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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le plan « Communication »

Je tombe des nues.

Le plan « Communication »

"Règlement de Conte sur la Loire"

 

L’art et la manière de faire savoir se nomme parait-il « Plan communication ! » Les mots en la matière doivent le plus souvent être coupés, abrégés ou bien en anglais. Vous devez imaginer que je me sens dans ces conditions aussi à l’aise qu’un poisson sur la plus haute branche d’un arbre. Il me faut faire bonne figure quand ma collègue d’écriture se lance ainsi dans des explications que je peine à intégrer.

Autre nouveauté pour moi, cette nécessité de développer un plan de bataille pour vendre un livre. C’est mon troisième enfant mais pour les deux premiers, je n’ai pas eu le sentiment d’avoir participé à une telle stratégie de contournement, encerclement, conquête des médias et des institutions. Il est vrai que pour mes pauvres bonimenteries, le fiasco fut retentissant avec un silence des médias locaux assourdissants. La faute à qui ? Je commence à avoir quelques doutes sur la générale en chef de l’époque.

Je découvre avec stupeur qu’il convient d’informer ceux dont le métier est précisément de le faire. Plus encore, il est impératif de leur faciliter la tâche et même de mâcher si bien le travail qu’ils n’ont plus grand chose à faire. Moi qui avais l’incroyable prétention que mon livre fût lu pour bénéficier d’un article ou d’un interview, je comprends qu’il n’en est rien. Un bon résumé, quelques petits extraits et surtout les matériaux pour construire un article qui paraisse intelligent suffiront au bonheur des professionnels de la synthèse.

Il m’a fallu collaborer avec une femme de radio pour découvrir que les mots ne sont rien s’ils ne sont pas enveloppés dans des images, des vidéos, des anecdotes, des portraits qui n’ont rien à voir avec le livre en question. L’enveloppe prime sur les mots, une belle photographie assurant alors un succès d’estime puisque l’auteur est jugé sur sa bonne mine et non sur son style, qui ne touche que quelques spécialistes archaïques. Je comprends mieux le succès de certains confrères qui vendent du vent à longueur de colonne mais qui portent fort beau.

Je me plie donc aux exigences de ma collègue, supporte sans trop broncher mais pas sans ronchonner, une séance photo que notre ami et néanmoins illustrateur a bien voulu nous proposer. La pause, la posture pour avoir l’air intelligent à défaut de jouer les jeunes premiers. Je crains qu’en dépit du talent de notre Pirate, la mission soit impossible. Mais bon, puisque c’est le plan Com, autant s’y vouer corps et âme.

Le béret sur la tête, les pieds nus et la bourriche sur le côté, me voilà facilement estampillable : « Auteur régionaliste ! » à moins que des esprits plus taquins ne me pensent Benêt ou bien Bredin. Qu’importe puisque le but est de faire parler de soi, en bien de préférence même si la moquerie est, elle aussi, porteuse. Je choisis donc le côté grand Guignol qui me va si bien et colle au personnage qui se produit sur scène. Les vaches sont bien gardées quand on n’est pas surpris par le comportement du chien de berger !

Pour un livre, il convient donc de proposer des images, des photos entourées de mots simples, directs, facilement compréhensibles. Le texte doit être court, lapidaire, même si cet adjectif est à proscrire, m’explique ma collègue. Je ne parviens pas toujours à saisir pourquoi obsolète et muscadin sont des termes à éviter dans ce genre de communication. Le poids des mots est sans doute moins tangible que celui des images.

Pire que tout, je dois baisser pavillon tricolore en tolérant dans le dossier de presse des mots anglophones qui me font frémir d’effroi. La modernité de la démarche se passera aisément de mes réticences, mes cris de vierge effarouchée par des mots venus d’ailleurs. Je dois tout autant en rabattre un peu, garder le propos mielleux et le sourire de magazine. Il ne va pas être facile pour moi de mettre mon mouchoir dans ma poche ou pire, encore accepter de parler de notre livre en trente-quatre secondes, entre deux spots de publicité. Je suis pris dans les filets des grands communicants, gens de peu d’éloquence mais si pragmatiques et performants.

Je m’offre ce petit billet en guise de compensation secrète, de cautère sur la langue de bois que je vais devoir appliquer pour satisfaire aux besoins de l’objectif. Je sais que ma camarade veillera au grain et sera toute disposée à me gratifier de virulents coups de coude ou bien de pied si elle sent venir le dérapage, le terme abscons, la tirade ampoulée ou bien le propos acide. Elle saura me remettre dans le droit chemin de la communication acidulée ou mieux encore, me couper la parole pour sauver les meubles et nos ventes.

Je me prépare à cette rude épreuve avec confiance et bonnes intentions. Je promets d’être sage, poli, courtois, compréhensible, disert mais pas trop. Tout à fait moi en somme. Fort heureusement dame Nadine est quant à elle, bien plus à l’aise dans cet univers et même si, là je la fais passer, dans cette farce, pour un effroyable dragon, une harpie, une directrice de conscience sourcilleuse et sévère, elle se montrera comme souvent charmante et bienveillante pour me pousser à ne pas jouer le Caliméro de service ou bien pire encore, l’éléphant dans la rotative. Tout sera donc parfait dans le plus parfait des univers médiatiques.

Communicativement leur.

 

Le plan « Communication »

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