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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Faites-moi la Charité d’un conte !

Merci Ismaël

Faites-moi la Charité d’un conte !

Au collège, c’est pas gagné.

 

Mon fleuve de mots m’a conduit dans la cité qui s’est vouée à la célébration du livre, de la langue et des bretteurs : La Charité sur Loire. Je ne dois pas être de ceux-là puisqu’à plusieurs reprises, j’ai adressé mes propositions de service aux organisateurs du Festival du mot, toujours sans réponse car, il ne fait pas bon être un humble pécore quand l’intelligentsia parisienne prend en main le destin d’une manifestation.

 

C’est ce que je suis allé signifier aimablement à la pauvre dame du Syndicat d’initiative qui bien évidemment n’était en rien responsable d’une telle attitude, lui glissant mon prospectus, ce curieux dépliant qui se refuse obstinément à prendre le nom à la mode et en anglais. Au pays des amoureux du mot il est sans doute préférable de laisser un Flyer plutôt qu’une plaquette informative, je me fais bien des illusions au pays du Français.

 

J’étais dans la belle cité ligérienne au pied de son prieuré et de son redoutable pont de pierre pour venir conter la Loire et ses légendes à une joyeuse troupe de collégiens. C’est Ismaël, un enfant du voyage, fils de forain et forain luimême, oublieux parfois de ses obligations scolaires pour aller tenir son stand qui découvrit mes contes sur la mystérieuse toile et en apporta fièrement une belle brassée à sa professeure de français.

 

Celle-ci me contacta par la magie d’un réseau numérique qui permet toujours des miracles quand on veut bien s’en donner la peine. Quelques échanges de messages plus tard et je me retrouvai ce mardi-là devant quarante deux collégiens assis en tailleur sur la moquette d’un Centre d’information et de documentation. Nous avions envisagé d’aller devant les remparts avec vue sur le Dhuy d’où partirent jadis les hydravions de la navale, mais le ciel était chagrin.

 

Ismaël après un mois et demi d’activité foraine était rentré spécialement pour l’occasion. Il tenait sans doute à entendre celui dont il était à l’initiative de la venue. Je lui glissai devant ses camarades incrédules quelques mots en manouche, nous étions définitivement amis. Je pense qu’il fut l’un des plus attentifs, deux heures durant, alors que naturellement il n’est pas coutumier de pareille attitude. La pédagogie ça tient souvent à si peu de chose …

 

Deux heures de conte, rendez-vous compte ! C’est une pure folie et pourtant, la plupart ont tenu la distance, écouté, réagi, participé. J’ai expliqué, j’ai donné à comprendre les stratégies employées pour passer de la légende au conte, de l’histoire à la fable. À leur tour, ils devront reprendre un texte pour se l’approprier et lui donner une forme qui leur sera personnelle. Ils me lurent leur version de Vert-Vert, je leur offris la mienne pour leur démontrer qu’il convient de s’affranchir des codes et des trames.

 

À la fin de cette longue séance, Dominique leur professeure de français, prit la parole pour tancer les quelques trublions qui s’égarèrent dans des digressions  tout adolescentes. Comment leur reprocher de n’avoir pas pu tenir aussi longtemps, assis par terre. Je nuançai le courroux de la dame en précisant que même aux adultes, les raconteurs d’histoires ne tiennent pas le crachoir tant de temps !

 

Je laissai à la bibliothèque du collège mes deux derniers livres. Il n’y en aura désormais plus à distribuer ainsi. Je me trouve dépossédé physiquement de mes contes, ils appartiennent à l’éditeur. Je découvre un peu tard que c’est un étrange marché de dupe, que la propriété d’un bien immatériel comme peut l’être un texte est une hérésie dans une société où l’on trouve normal que tout se vende. J’ai cependant cette liberté de parole que jamais la moindre close ne viendra entraver.

 

C’est un curieux sentiment que de partir avec cette part de moi-même dans les rayonnages du collège de La Charité. Je repense alors à tous les collèges que j’ai fréquentés comme enseignant et qui eux, à une exception près ne m’auront pas fait cet honneur. Curieux mépris de ce qui ne vient pas de la littérature officielle. Je resterai à jamais dans ce milieu, l’enseignant de la classe des fous, celui qui ne peut sans doute pas écrire bien et faire des choses intéressantes. On s’étonne ensuite que l’éducation nationale ne fasse que reproduire indéfiniment les inégalités sociales et culturelles !

 

Je reprends mon bâton de Bonimenteur. J’attends de nouveaux appels pour venir à la rencontre des élèves. Je sais que je retournerai à La Charité, je l’ai promis au directeur de la Segpa, on ne peut se refaire. J’aime la marge, je suis né dedans et je me moque de la vilaine appréciation en rouge que certains mettent à mon propos ou bien à celui des élèves cabossés par le loterie des chances..

 

Ismaël retournera peut-être à son stand, je le devine désormais capable de jouer à son tour le bonimenteur pour attirer le chaland et amuser la galerie ! Merci à lui et à ses enseignants qui ont su prendre la balle au bond et laisser filer le sable en ricochets.

 

Forainement sien.

Faites-moi la Charité d’un conte !

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L. Hatem 25/03/2017 07:06

Longue vie de bonimenteries à ismael... et à vous bien sûr... un métier qui ne connaît pas la retraite...

C'est Nabum 25/03/2017 17:16

L Hatem

Pour l'heure pas de retraite pour le Bonimenteur