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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les tics de langage

La dernière correction.

Les tics de langage

Bon à tirer...
 

L’aventure du roman à quatre mains n’en finit pas de se prolonger, pour notre plus grand plaisir. Sans cesse, il convient de remettre l’ouvrage sur le métier pour débusquer les fautes de frappe – euphémisme commode pour qualifier nos inévitables et déplorables écarts orthographiques – tout autant que les redondances, répétitions, lourdeurs et manies qui encombrent une écriture au long cours.

L’épreuve est redoutable pour celui qui découvre alors horrifié ses tics de langage, des mots qui reviennent sans cesse sous la plume, perdant ainsi toute valeur et tout charme. Je vous fais grâce de leur nombre, il est simplement hallucinant. Pauvres premiers lecteurs qui eurent à subir cette ribambelle scabreuse de tendrement et de délicatement pour ne citer que ces deux récifs sur notre océan de mots qui s'amoncelèrent au risque du ridicule et du naufrage.

Vous saviez naturellement ma déplorable assuétude à l’adverbe, celui-là même que les véritables écrivains modernes se plaisent à éradiquer de leurs écrits. J’ai la prétention de défendre les espèces en voie de disparition, l’adverbe tout comme l’adjectif qualificatif sont de celles-ci. L’usage les a ravalés au rang d’encombrants témoins d’un style ampoulé quand l’écrit doit désormais gagner en fluidité, rapidité, simplicité et efficacité selon des dogmes propres à un créole universel.

Les nouveaux pragmatiques du clavier se passent aisément de la nuance ou bien de la coloration, de la description ou encore de l’ambiance qu’apportent ces deux éléments à la si bonne nature. Que j’en use à l’excès n’est pas une raison pour les éradiquer sans pitié. Mais que ce « tendrement » a appesanti mon propos, revenant sans cesse sous ma plume, faute sans doute, de parvenir à exprimer les sentiments autrement que par son truchement.

Son homologue « délicatement » démontre à l’évidence que c’est avec des gros sabots que j’ai emprunté les traces de ma collègue Nadine, qui est, quant à elle bien plus à l’aise pour décrire l’amour, la passion, le plaisir. Cet exercice mutuel de la double rédaction a mis en lumière les invraisemblables manies d’un écriveur maladroit en mal d’imagination. L’impitoyable traque de ma camarade fut salutaire, elle me poussa à me rendre à l’évidence, je manque cruellement de subtilité dans l’écriture.

Il a fallu élaguer, couper, tailler, retirer, transformer, alléger, aérer. La correction fut une chasse sans pitié pour ces mots qui reviennent sans cesse, ces termes qui sont devenus des réflexes lamentables. Je découvre avec effroi que la longueur d’un roman met en lumière ce qui ne se voit que faiblement dans une chronique quotidienne.

Quatre cents pages avec un adverbe qui surgit régulièrement, inexorablement, épouvantablement à tout propos en trop de circonstances et voilà que s’effondre le mythe du style maîtrisé. Je ne suis qu’un tâcheron que délicatement ma patiente associée remet sur le droit chemin. Elle surligne les intrus, les dénonce à ma cécité confortable, moi qui me refuse à voir mes travers et mes manies.

La chasse aura-t-elle été suffisante ? Ce n’est qu’en lisant le roman que vous ferez votre opinion, vous qui aurez désormais la clef de la lecture. Vous comptabiliserez les adverbes rescapés ceux qui ont échappé à sa vindicte. Vous plaindrez alors le malheureux éditeur qui, à de multiples reprises, reçut des versions à modifier. Il lui a fallu de la patience pour supporter ce duo d’écrivains incertains qui conjuguaient leurs différences.

Il y a sans doute matière à être fiers du résultat final. La complémentarité a fini par donner un résultat acceptable. Il vous restera à attendre septembre pour découvrir cet étrange objet qui durant dix-huit mois, mobilisa nos énergies, nos inquiétudes, nos interrogations, nos doutes, nos exaspérations et nos espoirs.

Délicatement, nos doigts se glissèrent tendrement sur le clavier pour donner la vie à ce récit, prochainement à paraître. Tendrement, l’adverbe se plut à décrire ce que je ne savais pas exprimer délicatement. Nonobstant ces fautes de jeunesse, faites donc bon accueil à notre règlement de conte sur la Loire, c’est tout ce que nous espérons.

Écrit-vainement vôtre.

 

Les tics de langage

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L. Hatem 09/07/2017 05:12

400 pages... de nuances de gris ???

C'est Nabum 09/07/2017 06:53

L Hatem

Si ce ne sont que des nuances de gris ce serait contre mon grès !

kakashi 05/07/2017 12:05

Je ne sais plus s'il s'agit de " La carte et le territoire" ou "Soumission", mais dans l'un des deux Houellebecq réhabilite "furtivement" l'usage de l'adverbe, notamment celui dont je viens d'user.
L'adverbe alourdi la phrase, son utilisation doit se dissoudre dans le roman, ça et là, avec parcimonie, à dessein d'appuyer un propos.

C'est Nabum 06/07/2017 07:10

Kakashi

Parcimonie n'a jamais été mon ami, les adverves sont mes compagnons de doute