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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Púca, le jeune taureau.

Légende celte

Púca, le jeune taureau.

Je n’ai qu’un épi de blé !

 

Il était un temps lointain où les Celtes vivaient avec leurs croyances. Les Romains n’avaient pas encore imposé leur vision du monde. Il y avait encore place pour les lutins et les elfes, les légendes et les rêves. Les animaux appartenaient à la société au même titre que ceux qui allaient debout sur leurs jambes. Nul ne s'étonnait alors qu’ils puissent parler ou bien intervenir dans les affaires des humains.

 

En ce temps-là était un jeune berger Ancastos dont le prénom signifiait alors « sans malice ». Il était simple et toujours disposé à rendre service. Il gardait ses vaches sur les berges de la Boyne, rivière sacrée puisque son nom était issu du dieu taureau : celui qui est responsable de la fertilité des sols et est le mari de la déesse-mère Magna Mater.

 

On ne pouvait rêver meilleure prédisposition mais Ancastos n’en avait cure. Il gardait ses bêtes, éloignait les loups du troupeau, préparait le fromage et avait une vie réglée et sans histoire. Rien ne le préparait à un destin fabuleux. Il avait été orphelin de très bonne heure, avait trouvé refuge dans ce grand domaine où l’on avait bien voulu lui confier la garde du troupeau. Il s’en contentait, jouait de la flûte et s’inventait de belles histoires.

 

Ainsi serait sa vie tant qu’il ne trouverait pas épouse et quelques terres à travailler si les dieux étaient avec lui. Il faisait confiance à la destinée ; était persuadé que le sort allait lui sourire. Sa confiance augmentait d'autant à chaque fois qu’il jouait de sa flûte car tous les animaux de la forêt voisine venaient l’écouter avec un immense plaisir.

 

Ce jour-là, il surveillait son troupeau qui paissait paisiblement. Il avait joué quelques agréables airs pour une troupe de rouges-gorges qui s’était posée juste devant lui. Soudain, il entendit, non loin de lui, un appel, un bruit sourd et caverneux, semblant venir de la rivière voisine. Ancastos cessa de jouer, les vaches de brouter, les rouges-gorges de siffler leurs joyeux trilles.

 

En dressant l’oreille il entendit distinctement appeler au secours. Il se leva et courut vers la berge. Coincé dans un taillis épais, un brave taurillon réclamait son assistance. L’animal parlait, ce qui ne surprit par Ancastos. Nous étions encore en cette époque heureuse où la parole n’était pas seulement réservée aux humains.

 

La bête semblait épuisée et réclamait-la chose peut paraître surprenante-quelques céréales afin de recouvrer assez de force pour s'extirper de ce piège. Ancastos lui répondit qu’il n’avait sur lui qu’un épi de blé, glané dans les champs voisins. Le taureau lui dit que c‘était suffisant et qu’il trouverait dans ces graines l’énergie nécessaire pour se sortir de ce mauvais pas. Ainsi naquit la première barre de céréales…

 

Le taureau, fort de ces quelques graines, retrouva des ailes. N’espérez pourtant pas cultiver le riz en cette latitude : il ne faut pas exagérer ! Il remit les sabots sur le pré et, dans l’instant, à la grande surprise du berger, couvrit la plus belle des vaches du troupeau. Son affaire faite, il revint vers l’homme sans malice et lui dit que c’est ainsi qu’il tenait à le remercier.

 

Le berger eut un sourire en coin. Il pensait bien naïvement que le taurillon se moquait de lui et n’avait fait là que satisfaire une envie naturelle. L’homme était compatissant de nature et estimait qu’il n’y avait pas de mal à se faire du bien. La bête comprit, elle aussi, les pensées de son sauveur et lui conseilla d’attendre le fruit de sa saillie avant que d’en juger !

 

Voilà une remarque bien mystérieuse qui plongea Ancastos dans un abîme de réflexions et de perplexité. Mais il n’eut guère le temps de se creuser la tête, une troupe de cavaliers faisait son apparition dans le lointain. Le taureau de s’écrier : « Brave berger, passe sur mon poitrail ton vieux manteau, que je quitte mon apparence actuelle. Ces gens sont à ma recherche et je ne veux pas qu’ils me trouvent ! »

 

Le berger, qui n’était plus à une surprise près, fit ce que l’animal lui avait mandé. Dans l’instant, le taureau se transforma en un vieil homme, voûté par les années. Il n’en aurait pas cru ses sens si le vieillard n’était porteur de son vêtement. Les cavaliers passèrent sans un regard pour ces deux-là et filèrent en direction de la Loire.

 

Le vieillard prit alors la parole : « Je suis un Pùca et, par deux fois, tu m’as sauvé la vie. Tu en seras doublement remercié. Je te prie de te rendre au moulin, près de la Boyne. Tu trouveras quelque chose pour toi ! » Et, tout aussi mystérieusement qu’il était apparu, le vieillard se volatilisa, laissant cette fois place nette.

 

Ancastos rentra ses bêtes avant de partir à la tombée de la nuit au moulin. Il fut surpris de n’y trouver rien ni personne et s’endormit sans plus se soucier de la curieuse prédiction. C’est en se réveillant qu’il découvrit à ses pieds un gros sac de farine, moulue comme par magie, d’une finesse extraordinaire. Il ne chercha pas à comprendre et s’en retourna à l’étable chercher ses bêtes.

 

La chose, pour incroyable qu’elle soit se reproduisit ainsi de nombreuses nuits. Ancastos allait dormir à la belle étoile et se réveillait matin, riche d’un nouveau sac de farine. Sa fortune aurait pu être faite s’il avait voulu changer de condition. Il n’était cependant pas soucieux de son bien-être personnel ; il faisait don de la farine à qui en avait besoin et demeurait ce berger sans malice ni cupidité qui était aimé de tous.

 

Mais des plus cupides- il en a toujours existé sur terre-décidèrent de le suivre pour connaître le secret des sacs de farine. Ancastos, comme à son habitude, se coucha contre un taillis à quelques pas du moulin et s’endormit. Les curieux se cachèrent et attendirent. Ils virent alors un vieillard mettre en marche le moulin, sortir de sa poche un épi de blé et le placer sous la meule. Il en récolta un énorme sac de farine qu’il posa au pied du dormeur.

 

Les guetteurs sortirent alors de leur cachette et emportèrent le sac. Au matin, le berger se réveilla. Il n’y avait plus de sac mais à la place, il retrouva son vieux manteau. Il comprit que ce devait en être terminé de ce miracle et s’en retourna à son travail sans plus s’en soucier. Il n’était pas homme à se mettre martel en tête.

 

Les voleurs furent bien attrapés. Quand ils ouvrirent le sac, la farine était remplie de charançons et parfaitement impropre à la consommation. Le lendemain soir ils voulurent à nouveau se poster près du moulin. Ils en furent pour leur frais : le berger ne vint pas et pire encore pour eux : au milieu de la nuit, un vieux bouc noir se précipita vers eux et leur lécha les mains. Au petit matin, ils s’étaient tous transformés en rats et demeurèrent ainsi le reste de leur âge.

 

Le berger oublia une fois encore toutes ces péripéties. La vache qui avait été honorée par le taurillon vêla à son terme. Quelle ne fut pas la surprise du berger de découvrir un joli veau bien vivant qui avait deux cornes en or ! Il le nomma dans l’instant, Kernounnos, ce qui veut dire-vous l’avez compris-corne d’or. Il vit au loin un vieillard qui passait sur le chemin. Il le reconnut et le salua. L’homme vint à lui et lui conseilla de préserver son veau d’or de la concupiscence des hommes.

 

Ancastos se souvint de l’aventure des sacs de farine et pensa qu’il convenait de mettre à l’abri des regards les cornes de son veau. Il les couvrit de boue et renouvela la chose chaque fois que c’était nécessaire. C’est ainsi qu’il continua sa vie paisible de pâtre sans adorer l’or mais en ayant une affection toute particulière pour Kernounnos. Et quand il venait à manquer de quelque chose, il couvrait les cornes de son vieux manteau et le Púca revenait vers lui sous l’apparence du vieillard. Ils discutaient toute la nuit et, au petit matin, quand le visiteur disparaissait à nouveau, le berger découvrait à sa place des mets et des objets simples qui suffisaient à son bonheur.

 

Le berger devint un homme qui, à son tour, décida de prendre femme. Elle était aussi sage que lui. Il annonça un soir au Púca ce bel événement. Au matin, le vieillard disparut en lui laissant un petit gobelet en or. Ancastos sourit et comprit ainsi que ses enfants auraient une vie heureuse et qu’ils ne manqueraient de rien, sans toutefois jamais posséder plus qu’il ne leur en fallait. Le veau aux cornes d'or était devenu un beau taureau puissant qui vécut une vie paisible auprès de cette famille. C’est ainsi qu’en bord de Boyne, la folie des hommes ne s’exprima pas autour du veau d’or et c’est tant mieux !

Quand Kernounnos vint à mourir, les enfants d’Ancastos lui coupèrent délicatement les cornes et se satisfirent de l'abondance issue de ce merveilleux trésor. Leur père avait cessé de garder les bêtes mais continuait de venir en bord de Boyne pour passer des nuits avec un étrange vieillard qui, lui, ne changeait jamais.

 

Raisonnablement sien.

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Jean du MoDem 13/02/2017 08:38

"L’animal parlait, ce qui ne surprit par Ancastos. Nous étions encore en cette époque heureuse où la parole n’était pas seulement réservée aux humains.".
Non, l'animal ne parlait pas mais les humains comprenaient leur langage.

C'est Nabum 13/02/2017 11:36

Jean du Modem

Depuis les choses ont bien changé, ce sont de rôles d'animaux qui nous gouvernent et nous ne comprenons plus rien à leur langage

L. Hatem 12/02/2017 08:43

Heureusement que notre berger a croisé le chemin de Púca, sinon il n'aurait pas survécu longtemps aux prix très bas payés par les distributeurs du lait...

Suis allé lire sur Wiki le dieu cornu cernunnos...
Bon dimanche à vous.

C'est Nabum 12/02/2017 09:05

L Hatem

En ce temps là la grande distribution n'imposait pas un prix du lat honteusement bas
Les paysans faisaient leur beurre

une autre époque vraiment

J'espère qu'ils finiront pas prendre le taureau par les cornes