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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le dragon de l’Èbre

La Fête des amoureux et du livre.

Le dragon de l’Èbre

L'Èbre, invité d'honneur

Le dragon de l’Èbre

Spécial Festival de Loire
 

Chaque rivière qui se respecte a eu quelque part sur ses rives un dragon qui sema la terreur avant que de fédérer le bon peuple autour d’une belle histoire. L’Èbre n’échappe pas à cet incontournable des récits d’autrefois et la présence du monstre atteste immanquablement l’importance qu’avait la voie d’eau pour les gens du cru. Prenons donc la peine de porter nos pas en Catalogne.

Il était une fois une bête terrifiante qui se plaisait à semer l’effroi sur les bords de l’Èbre dans une principauté qui se nommait Montblanc. Le dragon, puisque c’en était un, de la pire espèce, se repaissait chaque jour d’une pauvre victime, un être de chair et de sang qu’il fallait porter à celui qui ne se donnait même pas la peine de chasser ses proies.

Pour satisfaire le cossard, dans la principauté, chaque jour, un tirage au sort macabre désignait celui ou celle qui allait succomber pour la tranquillité de tous. La coutume peut paraître barbare à nos yeux mais qui n’a jamais eu de dragon comme voisin ne peut comprendre les tourments que procure une telle fréquentation. Le mauvais sort pour l’un et la tranquillité pour tous les autres, ainsi allait la vie en ce temps-là.

Mais voilà qu’un jour, le funeste hasard, désigna la fille du roi. Dans la communauté se fut la consternation, en haut lieu on s’étonna que des règles dérogatoires n’aient pas été envisagées au préalable. Mais il était trop tard pour faire machine arrière, la terrible mécanique du sacrifice allait se mettre en place même si la Princesse, était comme il se doit toujours en pareil cas, belle comme un ange.

Les larmes coulaient à flots dans la principauté sans que cela ne perturbe nullement le dragon qui attendait sa pitance. Que ce jour lui fut livré le plus délicat et le plus précieux des mets ne semblait nullement perturber l’animal qui en matière de gastronomie n’avait aucun savoir-vivre. C’est à ce genre de détail qu’on comprend pourquoi l’espèce a cessé de nous importuner sur nos rivières et dans nos montagnes.

Mais revenons à notre dragon qui attendait son petit déjeuner. Le roi était au plus mal, il allait perdre sa fille, son trésor et sa raison de vivre. Il était à se lamenter ainsi dans sa belle demeure quand un preux chevalier se présenta à lui. Non seulement le noble guerrier avait eu vent du drame qui se nouait là mais qui plus est, le destin l’avait conduit précisément dans la principauté ce jour-là. Les scénaristes de l’époque ne différent guère de ceux de nos jours, aimant à nouer les fils du destin de manière surprenante.

Le brave d’entre les braves se prénommait Jordi et c’est armé de son seul courage et d’une épée qu’il alla affronter le terrifiant animal. En s’offrant ainsi en sacrifice, il épargnait la vie de la belle princesse éperdue d’inquiétude pour celui qui était déjà héraut à moins qu’il ne fut son héros. Elle pria de toutes ses forces pour lui venir en aide, lui apportant le précieux secours d’une foi naissante.

Poussé par l’amour, le sens du devoir, le soutien céleste, Jordi se lança dans un combat à mort contre le dragon. La bataille fut gigantesque, les coups pleuvaient de toutes parts ; d’épées d’un côté, de griffes et de flammes de l’autre. Jordi devait disposer d’une armure ignifugée, la légende ne le précise pas, à moins qu’il ne se soit préalablement trempé dans les eaux salvatrices de l’Èbre.

Toujours est-il qu’au terme d’un combat dantesque, le dragon roula dans la poussière, abattu par le bras vengeur de Jordi. La bête agonisait, elle perdait son sang qui coulait dans les derniers soubresauts d’une vie consacrée à la terreur et à la voracité. C’est alorsde ce sang impur et exécré, que la terre de Catalogne se gorgea pour faire naître dans l’instant, un somptueux rosier de fleurs rouges.

Jordi devint dans l’instant un personnage de légende. Il dû attendre 1456 pour devenir le saint Patron de la Catalogne. Il est parfois des reconnaissances qui mettent bien longtemps. Il n’épousa pas la belle Princesse, c’est sans doute là que la légende prit un peu de plomb dans l’aile du dragon. Il faut hélas préciser que le pauvre Jordi avait connu sort moins enviable que cette prometteuse union.

Au delà de la légende, San Jordi a bel et bien existé. Né au cours du IIIe siècle, il était un militaire servant sous les ordres de l’empereur Romain, Dioclétien. Seulement le jour où l’empereur ordonna par un édit de persécuter les chrétiens, Saint Georges refusa catégoriquement. Pour cela, il fût mené en pâture, martyrisé et décapité le 23 avril 303. Il avait déjà perdu la tête, la Princesse n’en était pas la cause.

Depuis, le 23 avril de chaque année, toute la Catalogne célèbre la San Jordi. En souvenir des Roses rouges de la légende, on fête les amoureux et la culture catalane. Ce jour là, les dames reçoivent une rose de leur galant et les hommes un livre de leur amoureuse. Voilà une coutume qui réjouit le prosateur que je suis.

Catalognement vôtre.

Le dragon de l’Èbre

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