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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Sur les traces de Mesmin.

Le conte au bout du chemin.

Sur les traces de Mesmin.

Une leçon d'histoires.

 

Ils habitent la Chapelle-Saint-Mesmin, ils ont 8 et 9 ans, sont élèves en CE1-CE2 à l’école des Vallées. La Loire, ils ne la fréquentent guère, elle est de l’autre côté de la Nationale et mise à part la superbe piste de bicross que certains d’entre-eux côtoient, elle n’est pas souvent le but de leurs promenades. Quant à l’histoire locale, elle est peu connue parents.

Il n’est pourtant pas question de renoncer. C’est du moins ce que pense leur instituteur, Emmanuel, qui a accepté avec enthousiasme ma proposition de balade en bord de rivière avec sa classe. Ce n’est pas l’énorme averse qui me tombait sur la tête en allant à leur rencontre qui allait doucher mon enthousiasme ; enfin une classe de cette étrange agglomération qui répondait favorablement à ma requête !

Les élèves entrèrent en classe et découvrirent un curieux personnage, à l’allure incertaine, portant béret et bourriche, autant d’ustensiles totalement inconnus pour eux. Les présentations furent hésitantes, le bruit des uns et des autres, l’empressement à poser une question sans attendre ni la réponse ni que son voisin ait fini la sienne ne permettaient pas de poser la séance. J’usai alors des petits trucs du métier pour réussir à m’imposer tout en obtenant un peu de calme.

Nous pouvions partir. L’aventure ne faisait que commencer. Je n’ai jamais eu d’élèves si jeunes et je découvrais combien il n’est pas aisé de les faire marcher en groupe, sans distordre la longue chenille bruyante. Que de bruit dans les rangs, ils ne savent plus se parler sans crier.

Pour atteindre la Loire il n’y avait pas plus d’un kilomètre mais ce fut long et difficile. Des trottoirs étroits, un feu piéton si court qu’il est impossible de faire passer tout le groupe, des escaliers glissants après l’averse, des orties et des flaques d’eau transformaient le périple en épopée pour ces petits citadins. Le temps s’étirait ainsi en arrêts fréquents.

Enfin nous arrivâmes à la Loire et plus précisément à la cale du passeur, tout juste à proximité du Girouet de l’Unesco. Voilà deux belles occasions de récit ou d’explications. Je leur demandai de s’asseoir par terre, exigence surprenante qui fut malgré tout suivie d’effet. Et là, le miracle eut lieu, le silence enfin se fit et je pus raconter ma Loire.

Le Girouet fut observé. Une petite leçon de français, d’histoire et de physique, le vieil instituteur retrouvait alors ses réflexes. Puis la cale du passeur permit d’évoquer le franchissement de la rivière autrefois, ce métier qui eut cours jusqu’au mitan du vingtième siècle. Une remarque d’un jeune auditeur fit dériver mon programme, il évoqua le pont du diable et je leur servis le conte qui narrait cette légende.

Nous pouvions reprendre le chemin vers la grotte Béraire. Encore un petit kilomètre sous le soleil et au bord de l’eau. Les cygnes attirèrent leur attention, les sternes volaient sans qu’ils les connaissent. Une langue de sable sur l’autre rive me servit de prétexte à une randonnée animalière, un conte avec des retours incessants de situations. Les enfants, assis sur une plate-forme en bois, répondaient à mes questions, anticipaient les étapes. Le public était conquis.

Nous arrivâmes enfin à la fameuse grotte, siège en 511 d’un exploit légendaire. Nous avions le privilège de visiter l’endroit, une gigantesque clef, ouvrant l’accès à ce lieu de culte et de mémoire. Depuis 520, celui qui a terrassé la cruelle et hideuse bête, repose en paix. Au dessus, une église célèbre, elle aussi, l’exploit et la promesse faite par Agilus, en 564, de construire ici, une chapelle en remerciement d’un miracle.

L’histoire religieuse servie, je donnai alors les clefs de ces légendes à mes petits auditeurs, en leur montrant à travers quatre légendes mettant en scène le dragon, comment cette image de la bestialité avait été exploitée. Je contais et ils écoutaient attentivement. Nous étions loin de l'hagiographie chrétienne.

L’heure tournait inexorablement et déjà le moment du retour s’imposait à nous. La troupe ne marchant guère vite. Nous eûmes droit à un voyage plus apaisé, des moments de discussions tout en avançant calmement, des échanges agréables qui contrastaient avec l’énervement de la première partie. Nous croisâmes une ronde de la police municipale. Un des agents s’arrêta pour nous demander ce que nous avions fait. Les enfants lui dirent qu’ils venaient de visiter la grotte et écouter des histoires. Les yeux du fonctionnaire s’illuminèrent et il déclara « J’en ai toujours rêvé ! ». Cette réplique fut prise comme un cadeau par les enfants... C’est avec quinze minutes d’avance que nous rentrâmes à l’école.

Ils eurent le temps de boire puis se retrouvèrent à leur place. Je décidai de leur apprendre une chanson, celle qu’aiment à chanter les classes quand nous avons l’occasion de pénétrer dans une école. Ils adhérèrent spontanément et le refrain fut repris en chœur. Le succès était au rendez-vous. Je n’avais plus qu’à les laisser partir des souvenirs plein la tête.

Quel ne fut pas mon étonnement de constater que dans cette école, ni le directeur ni les autres instituteurs ne vinrent s’enquérir de ce que nous avions fait ni même me saluer. Je comprends mieux la difficulté que j’éprouve à trouver écho à mes propositions de balades contées parmi les enseignants. La curiosité ne semble plus être une valeur cardinale de la profession, j’en suis profondément déçu.

Fort heureusement, Emmanuel, lui avait répondu à ma proposition et avait fait fi des procédures administratives qui découragent les initiatives. Nous avons eu raison et je suis heureux de cette belle expérience. Tant pis pour les autres, ils ne savent pas ce qu’ils perdent !

Pédagogiquement leur.

Vidéo : Patrick Loiseau

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JULLIEN 06/07/2017 13:50

Bonjour,

comment se fait-il que je ne retrouve pas mon commentaire ici ?

Cordialement,

Pascal JULLIEN

C'est Nabum 06/07/2017 14:09

Jullien

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