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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Prendre la balle au bond

Les contes au château.

Prendre la balle au bond

Houlippe, l'esprit de la rivière

 

Il est un club de Rugby qui ne ressemble à aucun autre, un groupe d’amis d’abord, liés par une passion commune qu’ils mettent en action avec une énergie hors du commun, des sportifs du dimanche ensuite qui ne se prennent pas au sérieux, si bien qu’avec eux, tout est facile. Il le faut quand on ne dispose pas de terrain, condition pourtant essentielle à la pratique de ce sport. Eux ont réussi malgré tout à fonder une véritable et puissante école de rugby, avec des valeurs de solidarité et d’engagement associatif qui se sont sans doute renforcées dans la difficulté et les contraintes innombrables liées à leur situation.

Ils ont de plus choisi un nom qui ne peut que me réjouir : « O’Val des Mauves ! » tant ils s’inscrivent dans la culture ligérienne, eux qui vivent et font la fête dans la cité de nos amis Les Carnutes et du gars qui a mal tourné : « Gaston Couté ». J’avais rencontré la joyeuse bande des adultes, tous pratiquants en sport-loisir, une autre manière de se démarquer d’un esprit de compétition qui mène souvent nulle part, attablés qu’ils étaient à nos chers Petits Instants, le café concert qui marque de son empreinte la vie de Meung-sur-Loire.

Alors quand Nicolas me demanda si je voulais bien venir participer au rassemblement scolaire qu’il organisait conjointement avec le club et la circonscription de l’enseignement primaire, je ne pus que me réjouir d’une telle invitation. Durant ma longue carrière d’entraîneur et d’éducateur sportif, je n’avais jamais dissocié sport et culture. Alors trouver des éducateurs qui empruntent ce même chemin ne pouvait que me réjouir.

Nicolas fut un jeune collègue. Je pense l’avoir quelque peu influencé même s’il n’avait guère besoin qu’on lui montre la voie tant ses convictions éducatives sont profondes et forcément en décalage avec ce qui se pratique dans la ligne officielle d’une Fédération Française de Rugby qui court à la catastrophe depuis fort longtemps dans l’indifférence de cadres et de dirigeants aveuglés par les paillettes et une conception globalisante et ludique d’une activité qui exige travail et rigueur.

Mais laissons-là ces querelles vaines qui ont valu mon arrêt définitif. Nicolas s’échine et souvent il prêche dans le désert et le mépris, me semble-t-il de ses dirigeants, la bonne parole. Cependant, à Meung-sur-Loire, il savait pouvoir compter sur une armée de bénévoles, de bras solides et de jeunes gens tous disposés à œuvrer pour recevoir dignement les 280 scolaires dans le parc du château.

Prendre la balle au bond

Le propriétaire de cette belle demeure historique, s’offrant d’accueillir dans son merveilleux domaine, la troupe bruyante et sympathique des enfants des écoles de Meung sur Loire et des villages voisins. Ils disposaient ainsi de beaux espaces de jeu, d’ombre et d’un magnifique sous-bois dans lequel le Bonimenteur allait trouver sa clairière aux sorciers. Tout était réuni pour faire de cette journée une réussite, y compris les grandes structures gonflables qui font toujours la joie des enfants.

Pendant quatre heures, les enfants tournèrent par petits groupes dans les différents ateliers sportifs et culturels. Je recevais ainsi chaque demi-heure trois groupes qui venaient écouter les légendes de Loire qui sont nombreuses ici. La fée Houlippe demeure à quelques kilomètres plus en aval, après avoir passé le pont du diable. L’ermite Liphard a vaincu la Coulobre dans le marécage de Meung-sur-Loire, le château a reçu dans ses cachots François Villon et Gaston Couté a passé son enfance dans un moulin. Que du bonheur et des sources d’histoires multiples d’autant que la Loire coule à deux pas de là.

Comme souvent, le diable et les fées ont la part belle dans le cœur des enfants. Ils étaient à l’écoute, souvent seuls, car les institutrices manquaient d’accompagnateurs pour encadrer tous les groupes. Qu’importe, le silence se faisait après un grand cri collectif, ritualisant le début du récit. Seize contes au programme, car des élèves dispensés de sport se firent un plaisir de rester à poste plusieurs fois.

Je terminai la journée épuisé mais heureux d’avoir ainsi pu associer mes histoires à ce sport que j’ai tant aimé. J’espère que les enseignants se souviendront de moi et me feront appel quand viendra le temps d’un travail sur la Loire. Il n’est jamais simple de pénétrer le monde scolaire y compris pour un ancien de la maison.

En attendant, je pars du côté de Nantes, rencontrer de nouveaux enfants et animer une fête qui elle aussi se situe résolument à contre-courant. C’est ainsi que nous sommes quelques-uns à envisager la Loire et son histoire loin de l'hagiographie officielle qui en fait un long fleuve tranquille. Les plaisanciers d’eau douce sont plus nombreux que les vrais amoureux de la rivière. Quant à d’autres, ils se font plus passeurs de subsides et d’illusions que de récits véritables.

L’essentiel étant ailleurs, l’O’Val des Mauves avait gagné son pari et madame la Maire de Meung-sur-Loire leur accordera prochainement ce terrain dont ils ont tant besoin. Je ne doute pas un seul instant que je serai de la fête lors de l’inauguration. Il est des balles qui convient de prendre au bond surtout quand elles sont ovales. Merci à tous !

Ovalement leur.

Prendre la balle au bond

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