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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Une question de coup de main.

Sans prendre de gants.

Une question de coup de main.

Le talent d'Achille.

 

Je viens juste d’assister à une scène qui pour moi, s’est déroulée sans parole. J’ai en effet choisi volontairement de ne pas participer à cette mascarade en évitant de me trouver dans le circuit de ce grand fauve que j’ai vu surgir d’un pas décidé, sur notre quai de Loire. Comme tous les chasseurs, l’homme savait qu’en arrivant précisément à l’heure où le gibier se met à l'apéritif, il était certain de réussir son coup.

J’avoue tout de même ma surprise de voir ce prédateur agir sur des terres qui ne sont plus siennes. Les hasard des mouvements des rapaces locaux et des charognards de son espèce a voulu que désormais, il aspire à œuvrer sur l’autre rive. Mais sait-on jamais, il y avait peut-être là, quelques futures proies susceptibles de remplir sa gibecière.

Le Balbuzard pêcheur de voix fonça droit au centre de la mare, la grande cruche qui servait de réservoir. Ce n’était pas une stratégie innocente, il trouva là, l’animal dominant de cette zone qu’il convenait de saluer en premier. Puis, systématiquement, scrupuleusement, il passa en revue tous les autres individus en âge de voter, leur donnant un joli coup de la patte antérieure pour leur signifier son passage.

Il ne perdait pas de temps en vaines parades ni même en grands discours - ce qui est préférable dans son cas - le petit coup de main suffisait à exprimer l'inépuisable pensée de ce personnage dont j’aime tant me moquer. Ici il distribue des poignées de mains aussi facilement qu’il accorde des subventions plus que généreuses à quelques relations intimes. La poignée a ceci de remarquable c’est qu’elle ne coûte rien au contribuable. Curieusement même, devant la vacuité du personnage, les chalands semblaient plutôt flattés de cet honneur considérable qui leur était fait.

Je riais sous cape car notre chasseur de voix fit un tour exhaustif de toutes les cachettes, tanières et clairières de l’endroit. Pas un présent n’échappa à son salut seigneurial à l’exception de celui qui vous narre cette parade électorale. – vous reconnaîtrez là mon côté parfaitement désobligeant à l’égard de ceux qui se pensent puissants et ne sont à vrai dire rien qui vaille. Je dus même à un moment lui tourner le dos pour éviter qu’il fonde sur moi comme sur tous les autres.

Il remarqua qu’il se trouvait des postes dispersés qu’il convenait également de visiter. La démarche était ferme, la poignée de main appliquée, l’expression réduite au minimum pour ne pas « pâter en chemin » comme on dit par chez nous. Il trouva même le moyen d’aller fureter dans l’arrière cuisine et prit le temps d’attendre la fin d’une chanson pour accorder au groupe vocal son salut amical. Il leur certifia même avoir écouté tous leurs disques, eux qui n’en ont sorti qu’un seul pour l’instant. Le ridicule fort heureusement ne tue pas ce genre de notable imbu de sa pourtant si modeste personne.

Du grand art, je dois l’avouer car le tout ne lui prit guère plus de dix minutes avec à son tableau de chasse, plus d’une centaine de prises. Ne s’égarant ni en conciliabules ni en propos de circonstances, il menait au pas de course son exaltante mission. Il se dissimula derrière un abri discret pour répondre à un appel ; il y allait sans doute d’un secret d’état puis revint finir sa ronde victorieuse.

Le plus étonnant c’est qu’il n’oublia personne à l’exception du narrateur quand, s’en allant d’un pas décidé et conquérant vers un nouveau terrain, il passa à moins d’un mètre de ce personnage qui feignait de l’ignorer. Il ne se hasarda pas à tenter le diable et mon ami Louis-Philippe s’en alla serrer la pogne de nouvelles bonnes poires en m’épargnant ce déplaisir.

Je ne lui savais jusqu’alors aucun talent. C’est que je n’avais jamais observé l’animal dans son exercice préféré. J’avoue avoir vu un numéro de virtuose, un véritable exercice de mémorisation et de traque. Il ne revint jamais deux fois serrer la même main et ratissa de manière systématiquement le territoire de chasse. Du grand art en effet, le seul sans doute qui soit dans sa panoplie de petit baron local.

Il pouvait s’en aller heureux. Il avait certainement engrangé quelques voix rien que pour avoir transmis ainsi à tous les présents toute une série de mycoses et autres bactéries qui ne manqueront pas de se développer par son entremise. L’homme ne prend pas de gants, c’est fort dommage, d’autant qu’ici, ses proies allaient passer à table et que la contamination risquait de se développer.

Manuellement sien.

Une question de coup de main.

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