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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Un petit tonneau en charme.

Bonimenterie 032

Un petit tonneau en charme.

 

L'histoire et ses secrets

 

Il était une fois un artisan qui vivait en bord de Loire. Nous sommes en des temps anciens, une époque reculée où le pays était constitué d'une succession de tribus. La Gaule vivait en paix, les Romains n'avaient pas encore leurs envies de conquêtes. Sucelos, puisque tel était son surnom avait la réputation de taper dur sur le marteau. L'homme pourtant était d'une adresse redoutable dès qu'il s'agissait de créer un objet en bois.

 

Sucelos avait un péché mignon. Il ne viendrait à l'esprit de personne de le lui reprocher, c'est hélas notre lot commun. Le sien est depuis partagé par beaucoup de ligériens qui ignorent sans doute que c'est à lui qu'ils doivent ce petit penchant merveilleux. Mais n'allons pas si vite en besogne, il n'est pas encore temps de porter la coupe à nos lèvres …

 

Sur les rives de la rivière passaient parfois de lointains voyageurs venus de Mésopotamie. Ils allaient chercher l'étain en Cornouailles et la Loire était l'une des voies qu'ils empruntaient. Sucelos était si adroit que sa réputation avait franchi les frontières ; les voyageurs savaient qu'ils avaient sur leur route un homme capable de faire des prodiges avec ses mains sur le bois.

 

Pour le remercier, un jour, l'un de ces aventuriers au long cours lui offrit une amphore contenant un étrange breuvage. Il y eut un avant et un après pour notre menuisier admirable. De ce jour béni où il découvrit une boisson tirée du petit fruit d'une plante grimpante nommée Lambrusque.

 

Sucelos n'eut de cesse d'obtenir de chacun des commerçants de passage ce petit flacon qui lui faisait tourner la tête. La rumeur se répandit et tous ceux qui avaient besoin de ses services savaient désormais de quelle manière obtenir ce qu'ils désiraient. Hélas, les visiteurs étaient rares et les flacons bien petits.

 

Un jour, notre menuisier s'en plaignit auprès d'un des marchands qui avait une réparation à réaliser bien plus importante que les autres. Le bonhomme s'en excusa et lui confia que faute de trouver un contenant moins fragile, ce délicieux breuvage qui enivre si bien, resterait confidentiel.

 

Sucelos était ingénieux. Il ne tarda pas à réfléchir à cet épineux problème : « Comment transporter un liquide dans un récipient qui ne risque pas de se casser ? » Quand on est menuisier, l'idée fait vite son chemin. Tape dur certes, mais si adroit que de ses mains sortit le premier tonneau de l'histoire de l'humanité.

 

Sucelos venait de couper un charme ; c'est de ce bois que fut réalisé le premier fût. Il était fort joli et d'assez petite taille pour que le marchand, parti jusqu'en Cornouailles, puisse le prendre à son bord lorsqu'il repassa par là. Bien des mois plus tard, Sucelos retrouva son tonneau, cette fois rempli d'un excellent vin.

 

Mais le marchand n'était pas seul. Un dignitaire de Mésopotamie était venu à la rencontre de celui qui avait fabriqué pareille merveille. L'innovation de notre ligérien avait séduit sur les rives de la Méditerranée. C'était un Nabum, un mage qui intercède entre les Dieux et les hommes. Il voulait le secret du tonneau et était disposé à y mettre le prix.

 

Cependant Sucelos n'était pas vénal. Il ne voulait ni argent ni gloire. C'est le vin qui était son unique préoccupation. Puisqu'il avait un mage à sa disposition, il lui confia le secret du tonneau en bois de charme en échange d'un miracle ou d'un tour de magie. Sucelos désirait que ce fruit méditerranéen puisse s'acclimater sur les rives de nos rivières.

 

Le Nabum était un puissant magicien. Il usa de ses pouvoirs pour que toutes les régions sur le trajet de la route de l'étain puissent bénéficier de ce prodige. Le tonneau valait bien cette offrande. Ainsi, petit à petit la vigne, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, poussa sur les rives du Rhône, de la Saône, de la Garonne et de notre Loire.

 

Le tonneau révolutionna le commerce du vin. Sucelos sous forme de statuette , entra dans le panthéon celte et son petit fût de charme ne le quitta plus jamais. Il y eut bien une période noire où, pour des raisons obscures, la statuette et son petit fût disparurent. C'était en 1863 et c'est à cette date précise qu'une terrible maladie attaqua les vignobles de France. Le mal se répandit bien vite et durant quelques années menaça l'offrande de Nabum à Séculos. Heureusement, la statuette n'était pas rompue, Séculos refit son apparition en 1875 et le vignoble français fut sauvé.

 

Voilà la véritable histoire de l'implantation de la vigne en Gaule. La seule chose qu'il faille retenir de cette fable c'est que merveille est bien fragile et qu'il ne faut pas en briser le charme. Un mage Mésopotamien et un Dieu celte en furent à l'origine. Pour que ce beau miracle perdure, ne fâchons ni les dieux ni les cieux. Le vin se respecte et il n'est nul besoin de lois scélérates pour en encadrer le plaisir !

 

Bacchanalement vôtre.

Un petit tonneau en charme.

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