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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le vent m’a rendu fou

Son souffle m’inspire.

Le vent m’a rendu fou

Éole en majesté.

 

Un bruit continu accompagne mon écrit. Le vent souffle et rien ne lui résiste. Les cimes des pins se balancent sous ses coups violents, le sable se soulève et vient m’aveugler. Il y a dans ces instants comme une tension qui monte des entrailles de la terre, le vent joue sur le caractère, il altère nos facultés, il inquiète tout autant qu’il fascine.

 

D’autres ne se posent pas la question. Il est devenu leur compagnon de jeu, leur ami et leur passion. Ils sortent de grandes voiles qui virevoltent au-dessus de l’eau, entraînant leurs minuscules planches dans des bonds prodigieux par-dessus les vagues. Ils l’ont dompté pour leur plaisir et m’offrent un ballet somptueux dont la simplicité apparente dissimule mal des heures et des heures d’apprentissage et de chutes.

 

Des esthètes, les pieds au sec, habillent alors le ciel de couleur chatoyantes pour produire des arabesques magnifiques. La traîne dessine des mouvements amples tandis que le cerf-volant affronte les rafales, vaillamment. Au sol, les tireurs de ficelle s’arc-boutent dans une lutte inégale contre monsieur zéphyr. C’est un spectacle qui me ravit, tandis que je cherche à trouver un abri pour échapper au souffle furieux.

 

La mer moutonne ; le vent la couvre de taches blanches tandis qu’elle se teinte de reflets sombres. Elle n’est guère accueillante mais c’est en ces instants qu’elle est la plus belle. Elle est sauvage et tumultueuse, hirsute et menaçante. Elle se refuse aux corps alanguis ; elle montre sa force et me pousse à un repli stratégique dans les dunes.

 

Je regarde au loin le combat désespéré d’un char à voile contre les assauts du vent. Il renonce à la bataille, la colère des cieux le contraint à plier bagage, la mine triste et le désordre confus. Rien ne se déroule comme prévu, la voile se fait indépendante, le pilote demeure impuissant à maîtriser cette puissance céleste. Il parvient tant bien que mal à regagner son point de départ.

 

Dans le ciel, les voiliers ailés ont renoncé à se laisser porter dans leurs délicieux vols planés. Ils se battent, eux aussi, contre l’ennemi, s’épuisent à tenter de remonter face au vent. Ils préfèrent se réfugier dans la forêt. Éole est vainqueur sur toute la ligne. Sur le sable, les quelques marcheurs sont encapuchonnés, couverts de couches hétéroclites, de serviettes et de vêtements empilés les uns sur les autres. Marcher face à l’ogre est un défi, les cheveux volent et les yeux piquent.

 

Un pêcheur sur le sable tente vainement d’envoyer sa lourde plombée face à lui. Son geste a beau être ample, son résultat est ridicule. Le fil ne cesse de s’agiter, laissant penser qu’un poisson a mordu à l’hameçon. Le pauvre ramène son terrible piège plein d’espoir avant que de découvrir qu’il a été le jouet de vent. Il rentrera bredouille-ce qui ne change guère-et transi de froid. Il n’avait pas pensé à la colère divine.

 

Les enfants jouent sur le sable, indifférents aux rafales. Leurs parents cherchent un peu de protection tandis que les chérubins, au ras de sable, semblent ne rien sentir de ce qui se passe autour d’eux. Le ballon file, poussé par le vilain aux quatre cents diables. C’est bien là le seul désagrément pour eux. Qui a prétendu que le vent énervait la marmaille ? Ce sont les seuls à ne s'en point soucier !

 

Des papiers volent. Ils sont les résidus d’une société qui se plaît à laisser traîner derrière elle tout ce qui fait la grandeur de sa vacuité et l’indifférence de ses membres : paquets de cigarettes, papiers de bonbons, déchets divers, bouteilles plastiques, sacs poubelles. C’est le grand ramassage des ordures oubliées. Tout finira par se poser bien plus loin quand le vent aura cessé de balayer son jardin.

 

J’ai le nez qui coule et les yeux qui piquent. Mon ami le vent a gagné la bataille. Je rentre coucher sur le papier ce spectacle qu’il m’a offert. Je me suis préservé de son souffle tout en me régalant du murmure de sa plainte. J’espère que ce billet vous aura aéré l’esprit.

 

Venteusement vôtre.

Le vent m’a rendu fou

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Kakashi 22/04/2017 17:08

Billet très aérien en effet.

Je digresse une fois encore, en partageant l'édito d'un nouveau canard, ayant dans le fond tout à voir avec votre récit :
http://revuelimite.fr/edito-du-numero-6-humains-rien-quhumains
Belle fin de journée

C'est Nabum 22/04/2017 20:22

Kaskashi

Laissez moi en plein courant d'air

Jacky Boucher 21/04/2017 07:57

on ne peut pas grand chose contre les fureurs d"Éole

C'est Nabum 21/04/2017 09:01

Jacky

Qu'as-tu fait à Éole aujourd'hui ?
Qu'as-tu fait à Éole aujourd'hui ?

J'ai subit ses assauts sans ne lui avoir rien fait