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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L’éminence grise du cabinet noir

Révélations de première main

L’éminence grise du cabinet noir

J’en vois de toutes les couleurs

 

Mes détracteurs ont bien raison de me dépeindre de vilaine manière. J’ai mauvaise mine ; je suis un affreux caméléon capable de se fondre dans le décor ambiant afin de mieux fondre sur ma proie. Je prends la plume pour écrire, avec une encre fort peu sympathique, des pamphlets qui démontrent la noirceur de mon âme. Le Diable est mon maître et, au jugement dernier, je ne pourrai prétendre arriver blanc comme neige devant le bon Saint Pierre. Il est vrai que je suis l’éminence grise du cabinet noir et que, fort de cette indigne fonction, il n’est pas question de me donner le Bon Dieu sans confession.

 

Souvent je franchis la ligne jaune, je dépasse mes attributions, je double mes victimes, (celles qui aiment tant à mettre à gauche) par la droite. Mes attaques sont injustifiées et les malheureuses cibles voient rouge. C’est trop injuste de s’en prendre à ces innocents aux mains si pleines que des avocats marron s’empresseront de blanchir. J’avoue ma mauvaise foi ; mon crime est impardonnable.

 

Tel un cordon bleu, je mitonne à petits feux les pauvres canailles de l’heure. Je leur en fais voir de toutes les couleurs, mettant épices et allusions oiseuses dans des billets qui ne font même pas rire jaune. J’ai même souvent une peur bleue de subir les affres de la justice : une belle plainte pour diffamation. Il faut se méfier ; je ne suis certes pas tout blanc dans cette affaire et ma fourberie n’a d’égale que la malhonnêteté de ceux que je pourfends.

 

Certains admirateurs des gredins en question ont vu rouge, m’ont insulté avant que de me retirer de la liste de leurs amis. J’ai dû me faire plus discret ; je me suis mis au vert le temps de me faire oublier. Je craignais tant la prison et qu’on y vienne m’apporter des oranges. Il est imprudent d’écrire de tels brûlots de but en blanc. Si vous ne voulez pas finir marron, il convient de marcher sur des œufs !

 

Puis, rongeant mon frein j’ai pensé mettre ma plume au service d’une officine secrète. C’est alors qu’un personnage très haut placé m’a proposé d'entrer dans le cabinet noir du palais. J’allais pouvoir faire mes choux gras des informations qui me parvenaient par milliers sur tous les margoulins du monde politique. Je fus submergé de travail, tant les combines sont nombreuses dans ce milieu mafieux. Je suis devenu la bête noire des élus de la raie publique.

 

« Ventrebleu », s’écria mon commanditaire quand il se rendit compte que je mettais mon énergie à pourfendre également ceux de son camp. L’affaire Le Roux fut à cet égard symptomatique de cette méprise. Il est vrai que je trouvais scandaleux que ces gougnafiers saignassent à blanc les caisses de l’Etat. J’étais un blanc-bec dans ce cabinet noir et j’ignorais que l’on ne devait tirer à boulets rouges que sur ceux d’en face. J’avais pris le roux pour une couleur ordinaire et c’était un ministre du capitaine.

 

Alors je me mis à écrire des contes à l’eau de rose. Là encore, le patron crut que je me payais sa tête : les roses étant jadis le symbole de sa coterie. Depuis, hélas, les effluves qui viennent de ce côté-ci ne sentent pas plus la rose que le muguet. Si l’argent n’a pas d’odeur, celui de la prévarication n’en dispense pas moins des parfums de lisier. J’en écrivis des vertes et des pas mûres, faisant appel à une dame blanche que je nommai Pénélope. Je revins en grâce et un ciel bleu azur se leva provisoirement sur ma tête, mise à prix dans l’autre camp.

 

C’est alors que je constatai que j’étais dans le rouge. Je dus tendre la main et accepter quelques billets verts venant du Tsar rouge. Je mis ma plume au service de la rumeur et de la calomnie. J’usais du jaune cocu : qualificatif qui convient surtout aux électeurs. J’avais mangé mon pain blanc ; désormais j’écrivais le roman noir de notre démocratie aux abois. Je commençais à accumuler les richesses quand le Canard Enchaîné découvrit le pot aux roses : je travaillais au noir, rien de ce que je gagnais n’était déclaré. Je dus faire amende honorable et me mettre au vert le temps que retombe le soufflé.

 

Puis tout cessa pour moi et mes commanditaires. La révolte des citoyens excédés débuta dans une banlieue rouge ; le peuple mit à feu et à sang la campagne électorale. La cabinet noir avait sa part de responsabilité, sans doute, les agissements de toutes les canailles aussi, certainement. Ce sont des électeurs verts de rage qui mirent tous un bulletin blanc dans l’urne funéraire d’une cinquième République en déliquescence.

 

Pourchassés par des piques et des fourches, tous les odieux de la classe politique qui avaient violé l’éthique et la morale comprirent, bien tard, qu’ils ne pouvaient plus vivre ainsi dans la corruption et la manipulation, le détournement de fonds et les privilèges. Les moutons ne seraient plus jamais tondus. Ils agitaient le chiffon rouge : celui qui fait tomber les têtes qui dépassent. Les canailles passèrent au gris de la peur et de la cendre. Désormais une nouvelle page avait été écrite, noir sur blanc dans notre belle sixième République : la fonction d’élu n’est pas une rente mais un passage transitoire le temps d’un seul mandat. Une autre révolution orange en quelque sorte, qui avait chassé ceux qui nous avaient pressés comme des citrons.

 

Coloristement leur.

L’éminence grise du cabinet noir

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Hilt Michel 01/04/2017 11:28

" Coloristement leur. " fallait le sortir celui là !

C'est Nabum 02/04/2017 10:08

Michel

J'ose tout