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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Trait d’union

Pourquoi "tout attaché" s’écrit séparément

alors que "séparément" s’écrit tout attaché ?

Trait d’union

Mot-à-mot et bouche cousue .

 

L'attachement que l'on a parfois pour les mots se passe souvent de traits d'union, de tirets, de guillemets ou bien de parenthèses. Il y a grand péril à distinguer la graphie du sens qui libère les amarres de l'imagination. C'est donc dans le détachement le plus absolu que l'on s'attache pour toujours à la signification des mots et non à leurs habits académiques. Brisons les contraintes et les règles qui les entravent et laissent souvent à-côté du quai ces grands voyageurs qui empruntent fréquemment des mots valises qui eux-mêmes se passent aisément de tout passeport.

L’union fait, nous dit-on la force et ce trait pousse à croire qu’il souhaite marier deux termes qui deviendront indissolublement liés. Méfions-nous cependant de la faiblesse des unions, il y a si fréquemment des contre-temps, des anicroches, des séparations qui brisent le rêve et renvoient les deux termes à leur célibat encyclopédique. La petite accroche provoque bien des anicroches quand elle n’est qu’amuse-gueule passager.

Une ordonnance de non conciliation s’impose pour libérer les uns et les autres. Le juge des affaires lexicales a tant à faire pour démêler le vrai du faux et accorder, après un long bain-marie de macération judiciaire, à la partie laissée, sa juste compensation. La règle juridique se moque des conventions et des nouvelles libertés orthographiques. Ici-même, on se passe aisément d’un accent circonflexe quand le trait demeure une marque essentielle de la richesse de notre langue.

Je sais que l’interrogation supposait une réflexion plus profonde sur les sentiments et les mots qui s’y attachent. Peut-on se passer de trait d’union quand on évoque le tête-à-tête ou bien le bouche-à-bouche quand on se retrouve nez-à-nez avec les tourtereaux ? Les amants jouent à cache-cache, éteignent l’abat-jour et aiment à se donner rendez-vous. Le quant-à-soi est leur refuge tout comme le face-à-face leur posture préférée.

Mais je ne vais pas épiloguer plus longtemps dans un registre qui dépasse largement mes compétences, moi qui ne suis qu’un va-nu-pieds. J’ai besoin d’un vis-à-vis pour exprimer pleinement ma pensée, débattre à brûle-pourpoint avec mon contradicteur. Les mots en tape-à-l’œil, flanqués de tant de traits me laissent pantois. Pourquoi diable ont-ils besoin de se serrer ainsi les coudes s’ils sont certains de leur puissance et de leur attachement ?

Je ne peux me détacher de cette inquiétante question. Faut-il briser la graphie pour libérer l’esprit et les cœurs ? À trop accepter le laisser-aller en matière graphique, on se fourvoie et on se perd en contre-sens. Le trait d’union n’est pas et ne sera jamais un signe passe-partout, il s’insinue quand le besoin d’une complicité se fait impérieux. C’est le hors-d’œuvre d’un futur chef-d’œuvre, le couvre-chef de la fusion sémantique.

Hauts-les cœurs, les amis, acceptons de lier ce qui mérite de l’être et de séparer ceux qui n’ont aucune affinité. Quand le branle-bas de combat est déclenché, il est préférable en la circonstance de s’assurer vraiment de la présence de ce petit signe ou bien l’injonction serait quelque peu équivoque. Le garde-à-vous quant à lui contient en lui-même suffisamment de soumission et d’aliénation pour se priver aisément de cette double entrave.

Je ne parviens pas à me sortir de cette question piège. Je m’égare dans des considérations plus cache-misère que pensées profondes. Ma composition va à vau-l’eau, ce qui, avouons-le, pour un marin d’eau douce semble naturel. L’à-peu-près me conduit à jouer à saute-mouton avec les mots, sans éviter de passer pour un m’as-tu-vu avec mes liaisons absurdes et mes références hors-jeu. Je ne peux m’en tirer que par un tête-à-queue textuel qui me conduira à glisser enfin ce point final qui attestera que je ne suis qu’un tire-au-flanc.

Séparément leur.

Trait d’union

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