Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La belle idée du Bourru.

Le conte nouveau est arrivé

La belle idée du Bourru.

La Bernache à plein bec …

 

Il était une fois Kelvin Blanc, un vigneron des bords de Loire que ses amis surnommaient « Le Bourru ». On aime par chez nous les sobriquets et celui-ci lui allait comme un gant. Non seulement, l’humeur de ce personnage était parfois un peu rude, mais il avait en plus un goût immodéré pour le vin nouveau qu’on appelle ici le vin bourru ou bien la bernache.

 

Il avait tendance à en abuser comme on aime à faire ici de toutes les bonnes choses. Ne lui jetons pas la pierre ; il était bien assez puni de son intempérance par de solides diarrhées qui le laissaient la culotte en bas des jambes chaque lendemain de ses abus. Mais l’homme n’en avait cure ; il aimait trop ce breuvage pour reculer devant ce modeste désagrément.

 

C’est sans doute, assis sur sa chaise percée à se vider les entrailles, qu’il eut l’idée qui aurait pu faire de lui un homme riche et connu. Le brave Kelvin Blanc aurait alors disposé d’une renommée qui aurait fait le tour de la planète au lieu de quoi, il resta à jamais l’inventeur inconnu d’une incroyable falsification.

 

Je pense que j’ai poussé le bouchon trop loin et que vous resteriez sur votre soif si je n’éclairais pas votre lanterne. Voici,contée en quelques lignes, l’histoire du Bourru et de son invention. Rendons-lui cet honneur et sortons-le de l’ombre en ce jour du troisième jeudi de novembre.

La belle idée du Bourru.

Le Bourru donc aimait sa bernache de vin blanc à en importuner tout le voisinage et à se vider sans relâche. Un jour, sa femme, excédée, lui conseilla d’arrêter cette pratique et de boire autant de vin rouge qu’il en avait envie. Au moins, il laisserait son ventre en paix. De ce mot maladroit naquit la suite de notre histoire …

 

Le Bourru se dit qu’il fallait sans doute user d’un peu d’ingéniosité pour ne plus subir les remontrances de sa commère. Elle ne supportait pas la bernache, soit, il suffisait de maquiller son breuvage préféré pour disposer d’un peu de répit de ce côté-là. Il se mit en quête de la façon la plus agréable qui soit de grimer son pêché mignon.

 

Pour que son vin bourru fût rouge, il le mouilla de cassis et de grenadine. Il se mit à tester différents dosages, abusant plus que nécessaire de la dégustation comparative. Kelvin Blanc avait de la conscience professionnelle, en bon vigneron qu’il était, et la curiosité des sens en parfait Ligérien. Il était déçu du goût ainsi obtenu. Il se mit à jouer l'alchimiste œnologique en une période où les règles n’étaient pas encore fixées à l’initiative d’un vigneron de Châteauneuf-du-Pape : Pierre Le Roy de Boiseaumarié.

 

Il écrasa de la banane, mit un peu de vanille liquide, ajouta un peu de jus de pomme. Son breuvage avait désormais un fameux bouquet et une bonne tenue en bouche. Mais hélas, il continuait à fermenter et son léger pétillement trahissait son subterfuge. Il lui fallait trouver une solution pour arrêter le travail du vin et en faire un parfait ersatz de vin rouge.

 

Il alla chercher chez ses amis de Pouilly-sur-Loire le secret de la mèche de soufre, jetée dans le fût. Son vin primeur cessa de pétiller et avait de quoi tromper les ânes et les buveurs d’occasion. Mais lui n’en avait cure : il aimait le vin bourru et voulait le boire tout son saoul sans entendre geindre sa compagne.

 

L’aventure eût pu s’arrêter là mais en ce temps lointain, le vin de tout le pays aimait à voyager sur la Loire. C’est ainsi qu’un marchand de la région de Beaujolais vint à découvrir la potion magique du Bourru. Kelvin avait ce jour-là parfaitement abusé de la chopine et dévoila sans méfiance son secret. L’information ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd et notre marchand rentra bien vite dans sa région.

 

Les vignerons de Juliénas, Brouilly et Morgon se firent un malin plaisir d’imiter notre bonhomme. Ils firent tant et si bien, utilisant pour cela un Gamay noir à jus blanc que le Beaujolais nouveau devint la vedette que l’on connaît aujourd’hui. Le secret des saveurs resta longtemps caché puis il fut attesté que des levures étranges étaient venues constituer ce qui ne mérite pas le nom de vin.

 

Alors quand le 17 novembre vous déboucherez une bouteille, pensez à ce brave Bourru qui se serait plié de rire à l’idée de savoir que son petit procédé avait fait la fortune des gens de Chiroubles. C’est là l’ironie de l’histoire. Mais prenez garde de ne pas trop abuser de la chose : vous pourriez vous aussi avoir à en pâtir.

 

Œnologiquement sien.

La belle idée du Bourru.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article