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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L’enfer est pavé de bonnes intentions.

L'heure du bilan

L’enfer est pavé de bonnes intentions.

Examens de conscience.

 

 

 

Il était une fois deux hommes qui ne se connaissaient pas. Chacun avait traversé l’existence à sa manière, faisant comme bon lui semblait pour se sortir des diverses situations scabreuses qui avaient parsemé son parcours sur cette vallée de larmes. Ils avaient agi tous deux en conscience, faisant ce qu’ils croyaient juste, selon les valeurs que leur avaient inculquées leurs parents et leurs proches. Chacun agit ainsi de par ce vaste monde, hier comme aujourd’hui, c’est du moins ce que j’aimerais croire !

 

Leur dernière heure avait sonné simultanément. Eux, qui ne s’étaient jamais rencontrés, se retrouvèrent ensemble devant le tribunal divin. Saint Pierre, en personne, les reçut dans sa maison. Ils passèrent devant le Juge Suprême, le grand comptable des vies terrestres. C’était là, l’examen de conscience pour déterminer la destination de toutes les âmes : le paradis pour les plus méritantes, l’enfer pour les autres…

 

Le premier s’appelait Théodebert et le second Bérenger. L’un avait connu le faste d’une vie aisée, l’autre les affres d’une existence laborieuse. Théodebert avait grandi dans une famille opulente. Prenant la succession de son père, il était devenu à son tour riche marchand. Il était dur en affaires, sévère pour ses employés, bon chrétien et bon père. Bérenger s’était vite retrouvé orphelin, avait vécu d’expédients avant que de se retrouver simple portefaix dans un port quelconque de Loire où il passait son temps à courir la gueuse et à fréquenter les tavernes.

 

La vieillesse les surprit tous deux. Ils durent renoncer à bien des plaisirs. Chacun fit de son mieux pour racheter une existence pas toujours très glorieuse. Théodebert se confit en prières et en charité : il distribua sans compter ce qu’il avait accumulé de manière pas toujours scrupuleuse. Bérenger cessa de boire et de courir le guilledou ; il rendit bien des services autour de lui, distribua conseils et remarques auprès des plus jeunes.

 

C’est ainsi qu’ils se trouvèrent devant la grande balance de la vie : celle qui soupèse le bien du mal, les actions à crédit et celles à débit. Ce fut Théodebert qui passa le premier et le fléau resta en parfait équilibre. Saint Pierre, devant ce cas exceptionnel, demanda au suivant de passer le temps de réfléchir à cette première pour lui. Ce fut donc à Bérenger de se présenter et là encore, l’impensable se produisit, la balance était en équilibre pour la seconde fois. Saint Pierre n’en croyait pas ses yeux et Saint Thomas demanda à voir ce double prodige.

 

Théodebert et Bérenger ne pouvaient être orientés. Leur vie sur terre s’était achevée alors que leur bilan personnel était nul. Il leur fallait retourner sur terre pour choisir leur futur avec trois comportements d’exception. Les petits gestes du quotidien cette fois ne leur seraient pas imputés. Ils devaient acheter leur éventuel salut par des actions d’éclat. Ils comprirent tous deux l’enjeu de cet étrange sursis et retrouvèrent leur enveloppe charnelle.

 

Saint Pierre est un brave homme ; il leur redonna force et jeunesse pour pouvoir briller sur cette terre tout en faisant d’eux des vagabonds allant au gré des chemins et des rencontres. Leurs errances pouvaient durer longtemps et c’est ce qu'il se passa. Il n’est pas fréquent de croiser des circonstances exceptionnelles pour juger vraiment de l’esprit d’un humain.

 

Curieusement, alors qu’ils étaient en des lieux différents, ils vécurent simultanément, une fois encore, des événements identiques. C’est ce que je vais vous narrer ici. Que ceux qui se montrent incrédules ou simplement dubitatifs passent leur chemin ; il est des choses qui ne peuvent s’expliquer et pourtant elles sont.

 

C’est dans un chemin creux, en Berry pour Théodebert, en Gascogne pour Bérenger, que se produisit leur premier rendez-vous avec la destinée. Ils dormaient l’un et l’autre dans un fossé quand des cris les réveillèrent. Ils étaient tous deux témoins d’une tentative de viol. Deux jeunes femmes, l’une en Berry, l’autre en Gascogne, étaient aux prises avec des groupes de trois lurons détestables.

 

Théodebert assista silencieux à la scène. Il s’agenouilla, pria intensément pour le salut de la pauvre fille qui criait, se débattait et pleurait toutes les larmes de son corps. Il frémit en voyant les monstres la prendre à tour de rôle, la frapper pour la faire taire et jouir d’elle de toutes les manières. Il était offusqué, outré, mais resta tapi dans l’ombre. Quand les gredins se retirèrent, la pauvrette était à l’agonie, il s’approcha d’elle et recueillit son dernier souffle.

 

Bien loin de là, Bérenger fut réveillé, lui aussi, par une scène analogue. Il prit un bâton, sortit du fossé et arriva en hurlant pour interrompre cet odieux crime. Il frappa, se démena tant et si bien qu’il mit en fuite les trois salopards. La jeune fille, saine et sauve, le remercia d’un chaste et profond baiser avant que de poursuivre son chemin.

 

Leur nouvelle existence terrestre se prolongea encore de nombreuses années sans que rien de notable ne se produisît. C’est une nuit de pleine lune qui survint le deuxième acte de cette aventure étonnante. Pour Bérenger, c’était en Provence, pour Théodebert dans les Ardennes. Ils allaient ainsi de par tout le pays, sans jamais trouver le repos.

 

Dans une vieille masure isolée, une fumée noire s’échappait de la cheminée. Bérenger s’approcha et vit que des chauffeurs : des brigands sans foi ni loi, avaient glissé les pieds d’un pauvre couple dans l’âtre de la cheminée. Ils les tenaient fortement attachés et espéraient obtenir d’eux le secret de la cachette de leurs économies. Bérenger entra sans faire de bruit et, arrivant par-derrière les bourreaux, n'hésita pas à les occire avec une hache qu’il avait trouvée dans la remise. Il tenta également , tant bien que mal, de panser les pieds de ces pauvres gens et reprit son chemin.

 

Théodebert assista à une scène analogue. Les brutes avaient atteint leur objectif. À bout de douleur, les pauvres gens venaient d’avouer la cache où ils dissimulaient le peu qu’ils avaient mis de côté. Les bandits, ayant obtenu ce qu’ils voulaient, s’en étaient allés non sans avoir égorgé les malheureux. Quand Théodebert entra dans la pièce, il se contenta de les coucher sur leur lit et de leur glisser un crucifix dans les mains. Il pria pour leur salut et poursuivit son parcours.

 

Un siècle s’écoula encore. Nos deux errants n’avaient pas encore trouvé le repos. Ils n’avaient pas vieilli. Ils étaient las de cette existence sans saveur ni plaisir. Ils allaient par les routes du royaume sans but ni réconfort, à la recherche d’une troisième aventure. Pour l’un, elle se passa en bord de Rhône quand pour l’autre, ce fut en bord de Loire que se produisit l'ultime épreuve, en tout point similaire, une fois encore.

 

Théodebert était en Avignon. Sur le fameux pont de la chanson, un pauvre homme se jeta dans les flots d’une rivière déchaînée. Il voulait, c’était certain, mettre fin à ses jours. Notre défunt en sursis se signa et pria pour le salut éternel de celui qui offensait ainsi le Seigneur. Il suivit des yeux le malheureux qui résista quelques instants avant de sombrer. Il attendit longtemps puis repéra le cadavre qui flottait sans vie et, au risque de se noyer à son tour, extirpa le corps des flots et l’enterra en terre chrétienne. Il en avait terminé avec son épreuve, il pouvait aller rendre compte à Saint Pierre de son supplément terrestre.

 

Bérenger était à Tours sur le grand et beau pont de pierre quand un désespéré, là encore, plongea dans les eaux tumultueuses d’une Loire en furie. Ne craignant rien pour sa propre vie qui n’était qu’en sursis, l’ancien portefaix plongea à son tour et, au prix d’un effort considérable, parvint à sauver le malheureux. Il se laissa porter par le courant et, après une longue dérive, le déposa à terre en lui faisant jurer de ne pas recommencer. Lui aussi en avait terminé et pouvait retourner au jugement second.

 

Théodebert arriva devant Saint Pierre le premier. Le Saint homme le reconnut et jugea de ses trois comportements exceptionnels afin de savoir vers quelle succursale le diriger. Il soupesa ses réactions, le félicita d’avoir fait preuve de compassion et de charité chrétienne. Ses prières avaient certainement aidé les malheureux dans leur dernière épreuve. Son souci d’accompagner leur mort dans le respect de la religion méritait éloges et reconnaissance. C’est vers le Paradis que Théodebert fut aiguillé.

 

Bérenger arriva à son tour. Il était encore trempé et quelque peu épuisé par le long combat qu’il avait mené contre les flots. Saint Pierre examina son bilan supplémentaire, l’œil noir en dodelinant de la tête. Il jugea sévèrement ses trois faits d’armes et tança vertement le pauvre défunt : « Pour qui te prends-tu pour interférer ainsi avec les desseins du Très Grand ? Tu t’es permis de détourner ces quatre personnes de leur destinée ! Tu as pensé, sans doute de bonne foi, qu’il t’appartenait de modifier ce que Dieu avait prévu pour ceux-là. Tu as fais preuve de beaucoup d’immodestie et d’une énorme prétention ! »

 

Sans plus tarder, il pointa du doigt une salle d’où jaillissaient des flammes et des hurlements. Le bon Bérenger était ainsi envoyé en enfer qui, comme chacun sait ici-bas, est pavé de bonnes intentions. Il avait voulu faire le bien ; voilà comment sont souvent récompensés les hommes de bonne volonté...

 

Que cette aventure vous éclaire sur la foi ! Il n’est pas aisé de démêler le vrai du faux, même si, dans tout cet étrange récit, il y a bien des vérités qu’il convient de taire.

 

Apocryphement leur.

 

L’enfer est pavé de bonnes intentions.

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Tortequesne 20/02/2017 19:05

J'irai donc en enfer et si Dieu est tel que décrit, je ne regretterai pas de lui tourner le dos. Quel pauvre réçit. Quelle triste histoire. Quelle morale stupide. Cette histoire est abjecte.

Jacky Boucher 19/02/2017 17:19

La justice de Dieu par est imprévisible, encore une fois ,selon que vous soyez riche et puissant.......etc...

C'est Nabum 19/02/2017 22:05

Jacky

Dieu étant l'ami de Fillon, il est mon ennemi

L. Hatem 19/02/2017 09:22

Eh bien tant pis... je ferai comme Bérenger...
Je rêve de m'acheter un pistolet et de tirer sur les terroristes si j'ai la chance de me trouver sur les lieux d'un attentat... même si c'est la volonté de leur dieu ! Mais où me le procurer ? Nous ne sommes pas en Amérique ! Et puis comment obtenir un permis de port ? Comment le cacher pendant toutes les fouilles que je subis tous les jours à l'entrée d'un centre commercial, d'un musée, d'un cinéma... ? Pffff !

C'est Nabum 19/02/2017 10:42

L Hatem

Refuser la légion d'honneur est une obligation morale compte tenu du nombre de canailles qui en sont décorés

C'est Nabum 19/02/2017 10:42

L Hatem

Mettez l'arme dans les yeux

L. Hatem 19/02/2017 09:27

Et ensuite me voir décerner la Légion d'Honneur... et poliment la refuser...
:-)