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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les frères ennemis.

Les frères ennemis.

Bataille navale sur les quais

 

 

À Saint Berdolin-sur-Loire se noue un drame comme, hélas, il en arrive parfois dans les associations qui couvrent tout notre territoire. Si ce récit vous semble dérisoire, c’est qu’il se noue pour des broutilles, pour des enjeux de pouvoir qui n’en valent certes pas la chandelle mais qui se nourrissent de la vanité des uns, de la jalousie des autres et de l’orgueil insondable des hommes qui veulent occuper le premier rôle. Ce qui vaut ici vaut partout ailleurs où un président se prend pour le maître de son petit monde.

 

Tout avait pourtant bien débuté pour eux. Ils étaient amis comme cochons, aimaient à se retrouver autour d’une table et d’un verre. Ils ont trinqué à leur santé, ils se sont juré de ne jamais se déchirer, de toujours défendre ces valeurs communes qui les avaient réunis tout en les différenciant de ceux d’en face : ces drôles de zèbres qui avaient osé créer association dissidente à la leur.

 

La haine des uns les a longtemps soudés autour de cette merveilleuse idée qu’ils étaient meilleurs que ceux d’en face : ces pareils qui partageaient la même passion sans qu’ils puissent les sentir ni même les supporter. C’était commode cette exécration commune : elle a permis de cimenter un temps leur propre confrérie. Ils étaient portés par cette volonté de faire mieux que leurs rivaux, d’être plus nombreux, plus forts, plus compétents sans aucun doute.

 

Sur les flots, on se boudait, on se tournait le dos, s’envoyait parfois des noms d’oiseaux pour peu qu’ils fussent d’eau douce. Chacun sa fête, chacun son saint patron, chacun ses couleurs et tout le saint Frusquin. Le pathétique de la situation ne pouvait leur sauter aux yeux ; ils étaient aveuglés par la jalousie et confortés par leur union merveilleuse.

 

Puis les années ont passé, on a fini par se parler entre associations rivales. Ceux qui soufflaient sur les braises ont cessé d’être influents. Il n’y avait plus de raison de se ranger ainsi derrière le chef quand les armes avaient cessé d’être de sortie. Chacun pouvait alors se tourner vers sa propre association, ne se soucier que de son fonctionnement interne sans se préoccuper des vilains d’à côté.

 

C’est là que les premiers grincements se font sentir. Le président abuse de son pouvoir, agit sans déléguer, se montre autoritaire et étale souvent sa trombine dans une presse locale très complaisante à son égard. La notoriété lui monte à la tête ; c’est du moins ce que disent ceux qui ne sont plus du bureau directeur. Des divergences apparaissent, des critiques circulent sous la marinière, des frustrations se nourrissent de petits riens.

 

Le ton monte, le pouvoir a tourné la tête du pauvre président, c’est du moins ce que murmurent ses pourfendeurs. Son prédécesseur se sent investi de la responsabilité de rétablir l’ordre dans la maison. On commence à se compter, à s’épier, à se méfier les uns des autres. La confrérie n’est plus amicale, les frères d'à côté se sont déchirés. Plus personne ne chante la même partition, même la chorale fait discorde. Il y a du mou dans la corde à nœuds et du tangage sur la rivière.

 

Une première assemblée générale met le feu aux poudres. Une liste d’opposition atteste qu’il y a le feu dans la maison. On se regarde désormais en chiens de faïence. On s’envoie même des lettres d’huissier. On saisit la justice, c’est la bataille navale dans une bassine d’arrière-cuisine. Car au bout du compte, plus personne ne navigue dans cette jolie guerre picrocholine. Il est vrai que ce ne sont que des personnages d’opérette.

 

L’assemblée générale suivante est pathétique. C’est le combat des chefs. Il faut être d’un camp ou d’un autre. Chacun regroupe ses fidèles, on fait la chasse aux pouvoirs, on fomente, on complote, on trahit, on se diffame à distance. Le climat est malsain, la haine est au rendez-vous. Pantins dérisoires, ils jouent la bataille des présidentielles pour une si modeste association.

 

Il y a sans doute des personnes qui en sous-main soufflent sur ce brasier, choisissent les uns ou les autres pour d’obscures raisons. La politique locale joue assurément son rôle nuisible. Ce qui est certain c'est que les compagnons d’autrefois, copains comme larrons en foire, sont aujourd’hui frères ennemis, adversaires irréconciliables, pauvres mariniers en eau trouble faisant des tourbillons dans un marigot insalubre.

 

Tout ça pour rien ou presque : pour une invitation à la mairie, un portrait dans un journal qui n’en vaut pas la peine, pour une place d’honneur à telle ou telle manifestions. Que la vanité des hommes est pitoyable, que ce spectacle est minable ! Vous devriez avoir honte mais votre querelle vous aveugle, vous rend incapables de comprendre que ce n’est qu’une rivalité de gamins, de sales gosses, d’affreux chiffonniers. C’est bien simple, vous êtes si grotesques que vous devriez songer à vous lancer dans la politique.

 

Associativement leur.

Les frères ennemis.

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