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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La langue qui vient du norrois

La langue qui vient du norrois

 

Rendons justice aux Vikings …

 

Il était une fois une période sombre de notre histoire, un temps de douleur et de peur. Le bel édifice carolingien s'effondre dans la discorde des héritiers du grand Charles. La place reste vacante, de vilains barbares venus du nord viennent semer le trouble et la mort en passant par les voies d'eau …

 

Sur notre Loire, nos visiteurs maléfiques sont de redoutables guerriers surgissant de l'aval sur des embarcations fendant les flots. Derrière eux, la mort, les razzias, les incendies et les pires avanies … Voilà le tableau qu'on nous a dressé pour notre édification.

 

Le décor est dépiend et bien malin celui qui pourra en tirer une belle histoire. Les Vikings ont endossé le mauvais rôle, suppôts de Satan, ils sont sans pitié, sans religion et sans morale. Il n'y a rien à conserver de ces bêtes immondes, de ces antéchrists démoniaques. Ils ont pillé nos monastères si riches, c'est bien le plus terrible des forfaits.

 

Essayons pourtant de nous arrêter le temps de cette pause, en suivant les pas de Ragenold et de ses prédécesseurs. Maître de la Loire, notre redoutable marin a sans doute bien des crimes à son passif. Nous pouvons le retrouver, lui ou bien l'un des siens en 856 brûlant la bonne ville d'Orléans, en 865 incendiant l'abbaye de Saint Benoît. Il ne doit pas échapper à la condamnation de l'histoire …

 

Le monstre s'est installé à Saint Florent le Vieil. Il en a fait sa base arrière, son camp retranché. Il a pris Angers pour profiter de la douceur du coin. L'homme a du goût même si ses manières ne différent guère des chevaliers locaux, pas toujours aussi preux qu'on veut bien nous le faire croire …

 

Par Odin, ces terribles païens n'ont pas la bonne foi, il n'est donc pas possible de les sauver de ce procès de l'histoire revisitée. Les Francs font ce qu'ils peuvent pour sauver les apparences, Charles le Chauve fait fortifier les ponts de Cé. On négocie en sous-main pour donner la Normandie à ces furieux contre un baptême opportun et le tour est joué !

 

Pourtant, foi de marinier, il y a tant d'éléments qui nous viennent de ces lascars qu'il serait bon de cesser de nous vautrer dans le déni et la diffamation. Eux, n'ont jamais perdu le Nord et nous ont même apporté les trois autres point cardinaux. Cette révélation vous désoriente, il y en a bien d'autres dans ma musette qui se fait lexique époustouflant

 

Sans ces redoutables navigateurs, la marine ligérienne n'aurait pas connu son plus formidable progrès technique. Ces Drakkars merveilleux qui en fait étaient des Knoor ou bien des Snekkar, ont fourni à nos chalands bien des mots et des prouesses technologiques. Le mot bateau vient de nos amis Vikings et rien que pour ça, ils ont droit à toute mon admiration.

 

Mieux encore, l'agencement des planches à clin, c'est à eux que nous la devons. La merveilleuse voile carrée était également dans leur malle à merveilles. La voile était en laine tannée dans une décoction de bouleau et de graisses animales. Ils inventèrent la piautre en la plaçant sur le côté tribord de leur embarcation.

 

Vous pouvez croire qu'ils ne laissèrent que leur formidable art de la navigation avec leur voile de près de 150 mètres carrés pour des bateaux de 20 mètres de long. Mais ils nous laissèrent bien des mots encore qui attestent qu'ils n'étaient pas que des fous sanguinaires. Les Becs d'Allier ou de Vienne ont été désignés du vocable Bec issu de ces maudits païens !

 

Ils nous ont laissé la Drague et la Houle, les Digues et les Boulines. Ils nous ont laissé Haler et Sombrer, la Grève et la Plage, l'Acre et la Flotte. Nous leur devons la Marre, l'Étrave, la Bordée, le Babord et le Tribord, le Mât et le Beaupré. Je vous laisse avec cette liste fastidieuse, elle est pourtant riche et abondante, preuve s'il en est de l'apport de cette belle civilisation sur notre pays.

 

Je leur dois aussi mon nom de famille et je n'en suis pas peu fier. Alors, désormais, quand vous entendrez des gens médire de ce peuple de navigateurs, prenez la peine de vous gausser. Sans eux, nous n'aurions pas appris cet art de la navigation de rivière. Ils sont nos maîtres et nous leur devions ce modeste hommage.

 

Nordiquement leur.

 

La langue qui vient du norrois

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