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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Ils s’aiment en tic

RocaWally

Ils s’aiment en tic

Et ce n’est jamais toc

 

Une fois encore, la communication s’est montrée défaillante pour vanter le magnifique spectacle qui était proposé à Labouheyre dans le très joli cinéma refait à neuf. La municipalité avait mis les petits plats dans l’écran pour recevoir un duo hilarant : Vincent Roca et Wally. Hélas, si jamais leur prestation ne risqua cet écueil, la salle sonnait creux. Le journal local, dans la tradition de ses semblables avait consenti trois malheureuses lignes, perdues en bas de page quand l’office de tourisme de Mimizan ignorait souverainement la chose. Si le spectacle demeure vivant, ce n’est certes pas grâce à ces gens si peu curieux.

 

C’est donc en tout petit comité qu’il me fut donné de jouir des jeux de mots, des distorsions sémantiques, des aphorismes diaboliques et des chansons courtes et elliptiques tout autant qu’éclectiques du sympathique duo. Pour le meilleur et pour le rire, ils vagabondent dans le lexique, se perdent en contresens, distordent la conjugaison, accordent les contraires, s’égarent en chemin. Ces bandits détroussent la langue, lui font quelques enfants dans le dos, osent la charger de belles sentences.

 

Comment rendre compte de la prestation, prouesse dialectique qui n’est jamais en toc ? Il convient de ne jamais perdre le fil du discours, sinon vous vous trouvez vite pris au piège de l’écheveau qu’ils tissent comme une araignée pour nous prendre dans leurs saillies, nous attraper à leurs calembours, nous piéger à leurs bons mots. Ils ouvrent grand les vannes de la farce ; le vin coule à flot tout autant que la rime. C’est du grand art, un régal qui déclenche éclats de rire et curieuses réflexions.

 

Ils chantent et nous enchantent, ils se racontent et nous content d’étranges fredaines ; ils se jouent de nous en se gaussant l’un de l’autre. Dans ce fabuleux échanges de pongistes, la balle se fait mot, le filet phrase, la table pensée. Derrière les nez rouges, la truculence et la grivoiserie de l’un comme de l’autre, notre monde se dénude, se fracasse sous le choc de ses contradictions, ses altérations et ses diversions.

 

Wally jongle avec les notes quand Vincent lui renvoie la balle au bon mot. Roca se grime, perce les ombres et chinoise quelque peu. Nous nous faisons témoins d’un défit de potaches, d’une joute grammaticale, d’un exposé de conjugaisons, d’une aventure œnologique. Ce n’est jamais en vain que fusent les répliques ; le vers à la métrique parfaite se glisse dans un verre toujours levé à notre hilarité.

 

Il n’est pas question de dévoiler ce prodige. C’est à vous d’oser la découverte, de suivre un programme qui vous déboussole, vous perd sur des sentiers détournés. Si jamais vous n’avez pas tout compris, ce qui, avouons-le, risque fort de vous arriver, un livret vous sera proposé à la sortie pour vous permettre de relire l’intégralité de ce bonheur langagier. C’est alors que vous percevrez réellement la profondeur du propos et que vous partirez en disant : « Chapeau les artistes ! »

 

Hélas, pour jouir de ce voyage au pays des circonlocutions diaboliques et musicales, il faut accepter d’abandonner son maudit poste de télévision, quitter son douillet domicile et aller à la rencontre du spectacle vivant. N’espérez pas que l’on vous en avertisse ; c’est à vous d’aller quérir l’information, de chercher, de fouiner pour débusquer la proposition culturelle. Notre bonne presse régionale n’aimant rien tant que rendre compte a posteriori de la chose, pour qu’un correspondant bénéficie gratuitement du spectacle.

 

Aller au spectacle, c’est faire acte de subversion, c’est refuser la médiocrité dans laquelle on veut nous enfermer, c’est ouvrir de nouveaux horizons, c’est partager et entrer en communion avec des inconnus. Alors, si Vincent Roca et Wally viennent près de chez vous, n’hésitez pas un seul instant. Je serai même presque disposé à vous rembourser si jamais vous n’aimez pas cette prestation extraordinaire.

 

Enthousiastement leur.

Ils s’aiment en tic

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NINA 25/10/2016 22:43

On reconnaît les siens, n'est-ce-pas ?.. Vous êtes en terrain connu.. Vous êtes des leurs... D'experts jongleurs de mots, comme vous.. Merci. Oui au refus de la médiocrité, oui à la subversion du spectacle. Mazette !... çà console de biens des douleurs. Et on peut un instant croire que tout n'est pas perdu. Merci.

C'est Nabum 26/10/2016 07:31

Nina

Je n'ai pas la prétention de me comparer à eux
Nous avons une certaine parenté, c'est évident

OUI, le spectacle vivant est une nécessité vitale pour sauver notre corps social de la dérive dans laquelle il est entraîné
Télévision et autres médias cherchant involontairement j'espère à la conduire vers la médiocrité absolue et les pensées les plus immondes