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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Un simple coup de froid.

Pauvre Jacques !

Un simple coup de froid.

La France, telle qu'elle est vraiment.

 

Il s’appelait Jacques, un brave monsieur qui ne manquait jamais de saluer ses voisins, de leur accorder quelques minutes pour évoquer la pluie et le beau temps, ses animaux et l’air du temps. Toujours le sourire aux lèvres, homme charmant, il était apprécié de tous. Personne n’avait eu à se plaindre de lui, il faisait partie du décor dans ce quartier paisible.

Il allait à se promener avec son furet, un drôle d’animal de compagnie qui avait fini par être adopté par tous. Une gentille lubie pour ce personnage auquel on ne donnait pas d’âge. De sa vie, il ne disait rien, il gardait pour lui ses chagrins et ses soucis avec cette délicatesse qu’ont ceux qui sont modestes.

Il a fallu qu’il tire sa référence pour que se dévoile un peu la part d’ombre. Jacques n’avait que soixante-dix ans, le pas ferme, le buste droit et la bonne mine. Il était toujours occupé, bricolait dans un aimable désordre, devant ou à l’intérieur de sa petite maison. Sa femme était décédée quatre ans plus tôt, le laissant ainsi seul à tenir son intérieur, sans doute pas avec la même rigueur...

Jacques ne s’en plaignait pas. Il avait la joie de vivre et l’amabilité spontanée. Il ne méritait pas ce qui allait marquer la fin de son existence, personne du reste ne mérite pareille sortie mais désormais dans ce pays, il y a certainement des gens qui échappent à ce genre de désagrément quand cela devient le lot commun de tous les autres.

Jacques, c’est ballot, à la fin du joli mois de mai prit un coup de froid. Il se sentit mal, un peu affaibli, mal en point, patraque comme on dit par ici. Pas de quoi déclencher le plan Orsec mais assez pour appeler son médecin traitant, une démarche rare chez celui qui tenait le choc avec une belle résistance.

Le médecin ne pouvait le recevoir de suite. Le bon généraliste était, comme tous ses confrères, parfaitement débordé. Il lui demanda de passer dans une semaine et en attendant, de prendre soin de lui. C’est ainsi que la maladie doit se montrer : patiente pour des patients qui n’ont que leur mal à prendre en patience. Jacques n’a pas joué le jeu de la surcharge des malades, ce n’est pas très élégant de sa part.

Il a eu la déplorable idée de mourir sans même appeler les urgences. Jacques n’était pas de ces assurés sociaux qui encombrent pour un oui et surtout pour un non, les services de l’hôpital. Il pensait naïvement, comme ce fut le cas toute sa vie d’avant, que le médecin traitant répondait aux petits maux qui viennent agrémenter l’existence. Il se trompait.

Le médecin va très bien, merci pour lui. Les voisins ne comprennent pas qu’on puisse partir avec un simple coup de froid. Mais il faut reconnaître que Jacques n’est ni dignitaire local, ni sportif de haut niveau, ni parlementaire ou bien bourgeois au carnet d’adresses conséquent. Il a agi comme cela s’était toujours fait dans ce pays, en appelant son généraliste. Mais voilà que le temps a changé, que la médecine est une affaire de malades en bonne santé qui savent attendre d’une semaine pour un coup de froid à plus de six mois et souvent d’avantage pour une consultation plus sérieuse.

Ne haussez pas les épaules, ne me traitez pas de menteur. C’est ainsi que ça se déroule désormais dans bon nombre de départements français. Malheur à qui veut se soigner en campagne et dans certaines ville. Jacques est mort de n’être qu’un quidam ordinaire, un pauvre bougre pour lequel il n’est pas besoin de trouver une petite place sur un agenda. Comme il était retraité, voilà une belle économie pour cette économie nationale qui tourne le dos aux simples gens.

Habituez-vous à ce type de nouvelles. Jacques n’est que l’un des innombrables représentants de cette majorité silencieuse, des petits gens, des sans relation ni influence, qui doivent se faire à l’idée que leur existence n’a plus la même valeur que celles des habitants de la capitale, des méridionaux, des notables et des décideurs. Il l’a compris, il a fermé sa porte et attendu la mort sans entraîner de dépenses. On sait qu’il convient de ne plus rien demander dans ce beau pays de France et de ne jamais oublier de payer ses impôts.

Pendant ce temps toute une cohorte de médecins, spécialistes étaient au bord des cours de tennis à Rolland Garros, pour prévenir l’entorse du petit doigt du champion en herbe, un peu de terre battue dans les yeux des spectateurs des loges du premier rang ou bien une vilaine sinusite pour une vedette quelconque invitée sur place pour bénéficier de quelques secondes de télévision. Jacques n’a jamais su prendre la balle au bond, il s’est éteint sans monter au filet ni même au créneau. Dans la discrétion de ceux qui ne sont rien !

Colèrement sien.

"Le service d'urgences à Roland Garros est géré par une boite privée avec de très bon médecins : 9 chirurgiens, 8 urgentistes, 9 échographistes, 2 radiologues pour faire des IRM (sic) 31 kinés , 20 infirmières... pour les joueurs et joueuses et un peu pour le public qui est en pleine forme puisqu'il vient voir les matchs.
À coté les urgences d'Ambroise Paré avec ses 140 passages aux urgences dont 10% très graves: 2 urgentistes seniors, 2 internes, 1 radiologue qui fait tout, 7 infirmières... aujourd hui 10heures d'attente avec des vieux à garder, des fractures à opérer, toute la misère du coin et les blessés de Roland Garros !...
Tellement à l image de la société et des problèmes d'organisation !"
PATRICK PELLOUX Médecin hospitalier urgentiste.

Un simple coup de froid.

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