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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Petit Patapon.

Bonimenterie 005

Petit Patapon.

Au pays des sortilèges .

 

 

Notre Loire n'est pas fleuve sauvage pour omettre de se laisser bercer par d'étranges sortilèges, d'anciennes croyances et d'énigmatiques personnages. Si parmi vous, des êtres rationnels vont détourner les oreilles, le peuple des véritables Ligériens authentiques sait que rien en nos rives ne se passe de manière ordinaire. Poussons le pas, un soir de pleine Lune, une dame blanche sur l'épaule, le long de notre fleuve !

 

Oh, bien sûr tout n'est pas simple au Pays de la Deae Matres, la mère divine celtique qui peuple les fonds de l'eau. Il n'est pas si facile de trouver une Princesse charmante qu'un sortilège aurait transformée en très vieille dame voûtée ou bien un riche prince charmant devenu vilain crapaud par un terrible envoûtement. Les aventuriers de la fortune doivent se tromper bien des fois avant que d'obtenir amour et bonne fortune quand le charme est enfin rompu par une « bige » bien placée …

 

Dans cette démarche incertaine, il y a beaucoup d'appelés et bien peu d'élus. Ne vous étonnez donc pas de voir des gens d'ici embrasser une grenouille, un poisson chat ou bien un vieux marinier buriné et bonimenteur. Chacun cherche l'impossible mirage, il faut tenter sans cesse pour un jour, voir tous ses vœux exaucés. Les conseils que l'on peut lire dans les manuels ésotériques pour les apprentis sorciers recommandent d'effectuer cette quête étrange avec à la main, une plume de héron.

 

Dans les temps plus lointains, les candidats au bonheur légendaire étaient si nombreux que les hérons se firent fort rares et qu'ils allèrent se percher dans les cimes de nos plus hauts peupliers. Depuis, le matérialisme et le scepticisme ont fait tant de chemin que notre échassier prolifère tranquille le long de nos rivières, et c'est heureux pour lui !

 

Mais revenons à ce qui fit, dans le secret de quelques alcôves, la légendaire réputation de nos hérons. La première histoire est à mettre entre toutes les oreilles, c'est pourquoi je peux vous la livrer sans honte ni réserve. Les raconteurs d'histoires sont parfois sourcilleux, ils travestissent la vérité pour ne pas apporter détail scabreux ou péripétie peu glorieuse. Il en fut ainsi pour l'ami Charles Perrault.

 

Enfant de Tours, notre Charles n'était pas sans aimer l'Indre et se promenait en lisière de tous nos châteaux magnifiques. C'est dans l'un d'eux qu'il fit dormir pour l'éternité ou presque une belle princesse, assoupie comme il se doit par une vilaine et méchante sorcière. Il faut admettre que Charles fit ainsi grand tort à la profession en décrivant nos « birettes » de la sorte. J'en connais en Berry et ailleurs qui durent même se poser quelques verrues sur un faux nez crochu pour paraître plus crédible et attirer le chaland ! Mais laissons-là ces remarques inutiles, les sorcières n'avaient qu'à lui jeter un mauvais sort tant qu'il en était encore temps...

 

Ainsi Charles fit passer la fable que le simple baiser d'un jeune cavalier peut sortir un coma profond une demoiselle. Personne ne peut croire à cette sornette et nulle autorité médicale n'accréditera cette sottise. Pourtant, c'est ainsi qu'il nous fit avaler le quartier de pomme avec un succès qui passa les siècles.

 

La vérité, je vous la dois et je me fais fort de venir de ce pas, discréditer un concurrent bien trop réputé en matière de conte. C'est l'amère loi des bonimenteurs de ne jamais se faire de cadeau ! Le cavalier en question était en fait un haleur de Loire, personnage plus rustaud que charmant qui n'avait que faire d'embrasser des belles endormies. Il était de la Loire et avait toujours sur lui une plume talisman, arrachée à un pauvre héron qui n'en demandait pas tant.

 

En entrant dans le château pour un vilain larcin (le halage ne nourrissait pas son homme à l'époque), le marinier à cheval vit la dame ronflant comme un sonneur. Là encore, le bon Charles a, une fois encore, bien arrangé la chose, se plaisant à éliminer tout ce qui fait pourtant la vérité des histoires. Notre cavalier se montra en la circonstance fidèle à sa réputation, il prit sa plume de héron et en chatouilla la dame sous les aisselles (un autre endroit eût été plus raisonnable mais on ne peut espérer mieux d'un cavalier).

 

L'effet fut immédiat, la dame qui n'était plus demoiselle depuis fort longtemps, se réveilla en éructant et l'histoire se termina mal pour la dame et son sauveur qui poussa, hélas, l'effraction plus avant. Charles sut trousser ce conte bien mieux que le marinier la dame, enjolivant à plaisir un banal et sordide fait divers. Il le fit bien, ne lui en tenons pas rigueur et laissons-le à sa gloire posthume.

 

Mais si cette histoire tourna aussi mal, c'est que notre vilain connaissait encore un autre secret à propos du héron. Cette fois, que les oreilles chastes passent leur chemin, la seconde partie de l'histoire est encore moins glorieuse.

 

Qui n'a jamais regardé avec envie le bec effilé de ce bel échassier. Les hommes de Loire étaient grands gaillards en goule, mais plus timorés quand il fallait passer à l'acte. Sur les berges de notre fleuve les rhinocéros sont devenus fort rares. L'animal dont la corne aurait, prétendent certains esprits mal tournés, des vertus qui vous feraient apprécier des dames, fut derechef remplacé par notre ami l'échassier.

 

Par analogie plus que par prescription médicinale, les hommes d'alors faisaient une décoction de poudre de bec de héron pour avoir l'aiguillette aussi longue que l'appendice de l'oiseau. Plus les mœurs se relâchèrent dans nos régions plus l'espèce se trouva menacée. Elle fut même un temps en voie de disparition. Heureusement, la science vint à son secours, le Viagra fit sur cet étrange sujet de préoccupation un effet plus indéniable.

 

C'est depuis l'introduction de la petite pilule bleue que les Hérons revinrent en nombre sur le fleuve. Nul ne songe désormais à leur arracher les ailes ni à se prendre de bec avec ce bel animal. Voilà, vous savez désormais la vérité vraie. Il est souvent souhaitable de lui préférer la fable ! Je ne vous en tiendrai nullement vigueur.

 

Plumitivement sien.

Petit Patapon.

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