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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Comme un lion en cage.

Bulletin médical : 3

Comme un lion en cage.

Faire les cent pas …

 

Je suis prisonnier de ma chambre aseptisée. Je tourne comme un lion en cage, cherchant à mettre en branle mes pauvres jambes, martyrisées par cette immobilisation forcée. Je tourne en rond comme s’il y avait une autre figure géométrique possible afin de ne pas devenir bourrique. Les esprits rigoureux prétendront alors que je vais de long en large, arpentant inlassablement l’espace entre le mur et le lit.

 

Ceux-là se trompent également. Je vais de long en long si toutefois il est possible de désigner ainsi ce pauvre espace d’à peine 7 mètres. Je n’en mène pas large et seul le temps, qui ne passe pas vraiment, est véritablement long. Je tourne et je vire tout en découvrant le calvaire de ces animaux que l’on enferme ou de ces hommes qu’on emprisonne.

 

Je me cogne contre les murs, je cherche à m’évader, à retrouver les grands espaces, la vaste étendue d’un horizon sans limite. Mais j’ai des chaînes au pied et une poche au bout de ma sonde. Le prosaïque de la situation m’interdit de franchir la porte et d’aller traîner ma misère à travers les couloirs. Je suis comme le poisson dans son bocal à la différence que je porte mon bocal au bout de mon bras.

 

Je bois le calice jusqu’à la lie. Il ne faut d’ailleurs pas mollir en chemin. Boire est non seulement une nécessité mais une obligation pour évacuer le sang et les caillots. La comparaison avec le poisson tombe à l’eau. Ce n’est pas l’animal qui est rouge, c’est mon pauvre bocal. Il tient d’ailleurs plus de l’infâme rosé piscine que du bon rouge charnu et tannique.

 

Une fois encore mon esprit divague. Je songe à quelques belles libations alors que seule l’eau du robinet m’est autorisée. Une simple et banale eau plate, insipide et sans saveur. Ma punition est donc bien grande, me voilà condamné au pain sec et à l’eau dans ma cellule sanitaire. Cela n’est rien en comparaison des repas que l’on m’accorde. Il parait que l’on paie un forfait hospitalier pour un lieu si inhospitalier. Allez donc comprendre !

 

Il me faut faire maigre ! Je devrais me serrer la ceinture si je n’étais pas revêtu de cette impudique chemise de nuit qui me laisse les fesses à l’air. Le châtiment passe aussi par l’humiliation d’une tenue indécente. Fort heureusement la loi viendra poser une petite culotte pour les clients suivants, en attendant, je risque une amende pour exhibition à chacune de mes sorties.

 

C’est donc sans illusion sur le sort qui m’est promis que je me terre dans cette chambre où je rumine ma mauvaise humeur. Je venais ici pour un petit problème masculin et je découvre qu’on s’en prend le plus souvent à ma bourse. Ce n’est fort heureusement pas là que j’ai mal. Boby Lapointe l’avait chanté, la rengaine n’a pas varié depuis.

 

On m’a demandé de cesser de tourner en rond pour prendre mon pouls. J’avais mis tant de cœur à l’ouvrage que j’ai faussé les données. Il a fallu recommencer la mesure moi qui ai tendance, justement à toujours la dépasser. Mais que ne ferais-je pas pour un battement de paupière d’une infirmière. Et c’est reparti pour un tour, mon cœur bat la chamade.

 

Alors pour retrouver mes esprits, je prends mon inséparable clavier et glisse sur l’écran mes divagations habituelles. Je n’ai pas perdu la tête, c’est certainement la seule certitude du moment. Je vous laisse à votre bonne santé et à vos occupations habituelles. Je suis un facétieux qui fait feu de tout bois et prend prétexte de n’importe quoi pour noircir le papier.

 

Demain, j’aurai recouvré ma liberté et le droit de pisser dans un violon ou dans tout autre instrument. Voilà bien une action qui pour quelque temps ne sera pas tout à fait dans mes cordes. Je ne peux vous en dire davantage, je suis soumis au secret médical. Je reprends mes cents pas, j’ai des fourmis dans les jambes et la raison qui défaille. Mais pourquoi veulent-ils me mettre ainsi cette étrange camisole ?

 

Déraisonnablement vôtre.

Comme un lion en cage.

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L. Hatem 20/01/2017 07:18

Plus la couleur de la poche et du bocal s'éclairciront mieux c'est... c'est l'hémostase qui s'installe...
Bon courage pour la suite.

C'est Nabum 21/01/2017 06:15

L Hatem

Voilà un avis éclairé ou bien vous lisez dans mes urines