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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Comme un bruit de casseroles.

En guise de candidature.

Comme un bruit de casseroles.

Sans illusion aucune.

 

Voici revenu le temps de déposer à vos pieds une nouvelle candidature pour avoir l’honneur, si difficile à obtenir, de jouer dans la guinguette dont vous avez la lourde charge d’assurer la programmation. L’expérience passée : le refus sans explication que j’avais essuyé, m’incite à croire que cette tentative s’exposera, elle aussi, à une fin de non-recevoir, tant sont diamétralement opposées nos conceptions en matière d’animation.

 

Mais puisque c’est vous qui avez le pouvoir, je dois me plier à cette contrainte sans illusion. Le bruit de vos casseroles sonne de manière interlope à mes oreilles sourcilleuses de la langue française et de la chanson qui la sert. Un fossé nous sépare : celui sans doute d’une génération et d’une conception de ce que doit être une guinguette.

 

Vous avez repoussé sans ménagement celle qui fut le symbole du lieu : une femme qui chantait tout le répertoire de la variété d’autrefois : la grande Maguy. L’accordéon et la chanteuse devaient vous sembler parfaitement ringards, totalement dépassés et hors de propos dans un espace voué d’abord à la musique d’ambiance. Faire silence pour écouter un couplet et en comprendre les paroles est passé de mode. Qu’une pétition fût lancée pour la soutenir vous sembla parfaitement dérisoire et sans doute pitoyable !

 

On tape sur les casseroles et on oublie d’honorer l’héritage culturel d’une nation qui aime à brader ses valeurs. Allant tout à rebours de cette démarche, osant adjoindre aux chansons à textes des contes et des récits, je ne doute pas une seule seconde d’horrifier votre public et de le pousser à la révolte ou au rejet d’un tel programme. Le futile est tendance, le factice a le vent en poupe, le léger s’envole au firmament de la musique actuelle.

 

Rassurez-vous : c’est moi qui suis totalement à côté de la plaque. Vous êtes mandaté par une municipalité qui organise des « Trucks-food » en dépit de la loi Toubon, qui se moque d’honorer notre langue comme elle le mérite. Vous pouvez repousser cette candidature sans que personne dans cette bonne cité abraysienne n'en soit offusqué. L’histoire de la venelle à quatre sous, celles du pont Bordeau, des passeurs de Loire, de la marine du même nom, ne sont que de gentils amusements désuets pour folkloristes obsolètes qu’on sortira pour une fête quelconque mais certes pas pour une animation culturelle de haut vol.

 

Alors, oubliez cette demande et continuez à détenir l’exclusivité de la bonne référence en matière musicale. Il faut admettre de ne pas rentrer dans les clous, de sortir du cadre et de n’être plus que des animaux de foire qu’on exposera dans du formol. La musique vivante ce n’est plus notre affaire : nous sommes les défenseurs d’une langue morte qui demandent l'aumône à l’un de ses exécuteurs. Quelle maladresse indigne !

 

Au cas fort improbable où vous seriez contraint par contrat ou bien commande d’assurer une ou deux programmations préhistoriques, je vous informe que mon groupe se nomme « Les Traîneux d’Grève », que toutes nos chansons sont des créations, que nos mélodies ne doivent rien à personne et qu’aucun de nos titres n’est déposé à la SACEM. Quant à mes contes, j’ai l’outrecuidance de les créer dans une langue qui vous semblera quelque peu poussiéreuse.

 

Vous pouvez donc nous contacter du bout des lèvres et avec quelques bouchons dans les oreilles, de manière à ne jamais vous faire votre idée à propos de notre travail, comme vous le fîtes l’an passé, pour nous repousser sans même nous connaître. Je vous promets qu’un nouveau refus sonnera le glas de mes provocations et que vous serez enfin débarrassé de ce boulet irrespectueux et facétieux. C’est ainsi qu’étaient autrefois les chansonniers qui firent la gloire de notre région. Je suppose que vous en ignorez jusqu’à l’existence.

 

En espérant avoir su vous convaincre dans un sens et plus certainement dans l’autre, je vous prie de croire en ma farouche indépendance d’esprit et en mon incurable ironie. Je vous prie d’accepter, ou, à défaut, de recevoir à votre corps défendant ma considération affligée et mon désaccord persistant.

 

Candidaturement vôtre.

Comme un bruit de casseroles.

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La malice 10/04/2017 11:05

Vous avez entierement raison cher ami ! Les guinguettes ne sont plus....ce qu 'elles etaient

C'est Nabum 10/04/2017 18:01

Monsieur l'appariteur

C'est bien vrai et Maguy se joint à moi pour s'indigner tout en réclamant de vos nouvelles