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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Au bout du rouleau.

Ce n’est pas de la tarte !

Au bout du rouleau.

Je vous attends à Mauves sur Loire.
 

Je suis au bout du rouleau. La belle affaire que voilà. Il m’appartient de faire le point pour savoir où j’en suis et j’avoue que ce n’est pas de la tarte. Tout d’abord de quel rouleau est-il question ? Si j’en crois mon état ; je suis à plat, fourbu, ce ne peut être que celui du pâtissier. Me voilà donc au bord du four, à deux pas de la cuisson ou bien en grand danger d’être englouti par une énorme bouche vorace.

Mais peut-on penser que les choses soient si simples ? Ce rouleau n’est-il pas celui du compresseur, celui qui écrase tout sur son passage, cherchant à aplanir la route, supprimant les dos d’âne et les nids de poules. Si tel est le cas, je suis en grand danger de déliquescence totale. Je vais me fondre dans le paysage ambiant, disparaître à jamais avec mes aspérités et mes failles.

Que faudrait-il alors pour me remonter le moral, me regonfler un peu, me redonner un peu de consistance et de formes ? Le coup de pompe n’est guère recommandé, il ne ferait qu’amplifier le phénomène en dépit d’une troublante coïncidence sémantique. C’est sans doute lui qui m’a mené en cet état indéterminé que je m’échine à définir. Prenons garde à ne pas tomber plus bas !

Et si ce rouleau était un de ceux de mon enfance ? Ma mère, tapissière, recevait ses tissus sur ces fameux rouleaux en carton rigide et creux qui, une fois débarrassés de leur contenus, se faisaient pour moi, les plus fidèles compagnons de jeu. Ils devenaient alors, corne de brune, haut-parleur, épée, cor des Alpes Suisses, roulette pour jeu d’équilibre.

Je n’ai eu de cesse d’inventer, de découper, d’assembler ces rouleaux qui me permettaient de jouer et d’imaginer sans cesse des situations différentes. J’attendais avec impatience leur libération, je savais ceux qui, plus épais, allaient m’ouvrir de nouveaux horizons. C’était un temps où l’imaginaire était encore un terrain intarissable de jeux en solitaire. Si me voilà au bout de l’un de ces merveilleux rouleaux, vais-je retomber en enfance ?

Ou bien je suis, à force d’évoquer les marins, au bout d’un rouleau océanique qui va me fracasser contre un récif. Pour l’heure, je suis au creux de la vague, épuisé et ballotté en tous sens par une mer en furie. Puis le moment fatal advenu, je suis aspiré à la surface, je me retrouve tout en haut de ce flot impétueux juste avant de connaître la dureté du granit et disparaître à jamais.

Si cet épilogue est enviable pour un Breton, quelle triste fin pour un gars de Loire. Je veux m’engloutir dans l’eau douce à mon cœur. Le sel va une fois encore creuser mes plaies, réclamer cette gabelle qui m’a vu naître, puisque j’ai vu le jour dans un grenier à Sel. C’est donc une fois encore, l’Ankou qui vient chercher ce démon qui se moque des légendes. La fin des haricots en somme pour un équilibriste sur son fil de mots.

Il y a de quoi se faire des cheveux ou se les arracher. Mais j’y pense soudainement, les rouleaux ne seraient-ils pas les bigoudis de la mise en plis. À force de mettre en boîte les autres, de les défriser par mes attaques oiseuses, mes billets assassins qui coupent le plus souvent les cheveux en quatre, j’hérite de la juste pénitence pour tous mes forfaits. Ma tête ne leur convient pas, ils vont se l’offrir sur un plateau …

Je suis soulagé, le plateau est l’exact contraire du rouleau. Je me suis fourvoyé et je peux renoncer à cette interprétation échevelée. C’est sans doute le rouleau de la machine à écrire qui est à bout. Il ne parvient plus à suivre mon rythme obsessionnel. Il se refuse d’entraîner de nouvelles feuilles blanches et de les exposer à ma frappe délirante. Ce sont les autres qui sont au bout du rouleau, excédés de tant de textes plats, creux, vides, informes.

Je suis au bout du rouleau, celui qui brise et écrase les mottes de terre. Quand il sera passé, les graines pourront germer à nouveau. Il est temps de retrouver un peu d’énergie et de reprendre le chemin des mots. Ce n’était qu’un mauvais rêve, une sieste qui s’est prolongée pour retrouver force et rage. Je vais désormais écrire sur des rouleaux de papyrus, c’est là l’interprétation la plus sage de ce cauchemar qui finit par tourner en rond. Je retourne à mon calame ...

Cylindriquement vôtre.

Au bout du rouleau.

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Claude Olivier 01/07/2017 12:20

Un petit tour sur un nuage en rouleau peut-être ? Prendre de la hauteur, satisfaire une "envie d'ailleurs", et puis "retourner, plein d'usage et raison..." déguster quelques rouleaux de printemps arrosés - et pourquoi pas ? - d'un petit vin de Loire. Le mélange des genres est à la mode après tout !
Quant à vos "textes plats, creux, vides, informes", j'en redemande. C'est mon petit délice du matin (ou de tout autre heure si la vie m'a entraînée ailleurs au lever du jour). Et je ne suis pas la seule à les déguster, en entrée du jour, en plat de résistance ou en dessert ! Ne nous en privez pas !
Amicalement vôtre :-)

L. Hatem 01/07/2017 08:06

Vos billets sont tout sauf creux et vides...

Je cru que vous étiez au bout du rouleau lorsque vous étiez encore enseignant... pas aujourd'hui !

Et lorsqu'on affiche en haut en bas de son billet de si belles aquarelles, on devrait au moins les identifier.
Bon WE à vous.

C'est Nabum 01/07/2017 08:29

L Hatem

Je suis négligent sur ce point
Google peintres de Loire

Tout va bien à ce dértail près