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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Deux conférences.

Deux conférences.

Les passeurs de passion.

 

 

Il me fut donné d’assister à deux conférences sur un sujet presque analogue, l’une à Châteauneuf-sur-Loire et l’autre à Saint Cyr-en-Val . J’ai pu tout à loisir regarder l’assistance et les maîtres du micro, comparer les techniques et la méthode. Dans les deux cas, nos beaux parleurs connaissaient parfaitement leur sujet ; voilà au moins qui nous change de ceux qui font métier de la politique. Dans les deux cas, dans le public, une écoute attentive et silencieuse, un respect profond envers celui qui avait à exposer son savoir.

 

L’un était un archiviste scrupuleux, un homme des preuves écrites, des documents attestant ses affirmations. Chaque propos devait être corroboré par deux archives : des actes notariés dans la plupart des cas. Cette rigueur l’honorait, même si elle rendait son discours quelque peu rébarbatif parfois. Dans l’autre, un enseignant : un vieil instituteur, très à l’aise à l’oral et vulgarisateur émérite.

 

En guise de préambule, le premier se jette à l’eau quand le second n’hésite pas à remercier la société hystérique de l’endroit. La langue lui a fourché, il y a déjà du tangage dans le mouillage, tout le monde ne sort pas indemne de Saint-Cyr. Dans les deux cas, tout commence par une carte : l’une centrée sur la Loire d’en haut quand l’autre décrit la rivière sur tout son parcours. Nous saurons tout par le menu sans plus avoir droit à la carte !

 

Deux conférences.

Le premier évoque rapidement son ouvrage, édité à compte d’auteur, quand le second fait tout d’abord l’éloge de son éditeur, un véritable amoureux de la culture ligérienne qui la défend, non pour se mettre en lumière mais bien par simple envie de diffuser cette culture. Un corsaire qu’il fait bon fréquenter et qui agit véritablement en mécène. Une chance qui se dérobe à certains.

 

La technique joue des tours à nos duettistes, il faut préciser que l’inévitable vidéo-projecteur n’en fait souvent qu’à sa tête. Mais que ferait-on sans ce merveilleux instrument sans lequel, aucune conférence qui se respecte, ne peut désormais avoir lieu ? Ici, il y a un emballement dans le défilement des illustrations, là il y a une inversion des images. La technique n’est pas sage ; ce qui démontre la difficulté à maîtriser les flots en toutes circonstances. Quant aux images d’actes anciens, je doute qu’un seul d’entre nous ait pu les déchiffrer.

 

Je m’amuse de quelques écarts à la précision historique dans un cas, tout en m’énervant, dans l’autre, de trop de rigueur qui rend le discours trop pointilleux. Entre thèse universitaire et exposé de bonne vulgarisation, la nuance est de taille. L’attention du public suppose à mon avis quelques souplesses. Les deux discoureurs, je me dois de le reconnaître, s’en sortent fort bien. Ils s’adaptent parfaitement à un public qui, ici ou là, n’est pas de toute première jeunesse. Je pense même que parmi ces deux groupes de spectateurs, les moins de cinquante ans ne sont pas de la partie. L’avantage c’est qu’il n’y a aucun problème de discipline !.

 

Mes deux camarades ne m’en voudront pas. Ils ne manquent pas d’entrain : ils évoquent d’ailleurs, tous deux, l’arrivée du chemin de fer qui sonnera la mort de notre marine de Loire. Pour la Loire d’en haut, le charbon fait tourner la chaudière avant que celle-ci se passe de l’eau de Loire pour sa vapeur. Puis sans transition, le second saute d'un peu plus d'un siècle et demi pour faire surgir la marine d’opérette : celle qui amuse les touristes et enflamme les subventions publiques. Nul représentant de l’amirauté pourtant lors de ces deux exposés brillants.

Deux conférences.

J’avoue décrocher quelque peu avec l’un comme avec l’autre. Pour le premier j’ai l’estomac dans les talons ayant sauté un repas pour assister à la séance. Fort de cette expérience, pour le second, j’ai du vent dans les voiles, en ce dimanche après-midi après un repas trop arrosé ; en cela, j’ai voulu imiter nos amis mariniers d’antan qui avaient féroce appétit et estomac aussi solide que le foie. C’est normal pour des gens qui transportent essentiellement du vin et aiment à contrôler à leur façon, la qualité de la marchandise. Nos discoureurs ne sont donc pas en cause !

 

Les conférenciers occupent le micro avec verve et passion. Je suis impressionné par leur débit, leur capacité à tenir le crachoir sans consulter leurs notes. Ils vont de la coque à la rame, du gréement à la navigation, des querelles de mariniers aux techniques de navigation. Ils passent allègrement sous les ponts ; l’envie me prend de vivre un endrémage à la volée et de disparaître de l’autre côté de la pile en fumée.

 

Jean jongle avec les dates, les notaires, les traces généalogiques. Il s’en tient rigoureusement à son sujet d’études, se refuse à extrapoler. Il aime son Foretz et ne veut pas en sortir. Son livre mérite qu’on s’y attache un peu le temps d’une descente en sapine. Jean-Pierre quant à lui, fait l’attraction, il évoque le halage. Il bricole avec un os de mouton pour tirer à la ligne. C’est ainsi qu’on remontait le courant pendant la pétole. Il fait véritablement un tour exhaustif du sujet. Je me demande ce que peut retenir le public de ce flot de paroles. Trop d’informations tue l’information. Je retiens cette impression pour les éventuelles interventions que je pourrai faire. Je crois que l’interactivité est préférable à ces interminables monologues.

 

Passeur de passions, je découvre combien il est difficile et délicat de réaliser la synthèse entre son savoir livresque ou encyclopédique et le nécessaire plaisir partagé de la transmission. Éveiller la curiosité, forcer le passage pour donner envie d’en savoir plus tout en permettant d’en savoir plus. Passeur de savoir, j’en reste là. Ce sera l’objet d’une réflexion avec mon camarade le plus proche, sur la forme qu’il conviendrait de donner à ce que doit être un échange et non ce long discours qui s’étire sans fin. L’envie n’est pas un long fleuve tranquille !

 

Comparativement leur.

Deux conférences.

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