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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le bec dans le champagne

La magie opère autrement.

Le bec dans le champagne

L'habit fait le rêve
 

Il était une fois un vieux conteur qui avait en charge de jeunes enfants, confiés à sa garde par des nièces inconséquentes et imprudentes. Le vieux fou leur racontait des histoires, cherchant à leur faire croire, qu’avec la magie d’une formule magique, il était possible de transformer un gentil garçon en vilain crapaud ou une charmante jeune fille en sirène. Les temps ont changé, les enfants souriaient malicieusement devant les balivernes du grand tonton.

Le pauvre en avait conclu que le pouvoir des mots s’était usé au contact d’une modernité impitoyable pour les baladins de son espèce. Il devait accepter cette terrible déchéance et ne plus croire que les métamorphoses demeurent possibles. « Pauvre Ovide ! », pensait ainsi celui qui ne faisait que courir vainement après ce géant de la fable.

Quand tout bascula au détour d’une visite. Là où nous étions en villégiature, une exposition d’artistes régionaux était proposée à l’éventuelle curiosité du touriste balnéaire. Dans la foule innombrable des vacanciers, il en est toujours de plus curieux qui franchissent la porte et acceptent de perdre quelques précieuses minutes de soleil pour un peu de culture.

Cette semaine-là, une association d’artistes proposait des tableaux, des poteries, des bijoux, des bois flottés et autres vêtements originaux pour enfants. Du travail d’amateurs certainement, certains beaucoup plus éclairés que d’autres et quelques petites pépites issues de la magie d’un curieux phénomène qu’on nomme création. Le plaisir est dans pareil cas plus encore dans la conversation avec les artistes que dans l’observation silencieuse de leur travail.

La petite fille qui ne croyait plus à la magie et aux sirènes se précipita vers une robe, harmonieusement composée par Mademoiselle Petipois. Un modèle unique, simple, coloré, de fort bel équilibre dans un coton magnifique. La jeune demoiselle sans regarder les autres, enfila une robe et ne voulut plus la quitter. Dans l’instant, elle s’était métamorphosée en fée à moins que ce ne fut en Princesse de légende. Là où mes mots avaient échoué, un simple vêtement produisit la métamorphose espérée.

J’en étais là de mes macérations intérieures, quand je me souvins d’un épisode, la veille au même endroit. J’avais voulu découvrir l’exposition et sa porte en était close. Devant, une femme attendait, nous engageâmes la conversation. Valérie est exposante, elle travaille la terre de différentes manières. Elle m’a expliqué son travail avec passion, ses recherches dans des techniques ancestrales comme la coloration à la cire d’abeille ou bien des procédés venus de Chine.

J’écoutais, quelque peu dépassé par l’abondance des détails mais fasciné par le désir de transmettre quand un autre femme, une retraitée vint à notre rencontre et se mêla de la conversation. La dame prenait justement des cours de poteries, la discussion bascula totalement dans un monde de techniciens. Je n’avais plus ma place dans ce monde d’initiées.

Par contre, j’observais chez cette femme à l’écoute, la même transformation que je vis chez la petite fille le lendemain. Sur le coup, je n’y avais pas pris garde mais cela me revint en mémoire. Plus les détails s’accumulaient, plus les conseils lui étaient transmis plus cette brave dame se sentait pousser des ailes par la magie de la volonté de transmettre de l’artiste. J’ai même pensé qu’elle aurait des doigts de fée par cette simple rencontre.

Il suffit de peu de choses pour que basculent des représentations. Si ces mots n’y étaient pas parvenus, les œuvres et leurs descriptions passionnées y parvenaient fort bien. Cela remettait le diseur à sa place, il n’avait plus qu’à coucher sur le papier ce qu’il avait observé. Ce qui fut fait sur le livre d’or des artistes. L’une d’entre-elles m’invita au vernissage qui se déroulait le soir même. Je consentis à venir y raconter cet épisode à ma manière emphatique qui énerve tant la joyeuse bande de mes détracteurs sur la toile.

Ceux-là devront être heureux de l’épilogue de l’affaire. L’heure du vernissage était largement dépassée. Les artistes attendaient encore les autorités et les notables, ceux-là même dont l’importance se mesure au retard qu’elles s’autorisent. Je piaffais d’impatience, surtout sans doute d’avoir enfin une coupe de champagne dans le bec. Puis devant tant de mondanité exaspérante et dans une attente qui se prolongeait indéfiniment, je partis sans rien dire. Inexorablement ma métamorphose personnelle me pousse à être le malotru de service, Ovide en sourit encore !

Métamorphosement leur.

http://mllepetipois.fr/

Le bec dans le champagne

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