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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Ma ville fait la roue.

Cire "Conférence"

Ma ville fait la roue.

La quadrature de la vanité.

 

Ce fut insidieux, lent et, il faut l’avouer, complexe. Tout le monde n’avait ni les moyens ni la place de s’offrir cet indispensable écrin pour un marché de Noël réussi. Il en a fallu des doses de persuasion tout autant que de prouesses techniques pour installer, au cœur de la ville, l’expression désormais la plus aboutie de l'allégresse de la Nativité.

 

Il est vrai que les sapins ont cessé de pointer leurs cimes en plein ciel. Il faut aller toujours plus haut, toujours plus loin dans le tape-à-l'œil et le grandiose. Le pauvre végétal ne fait plus la maille et demeure fort encombrant le reste de l’année. Il a beau ne pas perdre ses aiguilles, la technologie lui a fait perdre ses plumes. Il se contente désormais d’être le beau sapin de la chanson, roi des forêts et ignoré dans la ville. Même dans les demeures, son homologue synthétique l’a supplanté. Il y a de quoi avoir les boules.

 

La crèche, quant à elle, fait polémique. L’âne ne semble pas être œcuménique alors que pourtant il me semble transcender toutes les religions du monde. Quelques intolérants au lait de vache exigent le retrait du bœuf, démontrant en la circonstance leur parfaite inculture zoologique. Pour le reste, l’enfant Jésus n’est plus le bienvenu : il ne serait pas né, nous dit-on, sous une bonne étoile. Certains jouent les vierges effarouchées devant ce symbole qui devra désormais rester sur la paille, loin des centres urbains.

 

La patinoire a fait son temps. Les modes glissent et il convient de toujours aller plus en avant dans le spectaculaire. La glace laisse désormais de marbre les jeunes gens des grandes métropoles ; elle se rabat sur les petites communes qui, à leur tour, profitent de l'attraction. C’était pourtant bien commode pour rouler des patins et vendre des marrons chauds. Mais la pauvre patinoire manque de hauteur ; elle a perdu de son aura.

 

Les vitrines de Noël ont, elles aussi, été détrônées. Il est vrai que les magasins qui jadis faisaient des merveilles, attiraient une foule éblouie devant un décor tout aussi féerique que magnifique, ont dû fermer boutique. Les grandes surfaces ont accaparé le marché du jouet ; les petits commerces n’ont plus leur place dans les centres urbains, à moins qu’ils ne viennent s’y réfugier que quelques jours par an sous des chalets de bois …

 

Alors, devant ces évidences, pour réussir un joli décor de Noël, il convient de lever les yeux au ciel, d’en avoir plein les mirettes et de mettre une roue dans le passage du père Noël. Il faut d’ailleurs qu’elle soit grande, illuminée de toutes parts, grandiose et massive. C’est devenu l’incontournable de la Nativité. Elle symbolise sans doute le cycle des saisons, la voûte céleste, l’étoile du berger, la vanité de ceux qui s’y montrent … Elle représente plus sûrement la vacuité de nos existences qui ont besoin de prendre l’air en plein froid pour se penser maîtres d’un monde qu’on est en train de détruire.

 

La grande roue trône sur les marchés de Noël qui se respectent. Colosse aux pieds d’argiles, elle n’a pas la tête dans les étoiles ; elle est le ciel lumineux, le paradis du consumérisme, l'archange de la stupidité. On y fait la queue, on s’y presse bien mieux qu’à confesse tandis que les santons s’ennuient dans la cathédrale désertée. On s’y prend en photographie, on l’immortalise de tous côtés car elle est devenue, à elle seule, le paradigme de la fête, l’expression la plus aboutie du nouveau calendrier de l’Avent.

 

C’est depuis que le tour de France finit sa ronde sur les champs Élysées au pied de la roue de monsieur Campion que le mal a germé dans toutes les têtes de nos responsables municipaux. La Grande Roue ne doit plus se contenter de la fête foraine, de la foire du mail : c’est sur la place des martyrs qu’elle a toute sa place. Elle est si belle, si parfaitement éclairée, si visible ! Elle démontre à l’évidence la puissance locale, celle qui écrase les communes alentour. Loin du cœur de la ville, n’espérez plus réussir la moindre fête, c’est autour de la grande roue que gravitent tous les m’as-tu vu de la cité. Ils font les paons toute l’année ; quoi de plus normal qu’ils la finissent en majesté, en roue libre !

 

Rondement vôtre.

Ma ville fait la roue.

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L' étrang' é 15/12/2016 17:24

au moment de rejoindre le train en vélo, cette mise en roue libre est bien lumineuse ;o)

C'est Nabum 15/12/2016 17:53

L'étrangé

C'est sans doute du développement du râble pour lapin albinos sorti du chapeau