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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Faire salle de bain commune

L’espace clos qui en dit long

Faire salle de bain commune

Pour coincer la bulle !

 

Qui ne s’est jamais retrouvé en groupe dans une maison de vacances ne disposant que d’une salle de bain, ignore tout sans doute des habitudes de ses amis. Voilà bien un espace clos qui révèle la face obscure,secrète ou étrange, de celui ou celle que vous côtoyez pour l’occasion. C’est sans doute ainsi que l’on apprend à se connaître quand tombe le masque de civilité.

 

Il y a d’abord deux catégories qui ne se confondent pas : les usagers quotidiens de la douche et les occasionnels. Les premiers ne peuvent déroger à ce passage incontournable dans leur mise en mouvement journalier. Ils ne peuvent rien entendre sans cette plongée sous le jet réparateur ou salvateur. Les seconds estiment qu’une toilette de chat peut suffire et que leur hygiène corporelle se passe aisément des grandes eaux. Remarquons tout d’abord que ceux-là favorisent grandement la mise en branle du groupe, pour peu qu’il soit conséquent et que, s’ils n’existaient pas, la joyeuse bande passerait la journée à attendre que les uns et les autres aient enfin achevé leurs ablutions.

 

Il convient tout d’abord de passer l’éponge sur les quelques travers que je vais décrire. Ils sont certainement le fruit d’expériences antérieures, de synthèses qui se concentrent sur mes observations du moment. Voilà un lieu qui vous met à nu, qui atteste de ce que vous êtes vraiment et la vérité sort du puits, tout autant que de la salle de bain, dans le plus simple appareil.

 

Il y a en tout premier lieu le stakhanoviste de l’endroit : celui qui va passer un temps fou à jouir de l’eau qui coule sur son corps. Il se laisse aller, profite de cette moiteur bénéfique, se souciant comme d’une guigne de la planète et de tous ceux qui piaffent à la porte. Passer derrière lui c’est se plonger dans un nuage de vapeur et de tiédeur.

 

Il y a encore celui ou celle qui fait tout du sol au plafond à chaque incursion dans l’endroit. C’est un plaisir que d’entendre à travers la porte ses ablutions, ses bruits d’appareils électriques, ses démarches incessantes pour sortir enfin, une heure plus tard, en parfait état de marche, alors que les autres ne disposeront plus que de quelques minutes pour obtenir le même effet.

 

Il y a celui qui se prend pour un légionnaire. Trois minutes, montre en main pour se dévêtir, se laver, se rincer et se sécher. Un exploit qu’il renouvelle à chaque opération en oubliant sans doute de se raser ou bien de se laver les dents. Derrière lui, on n’a pas l’habitude d’attendre ; c’est un vrai bonheur tout autant qu’un mystère : comment fait-il ?

 

Il y a ceux qui ne ferment pas la porte, qu’on surprend en plein lavage, qui s’en moquent comme de leur dernière chemise qu’ils ont quittée avant de se réfugier sous le jet salvateur. Ils se lavent sans pudeur, se sèchent sans se soucier des autres et sortent de ce vestibule aqueux, une serviette pour toute protection. Ils sont chez eux et se moquent des pudibonds et de leurs manières.

 

Il y a encore les bordéliques, les indélicats de toute nature. Ils oublient de tirer le rideau de douche, ils négligent la descente de bain, se soucient encore moins de ne pas inonder la pièce. Passer derrière eux, c’est assurément s’offrir une escapade en zone humide. Tout est trempé, tout est souillé. Les serviettes n’ont plus guère d’utilité et le sol est un cloaque. Ils se moquent bien des remontrances que vous pouvez leur faire ; la salle de bain est leur piscine.

 

Il y a enfin les discrets, les sourcilleux. Ils vont vite, s’arrangent pour qu’on ne s’aperçoive pas de leur passage. Vous prenez leur suite sans même vous rendre compte qu’ils ont usé du lavabo comme de la douche. Tout est à sa place ; nulle trace de leur venue en ce lieu. Ils laissent l’endroit dans un état parfait, ce sont les magiciens de la salle de bain.

 

Vous devez faire avec tous ces utilisateurs. Patienter ou bien vous emporter, vous énerver ou bien faire comme si de rien n’était. Quand tout le monde est passé, la matinée est largement entamée. Et dire que pour beaucoup, la sarabande recommencera en fin de journée. Bon courage à vous !

 

Toilettement vôtre.

 

Faire salle de bain commune

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