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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Route barrée

Route barrée

Plus c’est long, plus c’est bon...

Un chantier qui s'éternise

 

J’habite dans une rue longue, longue, et divisée en trois tronçons distincts dont le dernier est en sens interdit. Ce fut autrefois la rue des vergers est de la ville, juste après la porte Bourgogne. C’était un îlot préservé avec des venelles et des jardins enclavés entre les deux artères principales ; un vrai quartier où l’on se parlait entre voisins.

Les promoteurs sont arrivés. Le terrain à bâtir est un aimant pour eux. Ils ont proposé des prix exorbitants pour convaincre les jardiniers d’abandonner vergers et potagers au profit des pelleteuses et des bâtisseurs. Il leur suffisait de trouver un accès sur l’une des deux routes pour effacer la mémoire de l’endroit. Ils y sont parvenus aisément : l’argent permet tout dans ce pays !

Maintenant, d’autres engins sont arrivés. La municipalité a décidé, nous devons lui en rendre hommage, d’enterrer tous les odieux fils, câbles, poteaux dont le réseau imbriqué et anarchique détruit la belle harmonie de la perspective. Les travaux ont débuté, il y a deux ans de cela. Mais la rue est longue, longue, et le labeur avance doucement.

Deux ans déjà, et deux ans encore ,à subir les désagréments d’un tronçon qui affiche inconsidérément : « Rue barrée ! ». Quatre années au total pour les malheureux résidents à ne plus savoir sur quel pied danser, où passer ou bien par quel chemin parvenir jusqu’à chez soi. Dans ce long calvaire, nous avons la chance de nous trouver face à des ouvriers qui font tout leur possible pour libérer le passage de 17 heures à 8 heures du matin ainsi que le weekend.

Sans aucun doute, ce souci allonge la durée de ce chantier record. Et au final, ce sera quatre longues années de demi-tours impromptus, d’emprunts d’un sens interdit-en se demandant si un furieux n’arrivera pas comme un bolide en face-, de petits désagréments mécaniques pour mon scooter, ballotté par les nids de poules, les tranchées, les ornières qui ne cessent de fleurir dans notre rue.

D’autres ont subi plus douloureux dommage encore. Le boulanger de la rue a fait faillite ; a vendu sa boutique qui resta fermée plus d’une année, durant laquelle son pas-de-porte ressembla à un champ de bataille de la grande guerre. Je n’évoque pas les désagréments pour parents des écoles privées et publiques, ni ceux pour les utilisateurs du collège et du lycée qui donnent, tous les deux, sur ce chantier au long cours ; les difficultés s’ajoutent à la boue, la poussière, le bruit et l’exaspération.

Quatre ans de réjouissance routière et piétonnière ! on ne peut se plaindre, notre bonne municipalité a bien fait la chose. Voilà un sujet de conversation qui a largement de quoi nous tenir en haleine dans le quartier. Nous qui ne savions que nous dire entre voisins ; nous sommes servis. Je tiens à remercier les instigateurs de cette magnifique réjouissance - à nous autres, gens des faubourgs - offerte !

Soudain surgit une interrogation, une pensée parasite qui vient barrer, elle aussi, sans crier gare, ma prose élogieuse : « Nuisance aussi longue serait-elle envisageable dans le centre-ville ? » Il est vrai que nous avons déjà remarqué un chantier escargot de cette nature rue des Carmes, une manière habile de mettre à la ruine des commerçants interlopes et de repousser plus loin des habitants trop colorés. Les méthodes locales ont parfois des cheminements retors pour imposer une certaine vision de la citoyenneté.

Mais dans cette bonne rue Saint Marc, qui faut-il punir ou repousser ainsi ? N’a-t-on pas eu la possibilité d'accélérer la chose pour éviter la crise de nerfs aux riverains ? Il faut bien admettre que nous sommes quantité négligeable dans cette cité qui ne se rêve Métropole que pour la seule jouissance des bourgeoisiaux de la coterie.

J’écris ma colère. Ce matin, c’est un ballet incessant de véhicules faisant demi-tour devant chez moi. Le portail est toujours ouvert ; les automobilistes aventureux en profitent pour rebrousser chemin. Demain, d’autres feront la même chose et, pendant deux longues années encore, ce cirque se déroulera. L’envie me prend d’aller dorloter le derrière du président de la nouvelle Métropole à coups de pelle. Voilà qui lui fera comprendre que « trop c’est trop », et que s’il veut faire son trou en devenant député, il ne s’y prend pas de la meilleure manière possible.

En voilà un à qui j’aimerais faire barrage. Il représente à mes yeux ce qui se fait de pire dans le petit personnel politique local. Mais l’homme est bien né : c’est là l’essentiel pour s’assurer une carrière sans obstacles majeurs. En attendant, ma rue sera barrée quatre longues années. Merci Louis-Philippe !

Chantièrement sien.

Route barrée

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