
Tous les déterminismes n'y changeront rien... L'avenir est aux riches.

C'est Nabum 06/10/2016 06:28

Kakashi

Nous sommes en total décalage sur le dossier
Vous parlez de raison et moi, je ne peux qu'être aveuglé par une idéologie venue d'un mouvement durant lequel je n'étais qu'une enfant
c'est extraordinaire

J'ai donc le devoir de me taire, je ne suis pas crédible à vos yeux