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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Une phrase sans fin.

On fera le point à la fin

Une phrase sans fin.

D’un souffle.

 

Se lancer dans une phrase sans chute, se penser l’égal du grand Marcel, se croire invité, en toute immodestie, au bal des véritables écrivains, espérer aller jusqu’au bout de la page, sans glisser le moindre point, c’est sans doute folie de ma part ; abandonnant pour l’occasion le recours au paragraphe : ce souffle qui donne de l’espace à l’écriture, ce vide qui permet de regrouper ses idées, de faire le point tout en abusant de celui-ci, de rebondir pour mieux donner du rythme à une prose qui n’a jamais été piquée des vers, j’évolue à présent sans filet, sans balustrades, sans le recours à un découpage scénarisé auquel, en la circonstance, je tourne le dos pour laisser couler un flot de mots anarchiques, acceptant de prendre le risque de lasser ou de perdre un éventuel lecteur qui n’aura pas la volonté de s’accrocher au long ruban ininterrompu, de suivre le cours d’un texte sans pause ni exclamation, sans suspension ni dérivation alors que, jusqu’alors, par facilité ou faiblesse, je jouais de la césure, j’abusais du découpage, je me cachais dans la répétition des coupes ; j’étais bûcheron dans la forêt des mots, je faisais du petit bois et voilà que l’occasion fait le larron afin que j’ose me présenter en rase campagne, affrontant la platitude d’une page blanche qui devra se noircir dans sa totalité, refusant ainsi d’offrir un peu de repos à un lecteur à la dérive tandis que son bourreau sue sang et encre pour développer un discours dans lequel plus rien ne donne sens : la seule continuité du discours faisant corps à ce défi sans nuance ni subtilité, désirant vous prouver la vacuité de cette démarche tout autant que la suffisance d’un bonhomme qui, au fil des années a cru apprivoiser le lexique, maîtriser la syntaxe, jonglant avec les idées et les contre-sens, les métaphores et les glissements sémantiques dans une logorrhée pompeuse que certains, sans bienveillance, qualifient de circonlocutions oiseuses mais que d'autres, plus aimables, ont la générosité de venir consulter chaque matin, aux premières lueurs du jour comme un rituel devenu incontournable, un rendez-vous tacite avec un étrange furieux qui, tantôt les amuse, tantôt les énerve, parfois les indiffère mais qui ne cesse de répondre présent, jour après jour, depuis si longtemps que, désormais, il fait partie du décor et appartient à cette famille virtuelle dont chacun aime à se prévaloir en affichant le nombre de ses amis : ces êtres mystérieux qui partagent des messages, des idées, des photographies et pour lui, des textes, toujours plus bavards, toujours plus personnels dans une mise à nu impudique par laquelle il donne à comprendre les ressorts de ses motivations, les secrets de ses interrogations, les mystères de son imagination : fatras qui laisse pantois tout autant que dubitatif tant la régularité maniaque de ce rendez-vous, tient bien plus de la névrose que d’un exercice virtuose ; votre serviteur n’étant pas de ceux qui se sont fait un nom dans le Landerneau des lettres, il cherche vainement à y faire son trou à titre de performance, au risque de s’enterrer à cause de sa pugnacité à noircir l’écran tout autant que ses cibles : pauvres quidams qui tombent sous le feu croisé de sa bile et de ses répliques assassines, parfaitement gratuites et désespérément malhonnêtes, simplement pour se faire remarquer, pour attirer une attention que, dans sa médiocrité insigne, il ne mériterait en rien : ses seules qualités sont si ténues à vrai dire qu’il est bien plus raisonnable pour lui d’étaler sans vergogne, au vu de tous, la multitude de ses défauts et la grande variété de ses travers afin d’avoir matière-fût-elle détestable- à étaler sa science ou ce qu’il considère comme telle en se fourvoyant, tout en démontrant, à contre-courant de ses intentions pompeuses, la médiocrité de son écriture, la futilité de ses textes, l’absurdité de sa démarche, qualifiée par beaucoup de soubresauts artificiels d’un homme de paille, d’un pauvre personnage désireux d'avoir toujours le dernier mot : celui de la fin qui ne justifie en rien de se montrer toujours aussi moyen ; mais c’est cela-même sa seule gloire, son unique fierté ; il ratiocine, certes, il déblatère plus encore, tout en jonglant avec les mots, les lançant au-dessus de sa tête, les faisant tourner dans les airs pour que les plus virevoltants s’envolent vers d’autres cieux, pénètrent dans d’autres têtes, s’invitent chez des lecteurs qui vont, à leur tour, se les approprier, les apprivoiser, les réinjecter dans leur lexique personnel ; c’est ainsi que le seul partage qu’il convient de souligner dans cette vaste entreprise dérisoire, c’est la pandémie du mot juste, l’épidémie de la belle tournure, le virus de la francophonie, le désir de coucher sur le papier une langue qu’il convient de ne pas laisser mourir au profit d’un langage créolisé, issu d’une modernité qui se vautre dans les anglicismes sans honte ni limite, sans subtilité ni précision afin de paraître et d’avoir, sans jamais plus se soucier d’être un locuteur qui a des racines et le désir profond de s’élever toujours plus, au travers de l'amour infini d'une langue que nos anciens nous ont confiée pour qu'à notre tour nous la transmettions sans jamais trahir ce bel héritage qui se partagera sans fin …

 

Proustement sien.

Une phrase sans fin.

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Jacky Boucher 14/01/2017 16:21

Quel souffle, il faut prendre son élan sinon sa respiration pour franchir cette grande muraille de mots. mais tous choisis à bon escient ce qui fait qu'on arrive à peine essoufflé.....au dernier terme de cette chronique.....

C'est Nabum 14/01/2017 17:17

Jacky

Un petit bol d'air ensuite est salutaire

L. Hatem 13/01/2017 09:28

Bonjour monsieur le bucheron dans la forêt des mots...
Même si ce rdv tient bien plus de la névrose que d’un exercice virtuose... cela fait quand même 7 ans tous les jours !!!
Ce qui fait que vous lire chaque jour est une entreprise impossible... il faut choisir entre C'Nabum et le livre en cours de lecture dans la rame du métro le matin puis le soir après 12 h de boulot...
Mais à chaque article lu je reste émerveillé par la prose, la tournure des phrases, les jeux de mots... espérant être imbibé de cette pandémie du mot juste... et au point de me demander pourquoi ce n'est pas C'nabum qui a écrit la série des Harry Potter !
J'espère sincèrement que le succès viendra tôt ou tard... en tout cas je serais là pour vous lire le bonimenteur au moins les dimanches.

C'est Nabum 14/01/2017 07:13

L Hatem

Grand merci

Pour le succès, il est conseillé d'attendre ma mort
et encore, rien n'est certain