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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Contes à la dérive …

Notes de lecture

Contes à la dérive …

Choc des cultures !

 

Un jour, un message me parvient par la toile. C’est une collègue qui écrit des contes et qui souhaiterait avoir mon avis. La dame-je l’imagine jeune-s’offrant même le luxe de m’envoyer par la poste un exemplaire de son second tome. Je suis touché de cette confiance et inquiet. Que vais-je faire si son travail ne trouve pas écho auprès de moi ? Je ne suis pas homme à reculer devant un engagement, fût-il trop vite donné.

 

Il faut se lancer dans l’aventure, d’autant qu’elle m’a demandé franchise et honnêteté. Me voilà pris au piège. Quand je reçois le petit livre, je suis tout d’abord amusé de découvrir que Clémence était sans doute prédisposée à ce genre littéraire : elle habite rue Alphonse Daudet dans une ville dont je tairai le nom. Allait-elle apporter de l’eau à mon moulin et me transporter vers un univers que j’apprécie ?

 

La couverture m’intrigua tout autant qu’elle me décontenança. Le dessin, quelque peu naïf, les couleurs, trop vives à mon goût, me laissèrent sur ma faim. Je ne m’étais pas imaginé pareil environnement esthétique. Il ne faut pas s’arrêter aux apparences ; j’ouvris alors le petit recueil dans lequel six contes invitent les lecteurs en un voyage dans l’imaginaire.

 

Et là, il y a de quoi voyager. La dame a une imagination débordante, foisonnante. C’est même avec un luxe de détails qu’elle installe son univers, plante son décor, fournit les éléments scientifiques qui servent de toile de fond à l’intrigue. Je suis mal à l’aise : j’ai le sentiment d'entrer dans un nouvel espace-temps, dans un futur qui ne se soucie guère de mon cher : « Il était une fois ! » J’ai manifestement affaire à une passionnée de science et de romans d’anticipation.

 

Je me garderai bien de juger ses récits. Ils entrent dans une fantasmagorie qui n’est pas la mienne. Je n’ai pas besoin de tant de détails, de tant de références pour construire ma représentation. J’ai le sentiment qu’à vouloir trop en faire, à vouloir trop bien expliquer, Clémence me perd dans son imaginaire.

 

Je sais que des adolescents ou des enfants, nourris d’une autre culture que la mienne, se plairont dans ces mondes étranges et lointains. Je souhaite donc leur laisser ce plaisir et ne point décourager les curieux. Pour moi, le conte se nourrit de proximité tout en s’accordant des fantaisies, en entrant dans un monde onirique proche du nôtre, simplement parallèle. Cette fois,je suis perdu dans un ailleurs qui me dépasse.

 

Par contre, je reconnais en elle cette volonté de jeter un regard critique sur notre société au travers de son monde en création. Elle porte une charge virulente et lucide sur nos travers, nos dérives et nos folies. Elle fait ainsi œuvre de pédagogie en donnant un autre éclairage afin de nous faire comprendre les dangers auxquels nous sommes exposés. Son diagnostic est lucide, son jugement sans concession et j’aime cette dimension subversive dont elle joue à bon escient.

 

C’est en cela que vous pouvez tenter la lecture de son ouvrage. Quant à moi, je réserve mon jugement car son écriture, résolument moderne, me met mal à l’aise. J’aime les mots obsolètes, les tournures vieillottes, les longues phrases et une langue poussiéreuse. Elle, joue les courants d’air sans s’encombrer véritablement de fioritures. Elle se fiche sans doute de répéter plusieurs fois le même mot : l’idée étant chez elle plus forte que la forme. Pourquoi diable est-elle venue réclamer mon assentiment alors qu’elle est si éloignée de mon style ?

 

Elle exige de la franchise, elle n’obtiendra qu’une pirouette. Le vieux conteur de Loire ne peut se reconnaître dans ce tourbillon intergalactique, même si la première histoire se déroule dans les abysses marins. C’est aux curieux de se faire leur propre jugement. J’ai le sentiment qu’ils auront sûrement matière à se distraire. Je les laisse juges, n’étant pas le plus à même de donner un avis dans un genre où, péniblement, moi aussi, j’essaie de faire mon trou.

 

Mais je ne suis pas de ceux qui font crocs-en-jambe et obstruction à leurs rivaux. La dame mérite d’avoir sa chance ; sans doute plus que le vieux grimacier qui évoque son travail. Je vous demande de lui faire bon accueil en dépit de réserves qui ne doivent être que le fruit d’une jalousie malsaine. Les auteurs ont besoin de lecteurs. À vos bons de commande !

 

Critiquement sien.

Contes à la dérive …

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Inocybe de Patouillard 23/11/2016 09:16

"Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez."
On ne peut s'empêcher de donner ces précieux conseils aux débutants en écriture .C'est comme lorsque qu'on monte à cheval : entre le "radada et les exercices de haute école, on peut quand même acquérir une technique et faire bonne figure .Tout s'apprend avec patience et surtout humilité .

C'est Nabum 23/11/2016 11:38

Inocybe de Patouillard

Je serai éternellement un débutant et les meilleurs conseils, c'est à moi que je dois les servir. Quant à la jeune dame, elle vole de ses propres ailes, en étant elle aussi au tome deux et qui plus est, chez un éditeur diffusé, ce qui est loin d'être mon cas