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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Marcher sur des œufs ….

Le droit imprescriptible à l’écalage

Marcher sur des œufs ….

On ne fait pas d'omelettes sans casser les gueux

 

Je ne suis jamais au bout de mes surprises dans cet établissement disparate qui reçoit toute la misère de notre ville et les délires de la grande distribution. Ce jour-là, la banque alimentaire nous fit un virement en liquide, un cadeau d’une chose extravagante, délirante, incongrue. Je n’avais jamais vu ça mais il faut bien admettre que je fréquente si peu les rayons de nos supermarchés de l’indécence que je dois être un grand naïf en la matière.

 

Dans des bidons transparents de 10 litres, un liquide jaunâtre, épais, visqueux, peu ragoûtant. Vingt-deux bidons, abandonnés à leur triste sort, évacués des rayons faute d’acheteurs, repoussés dans le dépotoir que nous sommes devenus. Il faut, malgré l’indifférence des consommateurs, trouver une niche afin de refourguer la chose. Nous sommes le refuge des rebuts, ceux de la mal-bouffe comme ces pauvres gens laissés sur le bas-côté d’une société si parfaite.

 

Mais qu’est-ce donc ? Ne vous frottez pas les yeux, ne cherchez pas de coquille dans mon texte, ce sont des œufs : cassés, battus, stabilisés, conservés, estampillés et bradés en fin de parcours. Combien faut-il de poules pondeuses, enfermées dans des prisons honteuses, pour produire cette rivière boueuse ? Je n’ose y penser. Ma vue et le bons sens se brouillent.

 

Plus de quatre mille en tous cas, pour trouver un accueil indifférent voire pire. Pour ceux qui connaissent le produit, c’est une infâme mixture sans goût ni tenue. Que faire de tous ces bidons ? Faut-il punir nos bénéficiaires de leur pauvreté, à la manière de ces grands bourgeois qui aspirent à gouverner le pays d’une main de fer, en leur proposant des omelettes insipides, flasques, sans saveur ? Cette omelette-là vaut bien double ration de frites graisseuses ...

 

J’enrage de voir ce que devient notre société. Pourquoi de tels produits existent-ils ? Pour satisfaire à des normes édictées par des législateurs corrompus, au service exclusif de l’industrie agroalimentaire ? Pour se cacher derrière des principes d’hygiène et de sécurité alimentaires qui nous font prendre des vessies pour des lanternes ? Pour couper la population du réel et de son rapport à la nature ? Désormais les poissons sont carrés, le lait vient de cartons, les œufs sont en bouteille …

 

On marche sur la tête à défaut de marcher sur des œufs. Quand à casser des œufs pour faire une omelette, il faudra revoir l’expression. Il suffit d’ouvrir une bouteille en attendant de généraliser la poudre. Le jaune est déjà proposé en tube façon mayonnaise, le blanc se vend en tapis, idéaux pour faire croire que le polystyrène entre désormais dans la pâtisserie. Les œufs durs nous arrivent en sachets écalés, baignant dans un liquide amniotique des plus douteux. Tout va bien au pays des apprentis sorciers, chimistes et empoisonneurs de leur état.

 

Les poules se disent que le temps est venu de se faire les dents pour défendre bec et ongles leur merveilleux trésor. S’il n’est pas d’or, il n’en demeure pas moins un parfait condensé d’amour, de vitamines et de protéines, de saveur et de beauté. Quoi de plus beau qu’un œuf ? Forme parfaite et énigmatique, esthétique et symbolique, c’est la matrice de la vie, l’ovale fondamental, le point de départ de l'aventure de la vie.

 

Nos furieux du profit veulent briser dans l’œuf cette poésie pure. Ils mêlent le jaune et le blanc, dissolvent les différences, abolissent les contenants, privent les cuisiniers du geste ancestral de l’œuf qui se casse sur le rebord d’un saladier. Il serait grand temps de dénicher le mal, de l’extraire de notre planète. Le coq chante le matin, les poules pondent et couvent. On fait des œufs coques, brouillés, pochés, durs. On se prépare des mouillettes mais personne n’a que faire de ces maudits bidons.

 

Me prend l’envie de voler dans les plumes de ceux qui conçoivent de tels produits. Qu’ils ne viennent pas me dire qu’ils ne font que répondre à une demande potentielle d’un consommateur toujours en quête de simplicité. Les uns et les autres sont fêlés. J’ai grand désir de leur jeter des œufs pourris à la face ; voilà qui leur remettrait les idées en place. On peut me dire que je cherche des poils aux œufs, mais c’est dans les détails que se glissent les dérives de notre monde. Et celui-là touche aux valeurs fondamentales. L’œuf est source de toute chose et c’est lui qui a commencé la poule !

 

Ovulement vôtre.

Marcher sur des œufs ….

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C'est Nabum 01/12/2016 12:44

julius 1ER 1er décembre 11:51

excellent Nabum comme d’hab, j’aime ta façon très colorée de peindre le tableau de cette société en perdition !!!
il est bien évident que là aussi ce bilan que tu dresses à propos des oeufs on pourrait le faire sur de nombreux produits ....

mais revenons à l’oeuf , j’ai été cuisinier dans une autre vie et je peux te dire qu’à l’orée des années 70 on pouvait encore faire des meringues simples sans additifs, ni sucre cuit, juste blancs d’oeuf et sucre et on laissait sécher à 70/80 degrés .... sans problème !!

on pouvait les congeler les décongeler et faire des meringues simples sans problème ce qui se vérifie avec la meringue, se vérifie avec l’oeuf poché ( eau frémissante vinaigrée et on poche délicatement l’oeuf en l’enroulant ) avec la plupart des oeufs achetés en supermarché ce n’est plus possible ????????????(puis il y eu les interdits , plus de congélation etc pour notre bien -être !!!)

pourquoi ??? on regarde une poule, un bec , deux pattes et des plumes et pourtant rien ne va plus !!

en apparence rien n’a changé mais le problème est à l’intérieur de la poule si je puis dire ...
l’univers concentrationnaire adapté à une espèce, pour soit-disant répondre à la demande de masse,
la même chose que tu décris à propos de l’oeuf liquide (peut-être sais -tu que dans les grandes institutions, écoles, hôpitaux, maisons de retraite etc... l’oeuf entier n’entre plus à l’état cru
il entre sous forme liquide ou solide déjà traité par l’agro-alimentaire qui est devenu le maître à penser de nos désirs ( l’agro-alimentaire sait ce qui est bon pour nous et nous défend pour notre bien être à notre corps défendant si je puis dire ... contre les salmonelles et autres infections véhiculées par ces vecteurs dangereux que sont les oeufs pas cassés !!!

l’univers d’Orwell miré au travers de l’oeuf, plutôt déroutant comme concept mais terriblement d’actualité qui représente la déraison et la folie humaine pour satisfaire l’appétit du CAC 40 !!!!

la prochaine étape sera l’analyse d’un autre produit la crème ...produit qui devrait être naturel mais qui maintenant est bourré d’additifs, émulslfiants et autres qu’il n’est même plus possible de monter en chantilly sans y ajouter du mascarpone, un comble ........

la liste est longue et la cuisine moléculaire tant voulue par nos glorieux industriels fournit un bataillon de produits devenus indigestes que l’on doit transformer pour rapporter encore plus de « plus value » !!!!!!!!!!

kakashisensei 29/11/2016 18:20

Comment préférez-vous les oeufs ?
Je les aime de toutes les façons, mais avec une préférence au plat (vinaigre de cidre + échalotte+ herbes aromatiques) ou brouillés

C'est Nabum 30/11/2016 06:43

Kakashi

Je les aime crus aussi, il ne faut pas l'ébruiter

Pochés ou coque ils me sont agréables

Joseph 29/11/2016 09:29

Bientôt l'eau chaude en poudre -)
Je crains que dans les petits restos même sympathiques, beaucoup se laissent aller à cette cantine liquide et industrielle au nom du prix de revient et pour éviter de la main d’œuvre. Misère

C'est Nabum 29/11/2016 14:35

Joseph

ça ne risque pas, s'il y a une chose qu'ils n'ont pas inventé, c'est justement l'eau chaude