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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

" Il n’était rien, il ne sera pas grand chose " :

De l'autre côté du miroir

" Il n’était rien, il ne sera pas grand chose " :

De lui à vous

 

 

Il était une fois un être ordinaire, pâlot en dépit de son visage rubicond, terne à moins que ce ne fût citerne tant il aimait le vin de Loire. Il traînait ses guêtres, de classes en pelouses, dans un anonymat qui désespérait son orgueil démesuré. Il lui fallait un nouveau terrain de jeux, loin des débats stériles de la pédagogie, à mille lieues des joutes ovales. C’est alors que se présenta à lui un étrange écran, un miroir déformant, un puits sans fond dans lequel noyer ses délires, ses fantasmes et ses obsessions textuelles.

 

Il entra dans le monde des blogs comme d’autres entrent dans les ordres, pleinement, totalement, irrémédiablement. La confession publique pour seul credo ; le récit au jour le jour des errements d’un individu incapable de se fixer, de tenir une parole stable, de conserver une ligne de conduite cohérente. Il lui fallait louvoyer, chalouper, esquiver, feindre et dépeindre avec une mauvaise foi sans borne, une subjectivité revendiquée, un mauvais esprit certain.

 

Il créa alors son double : un autre lui-même, enfin débarrassé des oripeaux d’un passé en lambeaux, d’une succession d’échecs plus patents les uns que les autres, d’une myriade de dérapages et de fâcheries. Il ignorait alors que, non seulement il n’éviterait pas les écueils du passé, mais que, bien au contraire, il allait amplifier encore les travers qu’il voulait fuir.

 

Son double se para d’un pseudonyme énigmatique, à la forme de démonstration incertaine. L’apostrophe pour tromper son monde, l'auxiliaire être, préféré à cet avoir qui domine toutes les énergies, le messager mésopotamien en bout de ligne pour singer le nom que César donna à la ville celte qu’il venait de raser en bord de Loire . Il pouvait ainsi régler ses comptes avec une cité bourgeoise qu’il n’avait jamais aimée, qu’il n’avait jamais comprise.

 

Il se fourvoya. Dyslexique il était, dyslexique il resterait. Il ne régla rien et passa sans s’en rendre compte de la ligne comptable à la fiction et à la légende. Il se fit conteur sans même le savoir ; il fallut qu’une lectrice, plus attentive que les autres, discerne en sa logorrhée le substrat de la grande tradition de Perrault à Rabelais. C’est en l’invitant à découvrir le talent de Fred Pellerin que celui qui n’était rien comprit qu’il pouvait suivre un autre chemin afin de devenir pas grand chose qui vaille.

 

Il s’y appliqua avec constance et rigueur. Petit à petit, il laissa la polémique et le pamphlet pour sombrer dans des récits étranges entre fables et nouvelles,saynètes et portraits. Il se prit tellement au jeu qu’à son propre je, il substitua celui du personnage qui délaissa la Loire pour monter sur scène. Il en fut si enchanté qu’il écrivit des chansons pour donner un peu de corps à son double.

 

 

Il n’était pas question de succès : là n’était pas sa quête. Bien au contraire, il lui fallait multiplier les chausse-trappes, provoquer le rejet, ajouter la haine au mépris. Il provoqua, agaça, mortifia, ridiculisa ceux qui avaient la possibilité de braquer quelques projecteurs sur lui. Les grands sont nécessairement maudits, rejetés, incompris. Son double en faisait des tonnes pour obtenir cette suprême récompense de la mortification et du bannissement.

 

Il ne pouvait éternellement tenir cette ligne. Son personnage n’était qu’un faux dur, une illusion de méchant. Bien au contraire, sous le masque et les grimaces, c’est la tendresse et la poésie qui émergeaient, en dépit de ses colères pour brouiller les pistes. Il séduisait ceux qui prenaient la peine de lire entre les lignes, de percer la carapace, de dénicher les perles dans les tombereaux de fange. Les mots se firent plus ronds, le propos plus tendre. L’acidité demeurait pour donner une teinte à une aventure qui se devait de n’être pas mièvre.

 

Le Bonimenteur devenait une bête de foire. Il semait ses grains de sel, pimentait ses récits de quelques piques pour maintenir le lecteur en éveil. Les bons contes ne sont pas des niaiseries ; ils doivent envisager le monde sous un autre jour, ne pas se satisfaire de flatter les princes qui nous gouvernent pour leur faire miroiter la fréquentation des fées et des bergères mais donner leur part aux gueux, aux vilains, aux tordus, aux bossus, aux gredins.

 

L’écriture devint son cheval de bataille. Il allait désormais à l’assaut des moulins à vent en brandissant une plume alerte, une langue intègre, une musicalité née dans l’oralité. Il se fit souffleur de vent : celui qui vient de l’océan et fait gonfler la grande voile carrée. Il navigua sur un bateau de mots, laissant les embarcations factices, pour transporter véritablement tous ceux qui étaient restés à quai.

 

C’est ainsi que le double se joua de l’original. En se mirant dans les reflets de la rivière, celui qui se livre à vous ne sait plus qui est qui. Le personnage a-t-il supplanté l’homme réel ? Le double s’est-il fondu dans l'original ? Le mystère est là ; il n’est rien qui puisse sauver l’un et l’autre de la schizophrénie et c’est tant mieux. Ni tout à fait moi, ni tout à fait l’autre, je est un jeu.

 

Duplicatement mien.

 

" Il n’était rien, il ne sera pas grand chose " :

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Kakashi 19/10/2016 16:50

Il est des romanciers qui écrivent pour ne rien dire ! Les mots travestis par l'ardent désir de s'enrichir de succès publicitaire... Cinémascope !
Ils conjuguent le verbe au septième art insipide ! Les mots ploient vers cette servitude volontaire !
Fort heureusement, vous avez de l'esprit Nabum ! Vous perpétuez la tradition littéraire ! Vous «laissez votre peau» sur le papier ! Vous articulez le clavier jusqu'au sang ! Frénétique ! Possédé ! Mais jamais fanatique !
Vous êtes un écrivain mon ami ! Et j'ai hâte de lire un jour votre roman et vos fables (je vous achèterais bientôt votre dernier ouvrage)

C'est Nabum 19/10/2016 19:03

Kaskashi

Je vous remercie
Je suis très touché même si je continue d'être déconsidéré dans une ville qui déploie le tapis rouge à une homme creux qui passe son temps dans les journaux

Plus j'enrage et plus je me perds en rancune
je vais devoir passer outre

mais j'aurai de la mémoire

joseph 19/10/2016 13:30

Bel autoportrait, internet n'est qu'un moyen supplémentaire d'expression, profites en bien ! Et franchement quand on se ballade un peu sur le net entre immondices et égo boursouflés, tu restes très fréquentable avec quelques uns, si rares. La sincérité et son évidente humanité font qu'on pardonne volontiers quelques excès de mauvaise foi et un caractère bien trempé, ce qui de nos jours est presque la norme mais sans cette sincérité et sans trace d'humanité, un peu de vrai dans le spectacle du net ne nuit pas.
Mais je reste médusé devant un tel productivisme journalier, sans parler de ce stakhanoviste de la réponse à tous les commentaires sur trois blogs ( 4....5 ?) différents. Sans compter les spectacles...quelle santé !
Tu as trouvé une route avec d'autres déjà connues, l'ami, elle te convient et est partagée avec d'autres, dont beaucoup de silencieux.
Chapeau l'artiste

C'est Nabum 19/10/2016 19:04

Joseph

Je fais de mon mieux et j'ai la prétention de constituer une œuvre virtuelle
C'est très prétentieux et c'est encore un rude défi

Merci du fond du cœur