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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Bréhémont-les-Pissotières.

À nos amis de La Matelote !

Bréhémont-les-Pissotières.

Bréhémont-les-Pissotières.

Quand l’édicule ne tue pas !

 

Il était une fois un village prospère qui s’honorait d’être la capitale de la culture du chanvre. Nous sommes en Touraine, région bénie des dieux, à Bréhémont plus exactement, tranquille cité de la rive gauche à quelques brassées en aval de Langeais. L’histoire n’aurait jamais retenu ce village sans histoire si l'un de ses habitants, ayant fait de bonnes affaires sans avoir de descendants, n'avait décidé de faire un legs à la commune.

 

Le notaire coucha sur le papier ce geste généreux qui allait bouleverser la vie de ce charmant petit coin. Le généreux donateur vint à mourir ; le conseil municipal se trouva devant un don dont il fallait faire bon usage dans le respect des dernières volontés du brave homme. Celui-ci voulait que son argent servît à une construction d’utilité publique. On se creusa la tête dans le pays, cherchant ce qui pourrait rendre service aux électeurs...

 

Nous sommes en 1834, cent ans précisément avant la sortie d’un livre de Gabriel Chevalier, qui aurait dû, en toute justice, se passer en bord de Loire plutôt qu’en Bourgogne. Mais ceci est une autre histoire car, vous l’aurez sans doute compris, la cité du chanvre, spécialiste, si j’ose dire, de la corde à nœuds, ne trouva rien de mieux que de proposer à la gent masculine cinq magnifiques pissotières à l’esthétique irréprochable.

 

Le délibéré ne fut pas long ; nous sommes en une époque où la femme n’a pas droit de vote. C’est sans doute ce qui obscurcit le raisonnement de ces conseillers dont quelques-uns avaient des petits soucis prostatiques. Chacun sait du reste que le chanvre, communément appelé chènevis par chez nous, a de nombreuses vertus thérapeutiques. Graines et huiles font grand bien pour la baisse du taux de cholestérol et sont bénéfiques pour les artères. L’huile, quant à elle, hydrate merveilleusement la peau, mais rien ne prédisposait le chanvre à la diurèse.

 

Rien, non pas tout à fait. Le travail du chanvre exige d’avoir à l’époque du rouissage les pieds dans l’eau pour cette opération. Les habitants utilisaient les lits du Vieux-Cher comme routoirs (bassins de rouissage pour le chanvre). On trouve encore des tas de pierres utilisées pour immerger les baillages et les échaillots ou bien encore les roues de chanvre. Les pierres permettaient de noyer les barques remplies du chanvre fraîchement coupé.

 

À Bréhémont, on trouve encore deux superbes routoirs, espaces où trempaient les paquets de chanvre près du lit de l’Indre à la butte aux Oies et à celle de la Belette. Comme le chanvre s'arrachait en deux fois : le chanvre mâle, cueilli en juillet et août rouissait plus promptement que le chanvre femelle qui lui n'est mûr qu'en septembre et octobre, nos amis avaient tous plus ou moins des ennuis de vessie. La moyenne pour le rouissage du chanvre est de 8 à 10 jours en mai, de 6 à 8 jours en août et de 10 à 12 jours jours en octobre.

 

C’est ainsi que furent édifiés cinq magnifiques édicules ressemblant plus sûrement à des colonnes Morris qu’à des vespasiennes. C’était encore une époque où l’activité sur la Loire drainait beaucoup de monde, des vessies à soulager et des langues à délier. Bréhémont, pour la grande confusion de ses habitants fut bientôt affublée de sa particularité architecturale : « Bréhémont-les-Pissotières ! »

 

Le mal était fait. La fin de l’épopée du chanvre, après l’année 1853 où cette culture connut son apogée dans la cité, ne changea rien à l’affaire. Bréhémont portait, le rouge au front, un sobriquet qui n’était pas de nature à favoriser le commerce. Cent un an plus tard, un édile prit le taureau par les cornes ou plus sûrement par un autre endroit et décida d’abattre trois de ces cinq maudites colonnes. Le nombre en effet était sujet à moquerie car il faisait de ce village le champion national d’édicules par tête (si j’ose dire) d’habitants.

 

Les années ont passé, la réputation s’est essoufflée. L’envie me prend pourtant de remettre au grand jour cette petite histoire, d’autant que mes aventures personnelles me poussent à avoir quelque sympathie pour le sujet. Elle prouve qu’il n’est pas raisonnable de confier aux seuls mâles la gestion des affaires et des bourses de la commune. Ceci vaut pour Bréhémont comme pour tout le pays.

 

Nous devrions retenir la leçon des cinq colonnes à la Hune, au joli temps de la marine de Loire. Si l’édicule ne tue pas, il fait sourire et parfois jaser. Je songe d’ailleurs avec inquiétude, qu’à cette heure, la dame Marine est la seule femme candidate au trône suprême. Il ne serait pas bon de retenir mon conseil, à moins que d’autres matrones ne viennent relever le gant et le niveau du débat, qui pour l’heure est au niveau des caniveaux.

Sanitairement vôtre.

Bréhémont-les-Pissotières.

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L. Hatem 22/01/2017 09:23

Pour comprendre votre article j'ai dû faire l'aller-retour vers google, wikipedia et les dictionnaires...
Maintenant je sais ce qu'est un édicule, une pissotière, une vespasienne, une colonne Morris, et la Hune d'un bateau...
Je vais bientôt lire Clochemerle...
Mais j'ai été fort étonné qu'il puisse exister du chanvre mâle et femelle !!!
Ça vous donne une idée de mon niveau culturel !
Bonne pisse á vous !

C'est Nabum 22/01/2017 16:37

L Hatem

La culture du chanvre il n'y a pas de quoi s'arracher les cheveux, n'est pas chauve qui veut ni fumeur de cannabis non plus
Ma prostate me jouant des tours, je vais sur des sujets qui m'autorisent quelques haltes