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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Avoir un coup dans le nez !

Je ne me mouche pas du nez ...

Avoir un coup dans le nez !

La goutte et pas seulement.

 

Pauvre nez, bien planté au milieu de la figure : rien pourtant ne le prédisposait ainsi à être décrié et montré du doigt. Bien sûr, une célèbre tirade lui a donné ses lettres de noblesse, mais il faut bien reconnaître que depuis, pour lui ce sont plutôt les vaches maigres. Il fait la lippe et se doute que ses camarades tout proches, sont de mèche pour lui faire un pied de nez.

 

Qu’a-t-il fait au juste pour mériter ainsi toutes les remarques acerbes, les expressions douteuses et cette morve qui ne cesse de faire couler beaucoup d’encre. Qu’il soit au vent ou bien en l’air, le pauvre appendice nasal est la principale cible des mauvais coucheurs, de tous les irascibles qui vous ont dans le nez !

 

Aquilin, il eût pu prendre son envol, mériter un petit bec tendre ou bien se percher sur la plus haute branche des lunettes. Au lieu de quoi, on lui a coupé les ailes, le privant de se faire récurer par un index curatif et, ô combien précieux, dans la chasse au loup. Hélas, il n’est pas de bon ton de le libérer ainsi en public de ce surplus désagréable. Seule la conduite automobile autorise encore ce délicat plaisir pour peu que vous ne soyez pas chauffeur chez l’infâme Uber.

 

Le nez en hiver est la première victime des frimas. Le cacher devient impossible ; il faut désormais avancer la tête libre et le nez en vue pour montrer patte blanche aux contrôles au faciès. Et gare à vous si les forces de l’ordre font le nez à votre approche. Le nez en trompette ne battra pas le rappel de la cavalerie mais bien celui des premiers ennuis.

 

Un homme en bleu sortira alors une étrange pipette et, pour peu que vous ayez le nez rouge, il vous fera souffler afin de découvrir si vous n’avez pas un coup dans le nez. Le verre a beau être à pied, c’est encore lui qui est mis en accusation. Il est vrai que certains l'arborent comme un blason, un aveu impossible à démentir de leur amour immodéré de la divine bouteille.

 

Le nez retroussé vous créera quant à lui des ennuis d’une autre nature. Pour peu qu’il s’allonge au premier mensonge, vous serez mis au ban des accusés pour outrage. Prendre son pied ne se fait pas en public, ça sent la discrimination à plein nez à son sujet. Il ne peut éternuer ou bien couler sans que l’organe national de la santé publique vous dégaine son vaccin anti-grippe.

 

La barbe a depuis quelque temps éclipsé son camarade de l’étage au-dessus. Entre eux, un conflit de voisinage, une histoire de poil mal ramoné a mis de l’eau dans le gaz. La moutarde est montée au niveau du second, la première se mettant dans une colère noire. Un barbu lui a même claqué la porte sur lui sous prétexte qu’il avait un nez crochu, signe apparemment d’appartenance à une confession qui n’était pas la sienne.

 

Avoir du nez n’est plus de saison, être dans le nez des autres n’est guère enviable ; la pauvre excroissance nasale sait que la liste est longue des griefs qui lui sont reprochés. L’anathème lui pend au nez sous prétexte que quelques-uns se font des rails, respirent une poudre blanche qu’ils aspirent à plein nez. Le sang risque de couler, les coups pleuvent sur le pauvre diable.

 

Il est loin le temps où le nez gagnait notre estime, les doigts bien à l’abri dans ses trous qu’il avait su faire à la sueur de son front. Depuis, il a été bouché, obstrué, tordu, pincé, il a croisé des faux nez, des compères fleuris, d’autres écrasés. Certains se sont fait porte-parole de leur propriétaire, ont parlé pour lui, l’ont même mené par le bout de lui-même.

 

Le plus douloureux fut pourtant quand il fallut lui tirer les vers alors qu’il en avait plein le nez. Hédoniste, il pensait qu’il s’agissait de verres, de grands crus, de délicieux nectars. Il faisait grande confusion orthographique. Le drame du nouveau nez, c’est l’homophonie. Lui qui ne pouvait sentir les enfants, voilà qu’il doit se pincer pour ne pas croire à cet affreux cauchemar. Si on le presse un peu, il en sort du lait et c’est là que l’enfant qui vient de naître viendra téter. La confusion étant à son comble, les cloisons abattues, les fosses comblées, les arêtes effilées. Le nez rend les armes, il est écrasé et n’a plus qu’à aller se faire voir chez les Grecs !

 

Épatement sien.

 

Avoir un coup dans le nez !

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