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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La ville des chiens .

Jehanne : « Reviens, ils ont la rage ! ».

La ville des chiens .

L'arrêté anti-mendicité de la honte.

 

La douceur de la Loire, ce n’est pas en Orléans que vous la trouverez : il vous faudra descendre plus en aval pour profiter de la quiétude et d’un accueil chaleureux, des châteaux et des Ligériens souriants et bienveillants. La cité des chiens vous montrera les crocs ; elle est si hautaine, si imbue d’un passé durant lequel elle s’est toujours rêvée capitale du royaume. Les temps ont changé, les Ducs sont restés aux portes du pouvoir, les Rois ont préféré la Seine et le commerce négrier a cessé de l’enrichir ; pourtant la ville continue de se montrer impitoyable aux humbles et si bienveillante pour les puissants, les margoulins et les gougnafiers sans honneur.

 

L'obséquiosité est, en cette place, un art de vivre en société. On se congratule entre crapules, on se salue entre obligés, on se passe de la pommade dans le dos tandis que, par derrière, les couteaux sont tirés. La grimace est de mise, la politesse est feinte, l’hypocrisie une nécessité. Jamais ville de province ne réussit à ce point à synthétiser à merveille toutes les mesquineries d’une bourgeoisie indécrottable et indéboulonnable.

 

La rumeur d’Orléans fut, à ce titre, le point d’orgue des bassesses de cette société enkystée dans ses jalousies, ses mesquineries, ses abjections et ses trahisons. Il convient certes de ne jamais remuer ce passé fangeux : les relents ne sont pas si loin qu’ils ne puissent ressurgir sans qu’on y prenne garde. La grande fête Johannique exprime à merveille cette pesanteur de caste qui met en avant la bourgeoisie et l’église dans le mépris d’un peuple , tout juste bon à regarder défiler ses maîtres.

 

Alors comment s’étonner que pareille ville du bien-vivre ait décidé de rendre illégales la pauvreté et la mendicité, corollaires de la misère ? Le bourgeois ne veut pas voir entre ses murs de mains tendues et de pauvres qui font la manche ; il refuse que le parvis de sa cathédrale soit souillé par des gueux réclamant une soupe chaude ; il repousse les miséreux dans les faubourgs ou les villes d’alentour, tout en réclamant à tous d’avoir l’esprit Métropole pour toujours plus jouir des avantages d’une centralisation outrancière.

 

L’arrêté mendicité est une souillure, une tache, une insulte à la dignité des citoyens au nom desquels il a été promulgué. La ville, policée et caméra-surveillée, traque l’attroupement, chasse le sans-domicile, repousse les mineurs isolés, méprise les étrangers. Que toutes ces racailles aillent tenter de survivre loin des chastes yeux d’électeurs complices et bien contents qu’on commette ces ignominies en leur nom.

 

J’ai honte d’être témoin de cette abjection. Avec quelques Orléanais qui ont encore le sens de l’honneur, nous exigeons le retrait de l’arrêté de la honte, nous demandons encore que les structures d’accueil des exclus de la galette soient plus dignes. Le Relais Orléanais est devenu, au fil du temps, un véritable cloaque, un lieu d’exclusion répugnant où se concentrent toutes les détresses qu’il faut cacher.

 

Ce mardi, nous n’avons jamais autant servi de repas, reçu autant de gens qui fuyaient la grêle, le vent, le froid. Ils sont venus s’entasser dans des locaux qui n’en peuvent plus de recevoir autant de misère. Les travaux promis sont sans cesse repoussés, il faut respecter des conditions délirantes comme celle de ne pas donner sur la rue afin de ne pas froisser la sensibilité si délicate des Orléanais. Il faut encore, dans le même temps, suppléer la ville et servir d'établissement de bains-douches pour ces pauvres gens, avec deux malheureuses douches et si peu de WC.

 

Les chiens traitent pire que des chiens ceux qui ne sont pas issus de leur caste, de leur immonde coterie. Si l’enfer existe, ils y retrouveront leur cher Gilles de Rais qu’ils continuent de célébrer sans honte ni honneur en affichant ses oriflammes dans la maison de Dieu. Car tels sont ces gens sans dignité aucune qui s’inclinent devant des salauds et repoussent ceux qui sont dans la détresse.

 

Les chiens qui se targuent de connaître leur histoire en la limitant aux grands faits de leur chère Pucelle, avaient sans doute perdu de vue que la cité fut aussi celle des guêpins : de ceux qui piquent les puissants, qui ne gardent pas leur dard dans leur poche. Les voilà servis pour quelque temps ! Que ce billet les empêche enfin de trouver le sommeil. Ceux qui sont pourchassés par cet arrêté scélérat ont bien du mal à le trouver également. Ce n’est que justice et équité qu’ils soient pourfendus et méprisés à leur tour.

Les Chiens aboient et le Bonimenteur s’en passe. Voilà bien quelques horions fort mérités, messieurs et mesdames de cette infâme coterie !

 

Humainement leur.

La ville des chiens .

Pour écouter la chanson : https://www.facebook.com/yves.bodard/videos/vb.100002317122542/1234051173348775/?type=3&theater

 

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