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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Quand la Loire prend de la hauteur !

Bonimenterie 008

Quand la Loire prend de la hauteur !

Le Dhuit bat de l'aile.

 

Au pays des menteries vraies, remontons le fleuve à quelques battements d'ailes d'ici. Nous sommes à la Charité sur Loire, patrie de l'aéronavale. Je devine que vous n'en croyez rien et pourtant … L'histoire de la Loire réserve bien des surprises. Si vous prenez la peine de m'écouter un peu, vous allez mieux comprendre ce qui lie cette ville à la plume et aux mots qui s'envolent.

 

Il était une fois, la folie des hommes, leur orgueil ou bien leur esprit industrieux. Les hommes d'alors décidèrent de construire au milieu du fleuve de grands murs de pierres pour détourner le cours des choses et pousser la plus grande part des flots du côté de nos grandes villes. Les Dhuys, puisque c'est ainsi qu'on nomme ces barrières, apportaient de l'eau au moulin des bourgeois et permirent de faire des ports à deux pas de chez eux.

 

À la Charité sur Loire comme dans d'autres cités, le port trouva sa place du côté de la ville. Depuis, les années ont passé, la marine n'est qu'un lointain souvenir et nos dhuys, abandonnés des hommes, sont envahis d'arbres et de racines. Ils menacent de se briser si rien n'est fait. Le temps presse, le danger est bien réel. Le souvenir de ces temps glorieux peut sombrer dans les négligences de notre époque.

 

Laissons nos tracas du jour ! Nous sommes en 1925, la marine de Loire a rendu l'âme. Le chemin de fer a eu la peau des piliers de barre, des grandes gueules et des vilains garçons. Les bateaux moisissent à quai, il n'y a plus de belles voiles carrées sur le fleuve. Pourtant ici, on s'agite sur le plan d'eau devant le pont. Un drôle de bateau, sans rame ni voile remonte le courant pour s'envoler juste avant le passage du pont.

 

C'est un hydravion. Le ministère de la Marine a jeté son dévolu sur la Charité pour en faire un aéroport. Un petit gars du pays travaille au ministère, on n'est jamais aussi bien servi que par les siens. L'idée fait son chemin. Le pays a besoin d'une base avant Paris. Charité bien ordonnée commençant par soi même, le rejeton de la cité nivernaise posa son dévolu à deux pas du prieuré clunisien. Bientôt la ville s'équipe d'une infrastructure convenable pour acquérir le trafic.

 

De 1925 à 1939, les « aloirisages » se multiplièrent sur le plan d'eau entre la rive et le Dhuy. S'il n'y eu de répertoriés que 94 mouvements d'appareils de ligne, ce sont les vols de démonstration, les baptêmes de l'air et les meetings aériens qui firent l'essentiel d'une activité très significative et fort juteuse pour certains. De toute la région, les gens se pressaient pour s'offrir une petite virée sur la Loire et dans les cieux.

 

Les arrières-petits fils des moines de Fontmorigny se lancèrent dans un nouveau négoce bien juteux. Pour nourrir les hydravions, il fallait des bidons de gazoline et d'huile de ricin pour que la flottille prenne l'air et est de quoi revenir au port.. C'est dans les vieux pots que l'on fait les meilleures soupes, et les vieilles recettes passent les années. Les bidons de deux cents litres faisaient rarement la maille. Comme autrefois pour le fer, ils étaient remplis à l'estime, Il y avait souvent tromperie de cinq à dix litres, ce qui est toujours fâcheux ! Sur l'huile de ricin, la part des anges prenait une bien moindre proportion car ceux-ci ne faisaient que deux litres.

 

Quelques pilotes eurent des sueurs froides. Un panne sèche n'arrivait jamais sur la Loire, les mariniers avaient toujours fût à vider. Mais là, à quelques centaines de pieds de hauteur, la pénurie prenait une toute autre importance. Le pot aux roses fut découvert, l'enquête rondement menée et les forbans eurent à rendre compte de leur grivèlerie. Les temps avaient changé, on ne fermait plus les yeux sur ces vilaines pratiques.

 

Nous étions en 1931, l'affaire fût réglée entre gens de bonne compagnie et la société Schell récupéra l'approvisionnement en essence de la flottille locale. La marque à la coquille joua la transparence grâce à des bidons munis de compteurs. Quant à l'huile, c'est vers l'entreprise Yacco que l'on se tourna pour la plus grande satisfaction des pilotes qui prétendaient que ce fût la meilleure !

 

Je pourrais vous en raconter bien plus sur cet étrange aéroport de Loire. Il reçut même en 1928 un avion dont les soutes étaient remplies d'or américain à destination de l'Europe. C'était une année avant le krach. Nous ne saurons jamais vers où se rendait cet étrange chargement. Hélas, cet hydravion repartit sans entrave, ce qui n'était pas toujours le cas. Effectivement, ce sont surtout les risques encourus, les quelques chavirements et l'irrégularité du fleuve qui mirent un point final à cette belle page d'histoire ligérienne qui mériterait d'être un peu plus connue.

 

Véritablement vôtre.

Quand la Loire prend de la hauteur !

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