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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Rallumer le feu

Sans l'aide de Johnny ....

Rallumer le feu

Le petit matin frisquet

 

La nuit s’est achevée ; je suis le premier à me lever et j’ai la désagréable surprise de trouver la cheminée éteinte. Chacun a bénéficié, pour s’endormir, de la douce tiédeur octroyée par les bûches qui se consumaient, accompagnée d’un ronflement délicat et de quelques craquements intempestifs. À mon tour je souhaite faire plaisir à mes amis, rallumer ce feu qui saura les accueillir à leur réveil, leur permettre de prendre un petit déjeuner tout contre la cheminée. Je veux leur offrir cette délicate attention.

 

Mais voilà que je me trouve aux prises avec les difficultés de la tâche. Le petit bois vient à manquer, le vieux papier journal, trouvé là au fond du garage, est humide et les pommes de pin sont toutes parties en fumée. Il y a bien une cagette ; la briser va réveiller les dormeurs à qui je désire faire une surprise. Le bruit dévoilera mes intentions tout autant qu’il suspendra leur sommeil ...

 

Je dois œuvrer en douceur ; en suis-je capable, maladroit comme je suis ? Il me faut rester silencieux. Le papier se froisse aisément. J’ai appris en Berry que, pour plus d’efficacité, il convient de le rouler et d’en faire un nœud. Il tiendra plus longtemps le feu et me permettra sans doute de réussir mon pari avec le réveil du gros de la troupe. Je « mascagne » ! Le papier se refuse au nœud, il se déchire sournoisement, il a pris l’humidité dans cette maison vide depuis quelques mois.

 

Je parviens tant bien que mal à tapisser l’âtre de ce journal pense-bête. Il n’attend plus qu’un tapis facilement inflammable de brindilles et autres bois combustibles pour me garantir le plein succès. Je trouve quelques brindilles qui traînent au fond du panier à bois ; des copeaux et des écorces complètent ce qui doit mettre le feu aux poudres ; en farfouillant j’ai dû faire du bruit : je m’en rends compte à regret. Deux ou trois pommes de pin toutes racornies ont échappé à la flambée de la veille : elles vont constituer la base, le boutefeux de mon entreprise.

 

Je craque une allumette. Elle se brise. On ne dira jamais assez la maladresse du non fumeur en la matière. Il conviendrait d’organiser des cours de mise à feu pour les malheureux de mon espèce qui n’ont jamais eu de briquet dans leur poche. Je décide de coupler deux petites bûchettes soufrées pour être certain de ma prochaine tentative. Elles s’enflamment sans difficulté mais s’éteignent avant de parvenir au papier journal. J’aurais fait un mauvais bourreau pour dame Jehanne.

 

Cette fois j’y vais de bon cœur ; un joli paquet de bûchettes me rappelle le temps lointain de ma découverte de la numération. Le fagot s’enflamme, quelques-unes supportent le déplacement et mettent le feu au papier. Le journal s’embrase pour finalement s’étouffer misérablement. Je suis bien embarrassé.

 

J’ai oublié d’ouvrir la trappe à moins que ce fût la soufflerie qui soit restée inactive. Il me faut recommencer, recharger le tapis inflammable ; je me salis les mains dans les cendres inertes de la veille. Je râle ; tout le monde doit savoir ce que j’essaie vainement d’entreprendre. Cette fois, j’ai le coup de main, les flammes naissent dans la cheminée, promesse d’une belle flambée qui compensera le tintamarre que j’ai provoqué pour lever mes amis.

 

Que nenni. J’ai chanté victoire trop tôt. Ce n’était qu’un feu de paille, une parfaite illusion, une fausse joie. Le feu finit par s’étouffer, je dois tout reprendre à zéro. Je m’agace, je peste contre l’absence de produits, pourtant douteux, qui favorisent la réussite d’une mise à feu. Après quelques pensées chimiques, je reviens à plus de sagesse, le feu démarrera naturellement : je ne peux faire autrement.

 

Cette fois, tout semble bien parti. Les flammes lèchent le petit bois, le papier a fait son œuvre, le second étage du décollage est en marche. Il me reste à trouver du bois de taille intermédiaire pour assurer la pleine et entière réussite de l’opération. Pour mon plus grand désappointement, il n’y a que de grosses et solides bûches. Je dois sortir en petite tenue, affronter le froid et la nuit pour trouver des bûchettes qui seront parfaites. j’arrive, triomphant, alors que le feu est en train de périr par la faute de ma négligence. J’ai pris froid et j’éternue bruyamment.

 

Je recharge une fois encore de ce petit bois qui ne tient que quelques instants. L’opération, fort heureusement, est facilitée par le petit tapis de braises qui s’est formé. Je peux passer à la phase bûchettes, cette fois, la réussite semble acquise et mon triomphe garanti. Tout fonctionne à merveille, mes amis ne sont pas encore levés et je peux charger le foyer de grosses bûches qui leur garantiront un petit déjeuner dans la tiédeur d’une pièce accueillante.

 

Je suis satisfait, je prépare les bols et le café, les confitures et le miel. Ils se lèvent. Ils vont me gratifier d’un grand sourire : je n’en doute pas un seul instant. Que nenni. La cheminée a fumé, l’atmosphère en fait tousser quelques-uns. J’ai droit à la soupe à la grimace. Certains m’accusent d’avoir fait un bruit d’enfer et un feu de purgatoire. La prochaine fois, ils auront froid à leur réveil ...

 

Matinalement vôtre.

Rallumer le feu

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