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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Un petit déjeuner de reine.

Chez Jacqueline : Le Petit Trianon

Un petit déjeuner de reine.

Le Logis neuf à Confrançon

 

 

Une chambre d’hôtes quelque part entre Macon et Bourg-en-Bresse, un lieu de passage pour les touristes à la recherche des monuments de l’art roman, un lieu de transit vers les stations de ski, un lieu de repos pour ceux qui aimeraient visiter la Bresse et les Dombes. Jacqueline vous attend dans sa maison devenue trop grande après la disparition de ceux qu’elle chérissait. Pour conserver sa demeure et rompre sans doute sa solitude, elle décida d‘aménager des chambres d’hôtes dans sa coquette demeure.

 

À première vue, rien ne distingue cette maison de ses homologues. Les chambres sont spacieuses, confortables sans ostentation ; ce qui convient parfaitement au voyageur qui aime à se sentir bien quand il se pose quelque part. Ici, c’est parfait, simple et agréable. Rapidement, celui qui pose ses valises pour une ou plusieurs nuits se sent à son aise.

 

C’est au petit matin qu’il va découvrir la spécialité de la dame : son petit déjeuner à la française. En premier lieu ,c’est une formidable odeur de café qui vous réveille ; pas de doute : il sera bon. Vous descendez dans la salle à manger et là, vous êtes frappés par l’abondance de propositions : six miels différents, cinq confitures à l’ancienne, quatre formes distinctes de sucre, des céréales et des fruits : pour moi ce fut des kiwis du pays, une pure merveille !

 

Il faut naturellement du consistant. Il y a un pain craquant à souhait, à la croûte épaisse et à la mie généreuse, de petits croissants tout juste sortis du four, des blinis et des brioches. N’en jetez plus, la cour est pleine et tout ce que vous ne mangerez pas ira faire le bonheur des poules de la maison, élevées ici comme des coqs en pâte. N’oublions pas un peu de matière grasse : le beurre est ici au choix, doux pour ceux qui ignorent tout de ce formidable bonheur de mélange salé sucré, et forcément du beurre salé pour les bretons, les gens du nord et les hédonistes.

 

La maison est connue d’un certain : Jean Perol aux éditions Gallimard qui a inauguré le livre d’or prochain tout comme j’ai largement complété l’ancien. La dame a des plumes qui viennent se poser dans son nid douillet. C’est ainsi qu’elle raconte sa maison, sans doute pour que nous la couchions sur la papier : juste retour des choses pour celle qui fait les lits pour ses clients.

 

Jacqueline vit dans ce qui fut, à la fin du XVII° siècle, le relais de chasse d’un riche bourgeois de Bourg-en Bresse. Les chênes tricentenaires de parc témoignent de ce passé lointain. La salle à manger où elle sert son fastueux petit déjeuner recevait à cette époque les écuries. C’est donc avec un appétit de cheval qu’il convient d’aborder cette redoutable épreuve.

 

La maison est en pisé, un torchis épais et fort solide qui vous donne des murs récalcitrants certes au Wifi mais fort agréable par tous les temps. On ne peut tout avoir et pour compenser ce léger souci, la dame dispose de deux box afin de couvrir toutes les pièces. Mais revenons au passé. Plus tard, le domaine fut acheté par des médecins qui décidèrent de partir à la colonisation du Maroc. Ils laissèrent femmes et enfants au pays et, pour les occuper et afin qu’ils ne soient pas seuls, transformèrent la demeure en pouponnière.

 

Les enfants de zéro à trois ans furent donc les premiers pensionnaires payants de la maison. Des nurses venues de Suisse assuraient la garde des petits laissés là par de grandes familles bourgeoises de la région. On ne peut faire des affaires et s’embarrasser de rejetons en bas âge. Si l’argent n’a pas d’odeur, c’est qu’il se passe des couches et des tâches subalternes dévolues aux petites gens …

 

Plus tard, le domaine entra en possession d’un vieux gars qui eut le bonheur de découvrir l’amour sur le tard. C’est une certaine Marie-Antoinette qui lui tapa dans l’œil. C’est pour elle qu’il acheta la belle demeure et la baptisa comme il se doit « Le Petit Trianon ». Il n’imaginait pas alors que ce choix allait être prémonitoire puisque depuis, le pauvre homme a perdu la tête et termine ses jours dans un centre Alzheimer. C’est Jacqueline qui prit sa suite alors qu’elle vivait alors en compagnie d’une vieille grand-mère et de ses parents.

 

Ils partirent vite hélas, la laissant seule dans cette grande maison et avec bien moins de ressources qu’elle ne l’avait imaginé. Bricoleuse, elle se mit à l’ouvrage pour aménager trois chambres d’hôtes et la salle en manger, une piscine complétant le tout. Elle partagea cependant les premières années de sa vie au Petit Trianon avec quelques gentils fantômes qui venaient rire à gorge déployée la nuit. Trouvant la propriétaire agréable, ils décidèrent de se retirer sans plus jamais l’importuner …

 

Voilà tout ce que me raconta Jacqueline le temps d’un petit déjeuner. La dame, pour bavarde, qu’elle soit n’en n’est pas moins une curieuse de nature et elle se dépêcha de m’acheter mes deux recueils de contes. Je lui offris en prime le disque de La BouSol. C’est donc pour son petit déjeuner, pour sa conversation mais aussi pour écouter ou lire mes textes que vous devez absolument vous dépêcher de passer par le Logis neuf à Confrançon. Jacqueline vous y fera, à n’en point douter, le meilleur accueil et vous complétera ces quelques éléments que j’ai pu recueillir ce matin-là.

 

Recommandationnement vôtre.

Un petit déjeuner de reine.

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L. Hatem 18/02/2017 06:58

Jacqueline semble être de ceux que l'adversité ne peut pas vaincre... elle a des ressources et de l'inventivité... Longue vie à elle et à son Trianon !
Dimanche dernier j'ai été à Beaugency, je ne manquerai pas d'aller à Confrençon.
Bon WE a vous

C'est Nabum 18/02/2017 08:24

L Hatem

Il est certain qu'elle a gagné ma clientèle
Je passe régulièrement dans cette région et je retournerai chez elle