Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Mes mots seront leurs yeux.

Suivez le guide !

Mes mots seront leurs yeux.

Le fruit du hasard et de la cécité.

 

 

Tout a commencé par une séance animation pour l’association « La Luciole ». Entouré de mes amis du groupe lecture, j’avais conté une farce lors d’une séance récréative après l’assemblée générale de ce groupe de mal voyants. Ils avaient aimé mon récit, une farce culinaire que je leur avais servie juste après leur banquet, on ne pouvait rêver mieux pour digérer...

L’idée est venue spontanément. Pourquoi pas une balade contée sur les quais d’Orléans ? Bien sûr, la cécité imposait quelques précautions. Les points de départ et d’arrivée devaient être desservis par un transport collectif, le trajet ne pouvait pas être trop escarpé et l’animation commodément ouverte à tout le monde pour bénéficier de quelques accompagnateurs voyants.

À l’initiative d'Isabelle, une bénévole qui ne mesure pas sa peine, une date fut retenue et l’information circula sur les réseaux sociaux. Nous nous donnions le droit de proposer sur l’espace public orléanais une activité sans demander la moindre autorisation. Il est vrai que c’est en agissant ainsi que je peux briser l’indifférence de l’Office de Tourisme, qui confond souvent des circuits conduits par des conférenciers de qualité certes mais non des balades contées comme cet organisme le prétend.

Le jour donné, ils étaient une trentaine à m’attendre à 14 heures 30 pour ce « long » trajet d’un kilomètre cinq cents que nous avons parcouru en trois heures. Deux mille ans d’histoires, les légendes Celtes et les Bonimenteries furent au menu de ce programme copieux. Par une succession de petits sauts de puce, nous sommes passés de l’histoire de la Chèvre qui danse à l’aventure des bateaux à vapeur, des récits de lavandières à l’épopée marinière.

À chaque arrêt, quelques passants prenaient le train en route pour écouter un récit, mes explications ou mes farces, avant de poursuivre leur chemin. On riait sur ce quai que nous suivions en évitant d’emprunter le pierré, trop inégal pour ceux qui n’y voient pas. Ils se contentèrent d’avoir les oreilles grandes ouvertes pour suivre les explications et voir en images narratives.

Je n’ai pas souvent eu un public aussi attentif. Je devinais leur concentration, leur plaisir était visible. Les accompagnateurs servaient de guide pour éviter les obstacles, nombreux sur ce parcours, pour les placer dans de bonnes conditions lors des différents arrêts, pour écarter les cyclistes qui ont souvent tendance à s’approprier l’espace commun.

Je continue de leur servir la grande histoire avec Clovis, Jeanne et César dans le désordre, la petite avec la dame Pompadour, Desfriches et les marchands ainsi que naturellement quelques fictions qui se glissent, toujours avec cette pointe d’ironie qui rappelle que la ville fut jadis la cité de l’esprit guépin, celui qui pique les puissants. Il y a matière à humour sur ce quai qui a écrit une grande page du récit national, quand la Loire était le nerf économique de la France de l’ancien régime.

C’est alors que nos pas nous conduisirent à la fête du Port, organisée par les compagnons chalandiers, une des trois confréries marinières de la ville. Le président m’a gentiment permis de proposer à mes auditeurs de faire un petit tour sur la Loire à bord d’une toue cabanée ou bien d’une toue sablière. C’était la cerise sur le gâteau pour mes amis.

Je n’avais pas bien mesuré la difficulté à descendre en bord de rivière en empruntant des escaliers de pierre, pas vraiment entretenus. La pente, la végétation, le bruit de l’eau et de la ville ont certainement fait battre le cœur de ceux qui descendaient sans rien y voir. Heureusement, tout se passa sans encombre tout comme l’embarquement en empruntant une passerelle étroite. La première personne embarquée faillit pourtant basculer dans les flots. Il fallait redoubler de vigilance.

Sur l’eau, ce fut un bonheur partagé par tous. J'en remercie chaleureusement les Chalandiers. Quand nous revînmes sur le quai, leur groupe vocal, Les copains de sabord, offrit une aubade à mes nouveaux amis. Puis nous continuâmes notre circuit en profitant de la quiétude d’un nouveau jardin public qui porte le nom d’une poétesse pour achever cette balade.

Isabelle qui avait été à l’initiative de la sortie lut quelques poèmes d’Hélène Cadou et d’autres du mari de cette dernière, poète lui aussi, Guy Cadou. Puis je me réservai le point final en essayant un nouveau conte. Je parachevais une animation spontanée, sans moyen public, sans autorisations officielles, sans support médiatique. C’est ainsi que je compte poursuivre pour ma part, en franc-diseur, afin de ne pas laisser à d’autres le monopole des quais d’Orléans.

Bonimenteurement vôtre.

Mes mots seront leurs yeux.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article