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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les charretiers sont de retour.

La langue en guise de fouet.

Les charretiers sont de retour.

Des bas...

 

 

Une harengère, un soir, croisa un jeune premier avec le dessein de lui faire perdre la tête. Le jeune homme, bien sous tous rapports et indubitablement propre sur lui, dut se contenir tant qu’il put pour supporter les assauts de la vieille rombière. Les mots orduriers qui sortaient sans cesse de la bouche de notre harpie avaient de quoi horrifier n’importe quel daron, eût-il le cuir tanné et la langue bien pendue, ce qui était loin d’être le cas du gentil contradicteur. Le blanc-bec resta coi, ne sachant que rétorquer contre ce flot d’insanités.

 

La mégère rendue plus furieuse encore par la passivité de sa cible, se mit à baver de haine, à déverser des tombereaux d’injures, des torrents de lave déliquescente sur la face fardée de ce gentil muscadin. L’héritière était bien-née et nous servait à son tour l’intolérable morgue de son géniteur. En matière de formules à l’emporte-pièce, elle était bien pourvue ,quoiqu’elle fût en manque des calembours alambiqués, si chers à son délectable père. Les mots arrivaient en flots impétueux ; ils étaient aussi gros que vulgaires, aboyés plus qu’articulés, pour noyer, sous le coup de ces attaques sournoises, le malheureux vis-à-vis qui ne savait que répondre.

 

La dame éruptive, si on peut encore évoquer la féminité en pareille circonstance, perdit alors tout contrôle et, durant plus de deux heures, se livra à une attaque en règle, non de son insipide locuteur, mais de la langue française, de la courtoisie et de la dignité. Deux témoins, parfaitement inaudibles, se contentaient de lever les yeux au ciel, incapables qu’ils étaient de couper court à cette honte, à cette diablesse qui éructait sans mesure ni parcimonie.

 

La fange sortait de cette harpie, poissonnière étalant une marchandise pas fraîche : des relents nauséeux parvenaient jusqu’à nos oreilles affligées, car le drame - à moins que ce ne soit le déshonneur – voulut que nous fussions des millions à partager ce moment de grand déballage de flétrissures et d’injures.

 

Les horions pleuvaient sur le pantin de cire ; il bafouillait parfois quelques ripostes de même facture, comme s’il était nécessaire de se mettre au niveau de la commère pour exister. Il faisait, ce me semble, un bien mauvais calcul, s’abaissant au lieu de s’élever ; lui qui avait eu la prétention déplacée d’accepter le duel contre une adversaire qui ne connaît aucune règle et ne dispose pas de la plus petite parcelle d’honneur.

 

Les mots fusaient comme autant de traits qui marquaient l’absence d’esprit, la disparition de l’intelligence et de la délicatesse. Les aspérités devenaient des gouffres, des failles, des abysses dans cette bataille de rue, ce combat de chiffonniers qui eût indigné le pauvre abbé Pierre. On se serait cru dans une arrière-salle d’un bouge quelconque. La mère maquerelle voulait déniaiser le jeune puceau qu’on lui avait refilé entre les pattes. Le gamin, incertain tout d’abord, débanda bien vite et se retira, la queue entre les jambes. Il ne pouvait se mesurer à la chose ; jamais dans les grandes écoles qu’il avait fréquentées, les cercles distingués où il évoluait habituellement, il n’avait croisé pareille furie.

 

Le débat tourna court, l'algarade vira au fiasco pour la donzelle. Si elle avait la langue bien leste, seuls des gros mots jaillissaient de ses lèvres. Elle brandissait son discours comme d’autres donnaient autrefois du battoir, et tapait sur ce naïf qui avait pensé qu’elle pouvait être de bonne compagnie. Le linge étant fort sale dans la famille de la luronne, le jus qui coulait de ses lèvres entacha durablement la campagne et la rivière avoisinante.

 

Médusés, interloqués, navrés, dépités, scandalisés, les braves gens coupèrent, un à un, leur poste ou leur radio pour échapper à la démonstration d’insignifiance crasse de la lavandière des bouges. Il n’était plus rien à espérer de ce combat de charretiers ; le jeune homme lisse et bien sur lui, ayant fini par être sali par les éclaboussures de cette folle.

 

On se demande encore comment pareil déballage d’insanités a pu se dérouler sans qu’un témoin ne vienne couper la chose, mettre un terme à ce pugilat verbal. La France qui, jadis, s’honorait d’être la nation du discours, de la littérature et des beaux mots, se signala, ce soir-là, au monde entier, par les remugles d’un égout qui réclamait, à cor et à cris, une épuration générale. J’avais honte ; et c’est avec une langue bien chargée, la gueule de bois et la tête comme une lessiveuse, que je tentai vainement de m’endormir après ce pancrace d’un autre temps.

 

Ordurièrement sien

 

Les charretiers sont de retour.

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Jacky Boucher 06/05/2017 14:44

Très transparent, vous chargez excessivement,à mon avis, son interlocuteur qui avait lui tout intérêt à ne pas tomber dans le piège que lui tendait son opposante et selon moi, il n'y est pas tombé, vous en faîtes le bénet de l'année ^sinon le perdreau .

Kakashi 06/05/2017 10:38

Ce débat a été calamiteux.
Hélas, Marine Le Pen s'est perdue dans les invectives indignes d'une cour de récréation, ridiculisant le débat jusqu'au malaise.
Son interlocuteur lui offrait pourtant un boulevard sur bien des sujets de fond.
Néanmoins, que vous goûtassiez secrètement aux insultes ignobles proférées à l'encontre de Nicolas Dupont-Aignan et de sa maman décédée lors de son ralliement à Marine Le Pen, par des artistes si altruistes, ne me surprendrait guère.
L'indignation va toujours dans le sens qui nous arrange.
Je voterai pour la mégère demain, sans l'once d'un sentiment de remord, de culpabilité, de turpitude.

Jacky Boucher 06/05/2017 14:47

Débat calamiteux ,soit, mais à cause de qui ?
That is the question.......

C'est Nabum 06/05/2017 11:10

Kakashi

Ce débat à lui seul rend caduque cette élection
La fange a sali la démocratie

Quant à votre choix, je le désapprouve sans naturellement faire une leçon de morale car je comprends vos motifs et on ne peut dire qu'ils sont déplacés comme le font tant de bons penseurs