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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les deux salons !

Pour cultiver sa différence.

Les deux salons !

Reliure pleine peau.

 

L’agriculture et le livre faisaient salon. L'une dans la traditionnelle grand messe de la porte de Versailles, avec tout ce qui se fait de mieux dans la mécanisation et la déshumanisation de notre paysannerie. L'autre dans une province française avec des auteurs régionaux : la belle étiquette qui vous exclut des rayonnages de nos librairies survivantes. Les politiques se pressent dans les deux cas : les vedettes nationales derrière le cul des vaches ; les figurants de seconde zone sur le podium devant des livres pour lesquels ils n’ont pas eu un regard. Fort heureusement le maire de Lamotte-Beuvron sauve la face en passant un long moment parmi nous.

 

Je ne peux m’empêcher de faire comparaison, sans raison sans doute, entre ces deux événements aux dimensions diamétralement opposées. La culture et l’agriculture, tout cela pourrait se traduire par le sous-titre : « À la recherche des racines ! ». Dans les deux cas, les mêmes travers, les mêmes dérives. Les petits, sont mangés, écartés, repoussés sans ménagement par des structures de plus en plus grosses, plus agressives, plus néfastes à la diversité. La route est semée de cadavres et d' Émile Guillaumin qu’on assassine.

 

Le factice et le médiocre dominent le marché. On triche sur la qualité des produits, sur leurs effets sur la santé d’un côté et de l’autre ; on ne vend le plus souvent que des ouvrages trompe-l’œil, écrits par des plumes de l’ombre, au profit de gros bonnets de la vacuité. La vérité, sur les étiquettes, comme sur les couvertures, fait cruellement défaut. Les margoulins et les empoisonneurs font recette quand l’authentique et le naturel doivent se contenter des marchés locaux.

Les deux salons !

Les petites librairies sont asphyxiées par les mastodontes de la vente, surtout celle qui se pratique par correspondance. Nous entrons pour le livre, avec un temps de retard dans l’ère de la grande distribution de masse, comme pour l’alimentation : celle qui va vendre la même merde, partout sur tout le territoire, en trompant le monde sur l’emballage. C’est le même refrain qui domine les ventes : le redoutable « Vu à la télé » vous ouvre les portes du succès et à défaut, condamne les autres à l’anonymat et au régime maigre.

 

Le livre n’est plus relié avec de la vachette pleine peau. Les petits paysans n’ont plus que la longe pour se pendre. Dans les deux cas, il ne fait pas bon se dresser sur la route des rouleaux compresseurs de l’industrie de masse. Il convient de réagir avant qu’il ne soit trop tard. Ce que nous mettons dans nos assiettes ou bien dans nos cerveaux doit absolument échapper à cette uniformisation honteuse, ce besoin du standard, du formaté, du lisse et du propre sur soi.

 

Gommer les aspérités, nier les différences, effacer les particularités locales, mettre en avant l’artificiel et le suspect sont les principes essentiels d’une marchandisation des esprits et des ventres qui nous conduit à la catastrophe actuelle. L’industrie a nivelé par le bas les produits alimentaires ; elle se charge de faire la même chose avec l’édition. Le livre et le légume passent sous les fourches caudines d’une même logique absurde.

Les deux salons !Les deux salons !

Les consommateurs ont dans ces tragédies leur responsabilité. Il ne faut pas s’y tromper. C’est en prétextant le manque de temps, la facilité, la recherche des prix les plus bas qu’ils font le lit de ce monde qui nous conduit à l’état de moutons à tondre. Le Bio ou la littérature régionale demandent de la curiosité et quelques efforts. Il faut sortir de ce réflexe moutonnier qui consiste à faire tous la même chose. C’est si facile d’être un robot servile !

 

Je ne veux pas terminer sans une note optimiste, pour le livre du moins. Pour l’agriculture, la farce des obsèques nationales d’un grand représentant de l’industrie phytosanitaire atteste que la classe politique a fait le choix de sacrifier la paysannerie. Les discours ne changeront rien aux actes et aux concentrations voulues par ces vieilles badernes qui insultent et obèrent l’avenir.

 

Le conseil départemental du Loir-et-Cher organise un concours pour ses auteurs départementaux. Celui qui l’emportera verra son livre distribué dans toutes les médiathèques et bibliothèques du secteur. Il y sera invité pour venir défendre son ouvrage en sillonnant ce Loir-et-Cher encore attaché à ses racines. Je doute que pareille aventure puisse advenir dans le Loiret. La culture n’aime que les paillettes et le fictif et il est bien difficile de faire entendre une voix de vérité et de sincérité dans mon département, en dépit des annonces et des postures feintes d’élus, plus soucieux de parader à côté d’une vedette nationale que de défendre les voix de leur territoire.

 

Culturellement vôtre.

Les deux salons !

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L. Hatem 02/03/2017 05:36

Vos livres papier déjà publiés... faites-leur une version électronique pour le Kindle et le Kobo à 1 euro... ça risque de se vendre comme des petits pains...

C'est Nabum 02/03/2017 07:37

L Hatem

Ils ne sont plus ma propriété
Ils appartiennent à un éditeur qui refusera sans aucun doute une solution de ce type.

Quand le livre est source de profit et non vecteur de diffusion, il n'est rien à espérer. Je les ai entendu refusé l'idée du livre de poche

Boucher jacky 01/03/2017 10:39

triste constat !

C'est Nabum 01/03/2017 12:28

Jacky

Triste monde surtout