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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Quand le lavoir se fait embarcadère.

La rame remplace le battoir.

Quand le lavoir se fait embarcadère.

Loire & Canal.

 

Sur notre canal d’Orléans, il est un lieu magnifique chargé d’une courte histoire, celle de la batellerie ligérienne. À l’aplomb de l’église de Chécy, le lavoir se love en harmonie tout contre un saule magnifique -auprès duquel j’aimerais raconter des histoires si les élus de l’endroit osaient enfin m’offrir ce bonheur que je leur réclame depuis quelques années- et un pont dont une arche a préservé l’authenticité de ses origines.

Le lavoir fut le témoin de quelques épisodes curieux d’un passé agité. Les prussiens en 1870 occupèrent la place, sans doute pour punir les lavandières qui avaient mené sédition afin d’obtenir l’eau chaude dans la place, à l’imitation de leurs collègues travaillant désormais sur les bateaux-lavoirs de la rivière. Les flûtes berrichonnes sillonnaient le canal depuis 1698 et le vin circulait à flot en direction de la capitale.

C’était un lieu de travail et de fête, un endroit qui ne demandait qu’à revivre. L’association Loire-canal a souhaité retrouver l’esprit des bords de Marne, de la belle équipe et du canotage qui permet de prendre le frais durant les belles journées de repos. Ne manque plus qu’un petit estaminet proposant douces chopines pour retrouver l’envie de chanter quelques chansons sur un air d’accordéon.

Nos amis sont allés quérir leurs barques sur les canaux royaux. Elles avaient participé à l’animation des bassins du parc de Versailles, elles ne pouvaient trouver meilleur emplacement à deux pas du fleuve qu’on dit royal. La Pompadour était passée par là quand elle vint inaugurer le pont Royal. Les barques se sont immédiatement senties en terrain conquis.

Les ligériens quant à eux avaient quelque peu oublié l’art complexe de manier la rame sans se fâcher avec la dame de nage. Aller de l’avant en marche arrière n’est pas un exercice simple pour qui a le torticolis ou bien des raideurs cervicales. C’est un coup à prendre qui suppose quelques embardées sur la rive où les pêcheurs compréhensifs, sourient aux évolutions maladroites des canoteurs d’occasion.

La petite flottille se pare de couleurs discrètes sur le haut de sa bordée. La coque est blanche et les rames en aluminium. La construction, toute synthétique, rappelle la construction à clin de l’époque. Conscient de l’anachronisme de leurs embarcations, la belle équipe s’est lancée dans la construction d’un fûtreau traditionnel qui aura le double avantage de pouvoir embarquer un fauteuil roulant et de sortir la voile.

Ce sont des enfants autistes qui participent à cette construction. On devine ici le souci pédagogique des membres et leur envie d’ouvrir leur passion à des publics souvent exclus de tels plaisirs. Ils mettent d’ailleurs leurs actes en conformité avec leurs actions puisqu’ils font le meilleur accueil aux jeunes gens issus, comme on les désigne habituellement, de la diversité. Il faut parfois faire preuve de patience pour les remettre sur le droit chemin, ce qui n’est jamais aisé quand il s’agit d’une voie d’eau...

L’eau du canal est si tentante, d’autant que le soleil darde ses rayons et vous incite à un petit plongeon. Il faut naturellement faire abstraction des reliefs de notre civilisation qui souillent les berges, bouteilles plastiques, cannettes, papiers et autres désagréments qui jonchent les flots. Quelques promeneurs indélicats aiment à marquer leur territoire de cette honteuse manière, un relent sans doute de nos comportements animaux quand l’urine servait de frontière.

Qu’importe, la végétation dissimule ces marques honteuses d’un comportement marginal certes mais ô combien détestable. Les rameurs font et viennent sur le canal ; Monseigneur l’évêque y a même embarqué des ecclésiastiques hilares, découvrant que toute eau n’est pas bénite mais procure des plaisirs bien innocents. Ils firent quelques prières pour que les barques ne se retournent jamais, ce qui vous permet à votre tour, en toute confiance, de rendre une petite visite à Loire et canal.

Si l’envie vous prend de faire une petite sieste, l’ombre bienfaitrice du saule majestueux vous accueillera sans difficulté et en fermant les yeux, vous pourrez certainement entendre le murmure amoureux de Saul et d’Ondine. Vous n’aurez alors qu’à me faire un petit signe pour que je vienne vous raconter leur histoire...

 

Canotagement leur.

Quand le lavoir se fait embarcadère.

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