Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La Langrote Verte

Avoir tous les jours vingt ans.

Photographie Dominique Dubois

Photographie Dominique Dubois

Mes contes du Festival de Loire 2017

La Charente

 

Le Bandiat est un affluent de la Tardoire qui elle-même se jette dans la Charente. C’est sur les rives de cette étrange petite rivière que se murmure encore une bien curieuse histoire. Conte ou légende, qu’importe, elle mérite qu’on s’y attarde et qu’on plonge dans le mystère de la forêt de la Braconne. Nous sommes entre Angoulême et La Rochefoucault et pour ce récit, il n’y a pas de lézard mais une belle Langrote verte.

Il était une fois une charmante princesse qui avait eu le malheur de croiser la route de l’effroyable Largigoul, ce monstre à treize têtes qui semait la terreur sur le plateau qui domine La Bandiat et qu’on appelait en ce temps-là « La Montagne ». Toutes les têtes de l’abominable monstre voulaient embrasser à la fois, la belle Élina, fille du roi d’Aunis et de la gentille fée de La Braconne. La princesse se refusa à ces ignobles baisers et encourut alors la malédiction de Largigoul.

Fort de son pouvoir, supérieur à celui de la fée, il transforma la pauvrette en un lézard vert, la Langrote qu’il plongea dans les profondeurs d’un effroyable puits, dominant son repère. Elle était condamnée à y vivre le reste du temps. Non loin de là un brave couple de fermiers eut un fils qui naquit si chétif qu’il fallut l’entourer de coton et le laisser à la protection de l’âtre de la cheminée. Il était malingre et sans le secours de la magie, sa vie ne tenait plus qu’à un fil. Le brave Julde, c’était le nom du père de Lucas voyant son épouse dans le désespoir s’en alla dans la forêt à la recherche de la fée Braconne.

Trouver une fée n’est pas chose aisée. La dame se refusait à la vue des humains, elle se souvenait encore qu’elle avait été séduite par le roi et que celui-ci l’avait abandonnée juste après la naissance de sa fille, sa chère Élina dont elle n’avait plus aucune nouvelle. Le pauvre Julde appela, cria, gémit et finit par fondre en larmes au milieu des bois. Il avait supplié la fée de lui venir en aide et celle-ci était restée sourde à ses appels.

À bout de force et d’espoir, il leva les yeux au ciel qu’il entrevoyait tout juste à travers les hautes branches des chênes et déclara : « Mon petit Lucas épousera la Langrote si un miracle lui donne assez de force pour arriver à l’âge adulte ! » C’est à ce moment que des profondeurs d’une fosse, la fée La Braconne vint vers lui et lui promit la vie de son fils.

La fée tint parole en dépit de son immense chagrin de mère. Le petit Lucas grandit et devint un robuste jeune homme oubliant qu’il avait été si chétif à la naissance. Il aimait à arpenter les bords du Brandiat tout comme à se promener au plus profond de la forêt. Il se dit qu’il y rencontrait fréquemment la fée qui s’était prise d’affection pour ce gamin.

Juste à la veille de ses vingt ans, la fée lui raconta alors le secret qui pesait sur lui. Lucas écouta cette histoire que ses parents avaient toujours gardée secrète, son père regrettant souvent cette promesse absurde. La Braconne lui expliqua que cette promesse était accompagnée d’une épreuve que n’avait pas imaginée son brave père, il lui faudrait avant d’épouser la Langrote, tuer celui qui l’avait ensorcelée, le terrible monstre à treize têtes et avant cela ??deux autres périls.

Lucas ne recula pas devant l’épreuve ni même la peu engageante perspective d’épouser un lézard. Pour lui, une promesse se respectait d’autant plus qu’elle avait justifié sa survie miraculeuse. Par amour pour ses parents et par égard pour la fée qui s’était engagée pour lui, il se mit en chemin, s’armant de son courage et d’une fourche à foin. Les paysans d’alors ne disposaient pas d’armes et devaient se défendre ou se révolter avec les pauvres outils de la ferme.

Atteindre le repère de Largigoul n’était pas une mince expédition. Il avait sur sa route des épreuves redoutables. Il lui fallut tout d’abord vaincre la sorcière Cheta, celle-là même qui avait aidé le roi d’Aunis à enlever sa fille à la fée. Lucas avait demandé conseil à la couleuvre qui lui souffla une ruse dont elle était la gardienne. C’est ainsi qu’il dit gros mensonge à la mauvaise femme. Alors qu’elle lui demandait ce qu’il venait faire dans son domaine, il lui raconta qu’il recherchait La Braconne et sa fille, car le roi avait libéré la princesse.

Photographie Dominique Dubois

Photographie Dominique Dubois

La Cheta furieuse que son complice ait dérogé à sa promesse, partit sur le champ demander des comptes au roi en personne. Il laissa donc le passage à Lucas qui riait sous cape de s’être ainsi si facilement joué d’une sorcière. Ce qui se passa au château, nul ne le sut exactement mais ce qui est certain c’est que la Cheta finit son éternité dans un cachot de basse fosse.

Lucas avait encore un autre défi à surmonter sur son chemin. L’Ogre Cagouet s'interposerait entre lui et les contreforts du repère de Largigoul. Ce sinistre personnage était réputé dans toute la vallée pour son appétit démesuré. Chaque jour, il dévorait un mouton qu’il volait aux malheureux bergers du secteur. À défaut de mouton, c’était le berger ou bien la bergère qui tombaient sous ses crocs acérés.

Lucas savait tout ça car son amie la Chouette, la prêtresse de la sagesse, lui avait enseigné l’histoire de dragon de la Vestule. Le garçon s’empara donc d’un mouton qu’il tua et il farcit à sa manière le futur plat de l’Ogre de magnifiques baies de Belladone et de merveilleuses plantes odorantes. Le goinfre, alléché par le fumet de ce que lui apportait le jeune homme dévora sur le champ le mouton farci et mourut de terribles convulsions tandis que l’intrépide poursuivait sa route.

C’était désormais l’épreuve finale. Ni la ruse ni la sagesse ne parviendrait à vaincre celui qu’il allait affronter. Il lui fallut deux longues heures d’escalade pour gravir les flancs de la montagne et déboucher sur le plateau. Fort heureusement, la nature et sa bonne fée sans doute, lui avaient donné une robuste nature et une résistance à toute épreuve. C’est donc sans être épuisé qu’il se trouva face à ce monstre hideux. Celui-ci n’avait guère l’habitude qu’on vint perturber son repère et était disposé à fondre sur l’importun.

Lucas avait un troisième ami, le Loup, celui qui lui avait enseigné la force et le courage. Il ne pouvait vaincre Largigoul avec ses seules forces. Il comptait encore sur la couleuvre et la Chouette pour aider le loup dans les diversions qui s’avéreraient nécessaires. C’est donc avec eux que débuta ce combat singulier. Les anges gardiens de Lucas s’évertuaient à distraire toutes les têtes à l’exception d’une seule que Lucas s’empressait d’attaquer aux yeux avec les pointes de sa fourche.

Ce ne fut pas facile, à plusieurs occasions, le garçon manqua de tomber sur les coups de gueule du fauve, mais poussé par ses compagnons et la promesse faite à la bonne fée, il réussit à treize reprises à aveugler le monstre. Celui-ci n’y voyant plus rien et fou de douleur se précipita à l’aveugle vers le rebord de son plateau. Il plongea ainsi dans le Brandiat et sa chute provoqua un gouffre si profond que les eaux de la rivière disparurent dans le secret de la terre. aujourd’hui encore, ce gouffre existe et l’on peut l’admirer tout près du hameau de Montgourmard.

Débarrassé de tous ces fâcheux, Lucas put enfin atteindre le puits de Nanteuil. Il y attrapa la Langrote et pour tenir la promesse de son brave père, lui déposa un doux baiser sur le museau en signe de son union. Aussitôt la Langrote cessa d’être un lézard vert et redevint dans l’instant la belle Élina qui se jeta au cou de son sauveur.

Dans l’instant, mu sans doute par une intuition féminine tout autant que par l’instinct maternel, la fée La Braconne surgit elle aussi. La Couleuvre fut choisie comme témoin de mariage de la princesse, la Chouette désignée pour assister Lucas et c’est le Loup qui célébra ce mariage magnifique sous les larmes de joie de la gentille fée et des époux..

Lucas et Élina ne se soucièrent pas de rejoindre le roi d’Aunis, ce méchant père, et coulent toujours des jours heureux sur les rives de la Brandiat près du petit bourg des Rassats. La fée leur offrit le plus beau cadeau qui puisse être. Ce n’est ni la gloire ni la richesse, elle leur accorda la jeunesse éternelle. Ils auront toute leur vie vingt ans et il se peut que vous les croisiez parfois, s’aimant merveilleusement au bord de la rivière. Ne les dérangez pas, vous pourriez réveiller de vieux démons. Tournez la tête et passez votre chemin, ils s’aiment et rien ne doit jamais venir entraver ce bonheur sans égal.

Éternellement leur.

Photographie Dominique Dubois

Photographie Dominique Dubois

Photographie Dominique Dubois

Consultez sa page

http://www.des-tours-de-france.com/2015/05/promenade-en-bords-de-loire-le-lezard.html#.WbTN7IoaR0J

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article